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MANDAT D’ARRET CONTRE FRANÇOIS COMPAORE: Ce n’est pas trop tôt !

29 septembre 2017 Auteur :  

C’est officiel ! Depuis mai 2017, François Compaoré, comme son frère Blaise, est recherché par la Justice de son pays. Le juge en charge du dossier Norbert Zongo a lancé un mandat d’arrêt international contre lui. Il est officiellement suspecté d’avoir incité à l’assassinat du fondateur de L’Indépendant, feu Norbert Zongo, qui enquêtait sur la mort de son chauffeur, torturé à mort au Conseil de l’Entente (alors camp de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle).

Tout avait été mis en œuvre pour le soustraire à la Justice, du temps de sa toute-puissance. L’on se souvient qu’au lendemain de l’insurrection populaire, des documents collectés chez lui indiquaient qu’il suivait tout de ce dossier. L’on a même retrouvé des notes d’honoraires des avocats de feu Marcel Kafando, l’unique inculpé dans ce dossier Norbert Zongo.

Par Boureima OUEDRAOGO

Ce n’est une très grande avancée dans ce dossier. Mais c’est un acte symboliquement important. En effet, depuis la publication du rapport de la Commission d’enquête indépendante (CEI) le 7 mai 1999, confirmant que Norbert Zongo a été assassiné pour ses investigations sur la mise à mort de David Ouédraogo, tous les regards étaient dirigés vers François Compaoré à qui profitait principalement le crime. Au temps fort de la crise consécutive à cet odieux quadruple assassinat, bien des personnalités de ce pays avaient même demandé au Président Compaoré de livrer son frère. Mais tout comme dans le dossier David Ouédraogo, François Compaoré, alors « petit président » et jouissant de la toute-puissance du pouvoir de son frère, a bénéficié du soutien politique de son aîné et du zèle des juges acquis pour le tirer d’affaire.

Pour rappel, dans ce dossier David sur lequel Norbert Zongo enquêtait, François Compaoré avait été inculpé pour « meurtre et recel de cadavre ». Finalement, le dossier a été morcelé, dépiécé et partiellement jugé. Trois éléments de la garde rapprochée de son frère, Blaise Compaoré (Marcel Kafando, Marcel Koama et Ousseni Yaro), avaient été condamnés à 20 et 10 ans d’emprisonnement ferme. Tous trois font partie des suspects sérieux identifiés par la Commission d’enquête sur l’assassinat de Norbert Zongo. Malheureusement, ils sont tous morts aujourd’hui et ne pourront pas témoigner sur les circonstances du drame. Heureusement qu’au moins deux des suspects sérieux sont encore en vie. Il faut espérer que tout sera mis en œuvre pour assurer leur protection.

Dans l’affaire Norbert Zongo, le pouvoir Compaoré n’a pas changé de méthode. Il fallait travailler à apaiser le front social, au besoin, balancer quelques exécutants. Ainsi, pour donner l’impression de travailler, François Compaoré a été entendu par le juge d’instruction le 17 janvier 2001. A la suite de cette audition, Marcel Kafando a été inculpé pour « assassinat et incendie volontaire » et placé sous mandat de dépôt. Depuis, plus rien de nouveau dans le dossier. Et dès que le front social s’est calmé, ils ont tenté d’assassiner à nouveau Norbert Zongo, en classant le dossier sans suite avec le non-lieu prononcé en faveur du seul inculpé, Marcel Kafando, en 2006. Deux ans plus tard, ce dernier est mort des suites d’une longue maladie. Le dossier restera dans les tiroirs de la Justice jusqu’à la fuite des Compaoré en plein midi, un certain 31 octobre de l’année 2014.

Dans sa fuite, François Compaoré a abandonné sa maison aux insurgés et aux pilleurs. On retrouvera dans les ruines de cette villa « petit-présidentielle », plusieurs documents se rapportant à l’affaire Norbert Zongo. Sous la houlette du Centre national de presse Norbert Zongo, un appel a été lancé pour collecter tous ces documents afin de les mettre à la disposition de la Justice. Parmi ces documents, on peut noter des notes d’honoraires d’avocats de Marcel Kafando, des courriers de ce dernier à François Compaoré, des manuscrits donnant des informations sur Norbert Zongo, etc. Bref, il y avait quelques indices qui montraient un lien entre François Compaoré et le dossier Norbert Zongo ou tout au moins un intérêt pour ce dossier.

En avril 2015, la Justice a décidé de la réouverture du dossier Norbert Zongo avec la saisine du cabinet d’instruction N°4 du Tribunal de grande instance de Ouagadougou. Des suspects ont été inculpés et placés sous mandats de dépôt. Depuis, les acteurs de la Justice soutiennent que le dossier avance et que des actes d’instruction sont posés par le juge en charge du dossier. Le mandat d’arrêt international contre François Compaoré en mai dernier participe de ces actes d’instruction. Il faut espérer qu’il aura plus de courage que son frère en venant répondre devant la Justice de ce pays. Mais, il ne faut pas trop y compter. Sauf s’il est contraint par une extradition de son pays d’exil, François comme Blaise resteront des fuyards recherchés par la Justice de leur pays. A la limite, ils continueront d’échafauder ou de soutenir les plans de restauration que tentent certains nostalgiques des années Compaoré à la recherche de leur paradis perdu.

Par ailleurs, il convient de relever qu’en juin 2015, le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MNDHP) et la famille de Norbert Zongo ont saisi la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples d’une plainte contre le classement sans suite du dossier Norbert Zongo. La Cour a tranché favorablement, non seulement en déclarant caduque l’ordonnance de non-lieu de 2006 en faveur de Marcel Kafando , mais également en exigeant de l’Etat burkinabè la reprise de la procédure et le dédommagement des familles des 4 suppliciés de Sapouy. Cette indemnisation a été versée aux familles par le gouvernement de transition en 2015.

Boureima Ouédraogo

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