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De l'impératif de perpétuer l'œuvre et le combat de Norbert Zongo !

04 mars 2018 Auteur :  

En réduisant Norbert Zongo en 5 kilogrammes de cendre, le pouvoir de Blaise Compaoré a fabriqué une bombe de 5 mégaton­nes qui va lui exploser la face ». Ainsi prédisait Me Halidou Ouédraogo, le 19 décembre 1998 à la Bourse du travail de Ouagadougou, lors du meeting fon­dateur du Collectif des organisations démocratiques de masses et des partis politiques (CODMPP). L'histoire lui donnera raison 16 ans plus tard.

La révolte née de l'assas­sinat du fondateur de L'Indépendant allait effectivement constituer le point de départ du mouvement insurrectionnel. En effet, grâce à la vague de contestations portées et dirigées par le Collectif, les espaces de liberté se sont élargis. Des réfor­mes institutionnelles ont été enga­gées, dont la restauration de la clause limitative des mandats prési­dentiels à deux. L'on peut y ajouter la fin du recours systématique à l'é­limination physique des adversaires ou des insoumis au système Compaoré.

Même si le Collectif n'a pas réussi à déboulonner le pouvoir Compaoré, il a largement contribué à l'affaiblir et le contraindre à privilégier le dia­logue et la négociation (même si parfois, il s'agit de stratégie de rou­blardise) pour la résolution des contradictions qui l'opposaient aux autres animateurs de la vie publique nationale. Le Collectif avait donc réussi à semer la graine de la révolte populaire. Des forces nouvelles se sont réorganisées lentement mais sûrement aussi bien sur le plan poli­tique qu'au niveau de la société civile. La presse nationale a aussi été bouleversée par ce mouvement de révolte. En assassinat et en calcinant Norbert Zongo, ses bourreaux ont allumé plusieurs foyers incandes­cents qui allaient finir par emporter le régime Compaoré. Toutes les conditions se sont réunies, lentement mais sûrement, pour que s'accom­plisse la « prophétie » de Norbert Zongo. Le système Compaoré s'est fissuré progressivement de l'inté­rieur. En plein midi, Blaise a fui le palais de Kosyam pour se réfugier en belle famille, en Côte d'Ivoire. Depuis, la Justice est aux trousses de son frère cadet, François Compaoré, contre qui un mandat d'arrêt international a été émis et en cours d'exécution. D'autres person­nes sont inculpées. 19 ans après, l'espoir de mettre fin à l'impunité sur ce crime renaît. En tous les cas, tôt ou tard, justice sera rendue.

Au-delà de l'exigence de vérité et de justice pour Norbert Zongo et ses compagnons, le Burkina Faso doit bien plus à cet illustre combattant de la liberté et de la démocratie. Son œuvre, son combat, les valeurs et les principes pour lesquels il s'est sacri­fié, doivent être valorisés et transmis aux jeunes générations. Déjà, une des grandes artères de la ville de Ouagadougou et l'Université de Koudougou portent son nom.

Mais il reste encore ses œuvres qui résonnent encore dans l'actualité sociopolitique burkinabè, notam­ment la dénonciation de la mal gou­vernance et de la corruption. Norbert n'était pas que journaliste mais aussi un écrivain dont les œuv­res (« Le Parachutage » et « Rougbenga ») traduisent égale­ment l'engagement sans concession de l'homme pour la démocratie et le progrès partagé. Il y a donc un devoir de mémoire vis-à-vis de cet homme et bien d'autres illustres disparus (Thomas Sankara, Joseph Ki-Zerbo) qui ont légué à la postérité des œuvres de grande portée socio­historique.

En ce qui concerne Norbert Zongo, ce devoir de mémoire sera amorcé dès le 19e anniversaire de son assassinat, à travers plusieurs activi­tés dans sa ville natale, Koudougou : un panel sur son œuvre et sa vie et une adaptation de son roman « Rougbenga » au théâtre. Suivront d'autres initiatives afin que son œuvre survive à l'ignominie de ses bourreaux. C'est la plus grande revanche contre ses assassins que les continuateurs de l'œuvre de Norbert Zongo doivent accomplir.

Boureima Ouédraogo

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