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FONDS SPECIAL ROUTIER DU BURKINA : Une caverne d'Ali Baba !

01 avril 2018 Auteur :  

Les scandales ne finissent pas à la tête du Fonds spécial routier du Burkina (FSR-B), anciennement Fonds d'en­tretien routier du Burkina (FERB), situé boulevard Kadafi de Ouagadougou. Après l'affaire des 400 millions jetés aux vents, que nous avons révélée dans nos éditions N° 214 et 216 des 15 mai et juin 2017, la grosse boîte à sous est une fois de plus empêtrée dans un vaste scandale de plusieurs milliards FCFA.

Visiblement, l'énormité des sommes d'argent que brasse cette boîte ne finit pas d'aiguiser les appétits gloutons, tant en son sein que dans certaines sphères du ministère de tutelle. Les tours de forces et le recours permanent à l'illégalité pour le contrôle de la manne financière semblent être érigés en règle de ce côté-là. Le dernier scandale en date a été révélé au grand jour en la faveur de divergences internes ayant donné lieu à une procédure judiciaire qui a mis à nu l'incurie rampante qui caractérise la gestion de cette boîte.

Le DG, Adama Ouédraogo, illégale­ment nommé à la tête du FSR-B, et son directeur financier et comptable (DFC), Roger Zango, lui aussi illégalement nommé par le premier, risquent gros en ce moment. Un gros cou­peret est suspendu sur leur tête. Ils ont osé défier la Justice et une plainte pour discrédit sur décision de jus­tice, tentative d'abus de biens sociaux et usurpation de fonction les attend depuis le 28 décembre 2017 chez le Procureur du Faso. Sauf tremblement de terre ou inconséquence dans l'appareil judiciaire, _ l'instruction du dossier devrait être à présent suffi­samment avancée et les intéressés devraient compa­raître bientôt pour répondre de leurs actes. Les faits à eux reprochés sont suffisam­ment graves et, si ceux-ci sont effectivement retenus contre eux, ce qui semble assez probant au regard de la concordance des preuves disponibles, ils risquent des peines assez lourdes.

Non contents de s'être ren­dus coupables d'actes illé­gaux, notamment la nomi­nation dans des conditions assez troubles du nommé Roger Zango au poste de DFC et bien d'autres actes subséquents, ils ont refusé d'obtempérer à la décision du juge administratif ayant ordonné, le 20 décembre 2017, la suspension de cette nomination. En effet,contrairement à la législa­tion en vigueur, notamment la directive N°11/2029/CM/UEMOA portant harmonisation des stratégies d'entretien routier dans les Etats membres de l'UEMOA, qui prévoit en son article 3 que le person­nel du Fonds doit être recruté par appel à candi­datures, l'intéressé, un inspecteur du Trésor, donc agent du ministère des Finances, a été simplement copté dans des circonstan­ces assez troubles et nommé d'autorité par le DG.

Comme s'ils ignoraient l'existence de la décision pourtant rendue contradic­toirement, donc en leur pré­sence, les deux compères se sont permis en une seule journée, le 27 décembre précisément, de cosigner divers ordres de virement d'une somme d'argent avoisinant les 10 milliards FCFA, du compte du FSR-B logé à la BCEAO, vers des banques commerciales de la place. A en croire les ter­mes de la plainte, « l 'objec­tif réel de cette opération est double : les ressources du Fonds seront à portée de main et peuvent être dispo­sées plus facilement que si les fonds étaient à la BCEAO, d'une part. D'autre part, ces deniers publics produiront des fruits au bénéfice des particuliers, complices ou auteurs de la manœuvre. Dans un sens comme dans l'autre, ce sont des abus de biens sociaux ». Mais l'auteur de la plainte, l'Avocat du directeur du contrôle interne du FSR-B, ne s'arrête pas là. « Le transfèrement en catimini d'une importante somme d'argent, environ dix (10) milliards, et surtout le même jour, dans diverses banques, dans les conditions décrites supra, notamment en connaissance de la décision de justice qui suspend la nomination de celui qui signe pour engager le trans­fèrement, est parfaitement suspicieux et caractérise à la fois la tentative d'abus de bien sociaux, l'usurpation de fonction et le discrédit sur décision de justice ». Assène-t-il. Quel sera le prochain épisode de ce feuilleton ? Les prochains jours et semaines rensei­gneront certainement. Mais ce n'est pas tout, le recours à l'illégalité semble congé­nital même au FSR-B.

DG et PCA aussi illégaux

imgjpg Page6 Image1Sur la base des mêmes dispositions selon lesquelles la nomination du DFC a été déclarée illégale, suspen­due et est en passe d'être annulée, celle su DG lui- même peut être aussi consi­dérée comme illégale car n'ayant respecté les termes de ces mêmes dispositions légales. Il a été nommé à ce poste sans appel à candida­tures, courant 2017, avec la bénédiction du ministre des Infrastructures, Eric Bougouma, dont il est pré­senté comme un homme de main. C'est à ce titre que le ministre des Infrastructures continue de maintenir le Fonds dans son giron et garde une main forte sur sa gestion financière. Cela, en dépit du nouveau statut de celui-ci, lui conférant l'auto­nomie financière et de ges­tion, avec une tutelle finan­cière incarnée par le minis­tère des Finances et celle technique par le ministère des Infrastructures. C'est ainsi qu'au grand dam des lettres d'interpellation répé­titives du ministre des Finances, la plupart des marchés juteux du FSR-B sont passés par le ministère des Infrastructures. Eric Bougouma est allé même jusqu'à adresser une lettre au DG du FSR-B pour lui dire que ses missions se limitent à la mobilisation des ressources et que la passation des marchés relève du ministère. Comment un établissement public de l'Etat ayant son budget propre peut-il fonc­tionner de la sorte ? Les protestations de certains responsables de la Direction du Fonds, ainsi qu'au sein du Conseil d'administration n'y feront rien. Eric Bougouma peut compter sur le DG et le PCA, tous manifestement à sa solde pour continuer à régner sur le Fonds. C'est ainsi qu'il n'a pas hésité, le 2 janvier dernier, pendant que la structure est en pleine crise, avec les démêlés judiciaires en cours, Eric Bougouma s'est invité dans les locaux du Fonds, à la tête d'une forte délégation. En pré­sence du PCA, il a laissé entendre en substance au personnel que le FSR-B fait partie intégrante de son département. C'est à se demander finalement qui des desiderata du ministre Bougouma et du décret por­tant création, organisation et fonctionnement du FSR-B, dont les termes sont clairs quant à l'autonomie de la structure, fait autorité dans tout ça. Pourquoi Eric Bougouma tient-il tant à res­ter très près de la grosse boîte à sous qu'est FSR-B ? Bien malin qui saura le devi­ner.

Le PCA du FSR-B n'est per­sonne d'autre que Franck Tapsoba, ancien directeur de la Chambre de commerce, admis à la retraite, apprend- on, depuis au moins le mois de mai 201 7, date à laquelle il a quitté la Direction de cette Chambre, après avoir joué les prolongations. Après ses deux mandats statutaires de trois ans chacun, il a été curieusement reconduit, dit­on, avec la bénédiction du même Eric Bougouma à la tête du Conseil d'administra­tion de la boîte, pour un troi­sième mandat, depuis sep­tembre 201 7, nonobstant son statut de retraité. On se demande bien au titre de quelle structure il est nommé au sein de ce Conseil d'ad­ministration, étant entendu que depuis mai 201 7, il n'est plus censé faire partie du personnel de la Chambre de commerce qu'il y représen­tait jusque-là.

Que de bizarreries !

Pourquoi tant de personnes contestées à la tête d'une structure aussi importante ? Un membre du CA a sa petite idée. « Il n'y a pas meilleure façon d'avoir une mainmise sur la structure que d'avoir des hommes de main avec de pareils profils, coptés et placés illégale­ment à sa tête. Ces person­nes ne peuvent avoir pour boussole que la volonté de celui à qui elles doivent leur poste ». Explique-t-il très déçu. Le même PCA est au centre d'une lugubre affaire de harcèlement contre le directeur du contrôle interne de la boîte. A en croire les termes d'une lettre de pro­testation à lui adressée par l'Avocat du contrôleur interne, le PCA aurait enjoint à ce dernier, lors d'une session du CA, de supprimer certains passages d'un courrier adressé au DG qu'il (le PCA) n'aurait pas aimés, sous peine de voir le PCA statuer sur son cas. Toute chose que l'Avocat qualifie de chan­tage auquel il demande à l'intéressé de mettre un terme au plus vite. Nous avons tenté d'avoir le son de cloche du PCA mais en vain. Il nous a renvoyé à la Direction du FSR-B. Le DG à qui nous avons adressé un courrier le 9 janvier 2017 pour demander un entretien nous avait donné rendez­vous le 11 janvier dans l'a­près-midi. Lorsque nous nous sommes rendu à ses bureaux le jour-j et à l'heure fixée, grande fut notre sur­prise de constater son absence. Nos appels à son téléphone sont restés sans suite. Il faut noter que c'est la deuxième fois que ce DG nous donne des rendez­vous qu'il ne respecte pas. Pendant que nous prépa­rions notre article sur le scandale des 400 millions, il nous avait joué le même tour. De quoi a-t-il peur ? Mystère !

La liste des frasques à la tête du FSR-B est longue. Même très longue. Au nombre de celles-ci figure aussi l'ouver­ture, dans des conditions tout à fait obscures, d'un compte de la structure au sein de la banque BSIC, dès l'arrivée de Eric Bougouma à la tête du ministère des Infrastructures. A noter qu'avant son entrée au gou­vernement, l'homme était en service au sein de cette même banque. Malgré les réserves de nombreuses personnes, notamment au sein du CA, le compte a été ouvert sur la base d'autori­sations d'ouverture aux contours assez nébuleux. Toutes choses qui alimentent les conjectures sur les objec­tifs inavoués qui sous-ten- dent l'ouverture de ce compte. C'est aussi le cas de l'affaire d'un prêt de 100 milliards FCFA, à contracter auprès de banques privées de la place et à rembourser sur 7 ans, avec des intérêts de plus de 30 milliards. Une autre invention solitaire du DG, sans concertation avec ses collaborateurs. Un fumeux projet concocté soit disant pour le financement des activités du Fonds, mais curieusement sans un plan d'activités préalablement établi. Cela fait aussi l'objet d'une vive controverse au sein de la structure. Nous y reviendrons

Y. Ladji Bama

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