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SP-MABG: Vous avez dit bonne gouvernance ?

10 juillet 2017 Auteur :  

Dans les numéros 199 et 201 de Le Reporter, nous faisions cas de suspicions de favoritisme dans une annulation d’appel d’offres et d’une affaire de missions qui laisse songeur quant aux bonnes pratiques au sein du Secrétariat permanent pour la modernisation de l’administration et la bonne gouvernance (SP-MABG). Si le premier article mettait en cause le premier responsable Jacques Sosthène Dingara, le second concernait des pratiques impliquant des agents de la boîte, notamment le chef du département des finances et de la logistique, Jean Bougma, et la directrice des ressources humaines, Congo Odette. Suite à ces articles, les langues se délient de plus en plus dans la maison. Les témoignages commencent à fuser. Manifestement, le laxisme et la gabegie dans la gestion des missions semblent être érigés en règles dans cette structure censée pourtant promouvoir la bonne gouvernance.

Par Amélie GUE

L’affairisme dans la gestion des missions n’est pas un fait nouveau au sein du SP-MABG. De l’aveu d’un agent de la boîte. « C’est une pratique bien connue. C’est parce que maintenant on a dit qu’il faut écrire les noms sur l’ordre de mission qu’il y a des preuves. Avant, il n’y avait pas de noms. On dit, monsieur X part dans tel lieu avec une délégation. On ne précise pas le nombre, même sur l’ordre de mission. C’est récemment que l’actuel SG a décidé que désormais, il faut les noms des personnes à bord du véhicule». Il en veut pour exemple : « L’année passée, quand on faisait les ateliers, on dit SP-MA, 4,5 représentants. On nous disait de diminuer le nombre. Pendant qu’on diminuait, ils (M.Bougma, Mme Nyamba) ajoutaient chaque fois les agents de leurs départements et prenaient l’argent. A un certain moment, on a décidé de faire une synthèse. Chaque fois que nous organisons un atelier, on prend le TDR, on prend le rapport de l’atelier, on prend la liste de présence et on garde pour faire sortir au moment du bilan. Quand on a décidé cela, Bougma (responsable du service financier,ndlr) a fait savoir que les états que nous avions ne sont pas réels. Il fallait donc que les agents prennent les versions définitives avec eux. Par la suite, on a trouvé que quand ils prennent la version numérique du TDR, ils augmentent le nombre de participants. Généralement, pratiquement lui et ses chefs de service ont leur nom». Face à pareille situation, les agents de ce département auraient ainsi décidé une fois de faire «Poutôgo» (faire preuve de mauvaise foi,ndlr) . Avec l’accord de leur responsable de département : «Une fois, tous les agents du département sont allés en mission. C’était à Koudougou. Une mission de 16 jours, tout le monde a pris l’argent. Même si tu ne vas pas travailler, tu pars prendre l’argent. 4 jours après, un des agents du département est revenu pour rester, pour que les gens ne viennent pas trouver que tout le département est fermé. Tous les autres sont restés là-bas pour travailler. On a trouvé un autre travail pour ceux qui ne rentraient pas dans l’atelier normal. A l’époque, on ne pouvait pas prouver parce qu’il n’y avait pas d’ordre de missions. Même si tu prends l’état et que le nom d’un agent y est écrit, tu ne peux pas prouver qu’il est resté à Ouagadougou». Raconte notre interlocuteur. Aussi, on constate que les ordres de missions sont le plus souvent visés par la police. La gendarmerie étant jugée plus stricte, car elle vérifierait la présence effective des personnes en mission. Avec la police, la présence du chef de mission et du chauffeur suffirait.

Aussi, un autre travailleur de la boîte, du même département que le chef du département des finances et de la logistique, reconnaîtra avoir une fois signé pour prendre de l’argent pour une mission à laquelle il n’avait pas participé. « Une fois, je n’étais pas en mission, on m’a fait savoir que c’est pour telle mission, que de signer. Si c’est ça, une fois, je l’ai fait. J’ai déjà bénéficié de cela une fois». La personne l’ayant demandé et autorisé à signer était Jean Bougma du service des finances. Il lui aurait ainsi suffi de signer sur la liste de présence et de rentrer en possession des frais de ladite mission qui était d’une semaine. Selon la règlementation en vigueur, notamment le décret N°2012-734/PRES/PM/MEF du 21 septembre 2012 portant indemnité de mission applicable aux agents des établissements publics de l’Etat, les directeurs de service et assimilés ont droit à 30000FCFA (restauration et hébergement) par jour, les agents publics de 1re, 2e et 3e catégorie ou catégorie A, B et C ont, eux, droit à 27000FCFA comme frais d’hébergement et de restauration par jour.

«Prendre les frais de missions, ne pas être détecté, ne pas aller à la mission, c’est faisable. En toute honnêteté, je vous parle, ça peut arriver». Avoue le Secrétaire permanent, M. Dingara lui-même. Selon la loi, les frais de missions sont payés sur place avant le début de la mission. Le phénomène qui s’avère courant, et dont il semble avoir connaissance est que des agents publics de l’Etat, parfois des responsables, après avoir perçu leurs frais de missions, soit n’assistent pas aux activités, soit rebroussent chemin avant la fin des missions. Combien perd l’Etat à travers ces comportements peu exemplaires? Les structures compétentes sont interpellées.

Amélie GUE

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