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TRAFIC D'ETRES HUMAINS : Un évangéliste à la tête d'un grand «temple de la prostitution» à Houndé

22 mars 2018 Auteur :   Dasmané Niangané

Après la découverte de la vente aux enchères d'êtres humains en Libye comme esclaves, une vague d'indigna­tions s'était emparée de tous, notamment en Afrique. Des condamnations par-ci et les appels à l'aide par-là, venant des dirigeants comme des citoyens.

Ces réactions témoignaient si besoin en était encore, de la gravité de ce qui se passait depuis la Libye. Et pourtant, ce que d'aucuns ont appelé « esclavage des temps modernes » se pratique aussi plus près de nous ici au Burkina, même si les modes opératoires peuvent différer. C'est le cas des pratiques auxquelles cet homme de nationalité étrangère, se faisant passer pour un évangéliste, s'adonnait à Houndé, dans un lieu qu'il appelait « Mini-hotel ». Les faits attribués à l'« évangéliste » d'un autre genre, tels que ressortis dans différents témoignages, donnent parfois froid dans le dos.

Le maquis-restaurant « LES 4 SAISONS » res­tera-t-il définitivement fermé ? Ou du moins que va- t-il devenir ? Ces questions traversent certainement des esprits à Houndé, depuis l'in­carcération du propriétaire dudit maquis à la Maison d'arrêt et de correction de Boromo. Lui qui se prénom­mait Friday est suspecté de trafic d'êtres humains et de séquestration de jeunes filles, condamnées à la prostitution dans l'enceinte du maquis. Quel est le mode opératoire de Friday ? L'homme se ren­dait dans son pays d'origine, un pays de la sous-région, et se faisait passer, semble-t-il, pour quelqu'un qui est en mesure de faire partir des jeunes en Europe, notam­ment des filles, qui seront employées dans des entre­prises. Dès lors, il propose ses services aux familles de ses cibles. Et comme il faut s'y attendre, certains parents de jeunes filles tombent sous le coup de sa séduction ou plutôt sa supercherie.

Bien entendu, les services de Friday ne sont pas gratuits. Les familles de chaque fille candidate pour le départ vers l'Eldorado sont appe­lées à débourser une somme d'au moins 2 000 000 FCFA. Une fois l'argent encaissé et les filles à sa disposition, Friday embarque avec elles, avec pour destination le Burkina Faso, qui selon le « maitre passeur » n'est autre qu'un pays de transit vers la destination finale. Mais une fois au Burkina Faso, les filles sont conduites à Houndé, au maquis-restau­rant « Les 4 SAISONS », où elles peupleront les chamb­res closes qu'on y trouve, et sont contraintes à la pra­tique de la prostitution. Tenez-vous bien que ce lieu de débauche, situé à environ 3km du centre-ville, au sud-est de Houndé, dans la pro­vince de Tuy, n'a autre pro­moteur que le sieur Friday. Dès que les filles y mettent pied, le lieu se transforme en une sorte de prison pour elles. Elles n'ont plus le droit de sortir, ni la possibilité de communiquer encore moins d'utiliser de téléphones por­tables. Pire, leurs documents d'identité sont confisqués. Le seul droit qui leur est reconnu ou plutôt imposé par le pro­moteur du maquis, avec la complicité de sa femme,
semble-t-il, c'est de se prosti­tuer aux clients du maquis.

Une trentaine de filles au ser­vice de Friday.

Le maquis-restaurant « Les 4 SAISONS » n'est pas la seule destination des filles que Friday fait venir. Un autre lieu d'accueil se trouverait dans le site d'orpaillage V7, situé dans un village de la pro­vince du IOBA. Sur ces deux sites, une trentaine de filles seraient présentes. N'eût été le fait qu'une d'entre elles ait pu s'échapper, Friday ne serait toujours pas inquiété pour ces pratiques. En effet, MD fait partie de ces filles vic­times de Friday. Depuis qu'elle a pu se tirer d'affaire et trouver asile chez une bonne volonté à Houndé, malgré la peur qui l'anime, elle n'a pas hésité un instantà se confier sur le calvaire qu'elle vivait au maquis-res­taurant « Les 4 SAISONS ». Elle qui veut retourner dans son pays a souhaité que les autres filles victimes du trafic de Friday puissent recouvrer également la liberté.

Ces filles sont dans cette situation depuis des années. Au moins un an pour les nou­velles alors que les plus anciennes comptabiliseraient environ trois ans. Mis au cou­rant des cris de détresse de MD, les responsables de la Boutique de Droits du MBDHP / Tuy reconnaissent avoir plaidé pour sa cause. Ils ont, par la suite, saisi le Procureur du Faso près le Tribunal de Grande instance de Boromo, pour qu'il juge de la nécessité de donner une suite judiciaire à l'affaire.

Une fois saisi, et à la lumière des informations complé­mentaires qu'il a pu certaine­ment obtenir, le Procureur n'a pas hésité longtemps a déli­vré un mandat de dépôt contre Friday et certains de ses complices. Depuis octo­bre 2017, ils méditent tous sur leur sort à la Maison d'ar­rêt et de correction de Boromo, en attendant que l'instruction du dossier soit totalement bouclée pour jugement. Certaines person­nes impliquées dans l'affaire seraient en cavale. C'est le cas de la femme de Friday, qui serait son principal com­plice. Elle est introuvable depuis l'éclatement de l'af­faire. Malgré qu'elle soit acti­vement recherchée, cette dame aurait pu effectuer une transaction financière d'au moins 60 millions de francs CFA par le biais d'un établis­sement bancaire dans la zone de Bobo, nous a-t-on confié à Houndé, en fin novembre 2017.

Friday encourt jusqu'à 10 ans de prison

Si les faits de « traite d'êtres humains et de séquestration » sont reconnus contre Friday, il encourt une peine d'empri­sonnement de cinq à dix ans. De sources concordantes, Friday avait déjà été arrêté et conduit à la Maison d'arrêt et de correction de Bobo- Dioulasso pour des faits simi­laires. Pour dire que l'on a affaire à un récidiviste, ce qui pourrait alourdir la peine encourue.

En attendant, le maquis-res­taurant « Les 4 SAISONS » est fermé. Les victimes de Friday ont recouvré la liberté et atten­dent que justice leur soit ren­due. Que « la vérité soit connue et que justice soit ren­due », c'est effectivement le vœu cher au Secrétaire per­manent de la Boutique de Droits du MBDHP à Houndé, Somé Winsofan Maturin Augustin, qui dit suivre de près l'affaire.

Après leur libération, les témoignages des filles restent accablants pour Friday. « Traitements inhumains », « maltraitance », « prostitution forcée » sont, entre autres, ce qui était réservé aux pension­naires des lieux en question, selon elles. Avec de tels traite­ments, ces filles semblaient devenir des adeptes incondi­tionnelles du commerce du sexe ; puisqu'elles confièrent qu'elles n'avaient plus le choix, au point qu'il leur arrivait de se battre entre elles pour des clients. De leurs témoignages, on retient également que d'une fille à une autre, les mobiles d'arrivée au Burkina diffèrent parfois. Par contre, elles confièrent que leurs parents ignorent qu'elles sont dans ce pays. Paradoxalement, certaines d'entre elles étaient mères d'enfants de bas âges, témoigne un éducateur social. Une fois hors du maquis « Les 4 SAISONS », ces filles ont été hébergées par les services régionaux de l'Action sociale des Hauts-Bassins et d'autres auraient été envoyées à l'am­bassade du Nigeria au Burkina Faso.

Signes avant-coureurs des pra­tiques au maquis « Les 4 SAI­SONS»

Selon une source proche de la municipalité de Houndé, depuis le 1er trimestre de l'an­née 2017, des suspicions étaient persistantes sur les mœurs qui avaient cours au maquis-restaurant « Les 4 SAI­SONS ». La ville bruissait de ce qui s'y passerait. Un habitué du maquis « Les 4 SAISONS » témoigne avoir constaté le 31 décembre 2016, une file indienne de clients pour voir les filles sous exploitation de Friday. Suite à ces confidences, les autorités municipales de Houndé, qui ne méconnaissent pas Friday, lui ont intimé l'or­dre de se conformer à la règle­mentation en vigueur relative aux genres de lieux dont il fait la promotion. Il fait parvenir alors à la mairie, une demande d'autorisation d'ou­verture d'un maquis. Une enquête de moralité est dili­gentée pour donner suite à la demande. Les conclusions de l'enquête n'ont certainement pas permis à la municipalité de lever le lièvre. Puisque par la suite, Friday a adressé une invitation officielle à certaines personnes à l'occasion de l'ouverture officielle, le 03 sep­tembre 2017, de son «Mini-hotel» selon ces termes. On peut lire sur cette carte d'invi­tation : « La famille Evangéliste Dennis F. NWAFOR vous invite cordialement à l'ouverture de leur Mini-hotel et la cérémonie d'anniversaire à Houndé, pro­vince de Tuy ». A en croire un Conseiller municipal à Houndé, si « Les 4 SAISONS » est fermé, c'est parce que Friday traitait ces filles qui y sont, comme des esclaves, si non, d'autres maquis similai­res existent à Houndé. L'élu municipal fait ainsi allusion aux chambres de passe, qui selon lui, ont connu une proli­fération dans la ville, depuis l'arrivée de la société minière.

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