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Sortir de l'engrenage pour éviter le naufrage collectif !

22 mars 2018 Auteur :  

L'année 2017 aura été une année éprouvante pour le Burkina Faso. Attaques terroristes, front social en permanente ébullition, adversités poli­tiques à tous les niveaux, mort du prési­dent de l'Assemblée nationale, collectivi­tés territoriales devenues des chaudrons politiques, « gouvernement frileux, flottant et composé d'aveugles politiques » (l'ex­pression est d'Emile Paré, membre du Bureau politique du MPP), président papa bonheur, bref, toutes les conditions d'un pays ingouvernable ont été réunies.

Fort heureusement, le peuple semble encore conserver intact sa lucidité et son calme malgré tous les maux et difficultés qui le tenaillent. Oui, le Burkina Faso est tou­jours à la croisée des chemins, tanguant comme un bateau ivre dans un océan de tumultes pendant que le capitaine et toute l'équipe semblent endormis ou assom­més par l'immensité de l'étendue des eaux face à laquelle ils réalisent leur impuissance et se remettent à la divine providence pour les pousser vers des côtes paisibles et prospères. Mais, plus le bateau avance, plus les vagues devien­nent fortes. Le capitaine n'a d'autre choix que de se réveiller. Autrement, c'est vers un naufrage collectif qu'il conduit le bateau. La providence divine a trop sauvé ce pays. Il n'est pas le seul et va devoir aussi faire des efforts pour continuer à mériter le coup de pouce du Seigneur. Que nous réserve donc 2018 ? Va-t-elle être mieux que l'année qui s'achève ? Va- t-elle pouvoir redonner le sourire et l'espoir à cette jeunesse déboussolée, incomprise et parfois manipulée par des politiques incapables d'assumer leurs choix et qui cherchent par tous les moyens à réaliser leurs ambitions égoïstes en se servant de la naïveté, de l'ignorance, de la pauvreté ambiante qui minent le quoti­dien de la grande majorité des jeunes ? Va-t-elle enfin pouvoir susciter en chaque Burkinabè, cet impératif dialogue inté­rieur, cet examen de conscience individuel et collectif pour que chacune et chacun puisse enfin penser à sa contribution per­sonnelle et collective à la construction d'un vivre ensemble apaisé et prospère ? Comme l'avait écrit Norbert Zongo, nul ne peut avoir un avenir dans un pays qui n'en a pas. Au terme de cette éprouvante année 201 7, le moment est venu de res­taurer un climat sociopolitique propice au dialogue et à la mobilisation de tous autour d'un projet de renaissance natio­nale.

2017 a surtout montré que les Burkinabè, de façon générale, ont pris l'habitude de préférer le superflu à l'essentiel, de magnifier ce qui les divise au détriment de ce qui les unit, de s'accrocher aux intérêts bassement égoïstes et matériels contre l'intérêt général, la cohésion sociale et la stabilité politique et institutionnelle. Tous les évènements à caractères nationaux ou régionaux sont devenus des occasions d'affrontements politiques ouverts ou sournois. Pendant ce temps, les écoles et les univer­sités deviennent de véritables fabriques de diplômés sans savoir, destinés au chô­mage et à la clochardisation. L'administration publique est progressive­ment détruite par une culture institution­nelle des prébendes, des rackets et de l'in­souciance. La société va à la dérive sous les regards impuissants des autorités morales dont les voix deviennent peu à peu audibles. Bref, ça ne va pas. C'est l'engrenage et c'est inquiétant.

Pour autant, comme nous le disions en fin 2016, rien n'est encore définitivement perdu. Les choses peuvent être rattrapées pour peu qu'émergent enfin un leaders­hip éclairé et à la hauteur des défis, un management de qualité mais aussi une rigueur et une fermeté dans la conduite de l'action publique. Il appartient d'abord au président du Faso d'incarner enfin son rôle de chef de famille rigoureux et prêt à assumer ses responsabilités face à chaque membre de la famille. Le pays doit être gouverné, pas à la manière infantilisante et scandaleuse du « Tranquilos » mais sur la base d'une offre politique claire avec des objectifs et résul­tats à court, moyen et long termes tout aussi précis. Deux ans de pilotage à vue, c'est trop et il faut savoir s'arrêter. Il faut donner un visage plus rassurant au gou­vernement. Il faut aborder la nouvelle année avec plus de sérénité. Le Président Roch doit construire sur du roc. Il faut enfin oser la rupture ; la rupture d'abord avec l'incompréhensible attentisme et l'i­naction de ces deux dernières années et ensuite avec la mal gouvernance et les sentiers battus. Il faut instaurer une culture du résultat dans l'action publique à tous les niveaux. Il faut retrouver le sens des valeurs et principes cardinaux qui fondent une communauté de destin pour tous les Burkinabè de l'intérieur et de l'extérieur. C'est encore possible. Mais les pouvoirs publics seuls n'y arriveront jamais. Chaque Burkinabè doit y contribuer, cha­cun selon ses capacités et sa position dans l'échelle sociale. Vivement donc que 2017 s'en aille avec ses épreuves et que 2018 soit l'année du Burkina Faso et de tous les Burkinabè !

Boureima Ouédraogo

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