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VISITE DU PRESIDENT MACRON : Le Burkina étale ses tares au monde entier

04 mars 2018 Auteur :  

La visite du président français, emanuel Macron, au Burkina Faso du 27 au 29 novembre dernier, a eu le mérite, entre autres, de mettre à nu toute la laideur de la réalité sociopolitique burkinabè. De la majorité présiden­tielle aux anti-impérialistes en passant par l'opposition politique et la société civile, l'on a raté une opportunité historique de montrer que le Burkina faso de Thomas sankara, de Ki-Zerbo et de Norbert Zongo (pour ne citer que ces héros) est une terre riche de sa diversité et capable de sursaut autour de l'intérêt supérieur de la nation.

L'on s'est affronté sur le superflu, en passant complètement à côté de l'essentiel, par calculs politiciens et manque de discernement et de recul suffisant par rapport aux vrais enjeux actuels des rapports avec la france. finalement, Macron s'est offert une ballade de santé en territoire conquis par ses ancêtres. Les assimilés sont venus applaudir et étaler leur carence pendant que les récalcitrants se faisaient fouetter, gazer et pourchasser, et que les autres indifférents aux deux spectacles de désolation vaquaient à leurs occupations non sans se plain­dre des mesures de restriction dans la circulation. Le comble, c'est qu'au terme de ces spectacles, chacun se dit fier de ce qu'il a accompli.

Une fois de plus, l'Exécutif burkinabè, sous la direction du Président Roch Marc Christian Kaboré, s'est illustré par une extraordinaire frilosité qui encourage ses adversaires et ses détracteurs à persister dans la voie de l'affrontement et de la défiance en lieu et place de la mobilisation spontanée autour de l'intérêt supérieur de la nation. En effet, la visite du Président Macron a été annon­cée depuis plusieurs mois. Et le choix du pays des Hommes intègres pour annoncer la rup­ture d'avec la Françafrique, cette relation incestueuse entre la France et ses anciennes colonies africaines, faite de spoliations, de pillages des ressources mais aussi d'un droit d'ingérence dans les affaires intérieures des pays. Point n'est besoin de rappeler que le Burkina Faso s'est affirmé depuis fin octobre 2014 comme le pays dont le peuple, notamment sa jeu­nesse, s'est enfin résolu à instaurer et à défendre par tous les moyens l'Etat de droit. Ouagadougou devrait donc servir de point de départ pour la mise à mort de la Françafrique. Et c'est devant la jeunesse consciente, intrépide et combattante de Ouagadougou, précisément celle estudiantine, que l'an­nonce de la signature de l'acte de décès de cette nébuleuse devrait être faite.

En se faisant donc inviter au Burkina Faso (puisque selon les usages diplomatiques, un chef d'Etat ne peut pas décider de venir faire son show dans un autre pays sans y être invité par ses autorités), Macron avait sans doute, une haute idée du pays des Hommes intègres. Il s'imaginait la tâche très délicate et périlleuse. Aussi, a-t-il mis les petits plats dans les grands pour réussir ce passage qui était pour lui, une étape essentielle dans la redé­finition des contours des nou­velles relations entre la France et ses anciennes colonies. En effet, de nombreuses missions préparatoires ont été effec­tuées d'abord au niveau de l'Ambassade de France au Burkina dont les cadres n'ont pas chômé depuis plusieurs mois, multipliant les rencontres avec les différents animateurs de la vie publique nationale burkinabè, des retours au pays pour rendre compte au Quai d'Orsay et à l'Elysée. Ensuite, des conseillers du Président Macron, membres du Conseil présidentiel pour l'Afrique, ont également séjourné au Burkina et rencontré des acteurs de la société civile, des partis politiques de la majorité comme de l'opposition, des personnes ressources, etc. Bref, la partie française a pris ce voyage trop au sérieux. Elle s'est donc préparée en consé­quence. Cela s'est ressenti dans le discours de Macron qui a pratiquement pris en compte l'essentiel des préoc­cupations soulevées par les acteurs rencontrés au Burkina mais surtout des questions qui constituent aujourd'hui les principaux points d'urgence et des défis de gouvernance pour le pays. Mieux, pour montrer que rien n'a été oublié, les questions touchant à l'intégra­tion régionale et à l'émancipa­tion de l'Afrique vis-à-vis de la France ont été abordées. Car, de Ouagadougou, Macron entendait s'adresser à toute la jeunesse africaine, notamment francophone. Pour s'être bien préparé, il a réussi son exa­men de passage haut la main, même si on peut déplorer quelques sorties de route qui sont en fait la manifestation excessive du fait qu'il était trop à l'aise. Du reste, ces bourdes qui auraient pu provoquer des incidents diplomatiques n'ont pas suscité des vives réactions du côté burkinabè. Bien au contraire. Le Président Kaboré lui-même a tenu à rassurer que «même si nous sommes des chefs d'État, il y a des moments également où l'on peut effectivement plaisanter sur des questions sans avoir besoin de vexer ni de blesser quelqu'un de façon particu­lière.»

La société burkinabè manquentoujours de repère!

Cependant, le clou de la visite du président français au Burkina qui était le passage à l'Université a révélé l'inorgani­sation et le peu de sérieux avec lequel la diplomatie et toutes les parties burkinabè ont pré­paré ce dossier. Cet évène­ment annoncé de longues dates était une occasion histo­rique pour créer les conditions d'un compromis entre les dif­férentes composantes sociopo­litiques autour d'un objectif : l'affirmation d'une capacité nationale de mobilisation autour de la défense des inté­rêts du peuple burkinabè. Mais comme on l'a constaté, les intérêts de clans, les querelles de chapelles officielles ou clandestines, les calculs politi­ciens, l'absence d'audace et de créativité ont une fois de plus pris le dessus sur une pré­paration lucide et consensuelle de cette visite.

D'abord, l'Exécutif, avec à sa tête le Président Kaboré, s'est encore montré très mauvais joueur, tel un attaquant dans un match de football qui ne cesse de gâcher toutes les occasions en or, de marquer des buts et des points. Depuis bientôt deux ans, nous ne ces­sons de le répéter. Le président du Faso et son gouvernement doivent engager un dialogue national avec toutes les forces vives nationales ou tout au moins, les forces du change­ment en vue de s'accorder sur un compromis historique autour de la restauration de l'autorité de l'Etat et des insti­tutions. Malheureusement, il persiste dans l'erreur de croire qu'ils peuvent gouverner avec cette majorité plurielle où le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), le parti prési­dentiel, reste hyper dominant et s'impose sans pratiquement rien céder à ses partenaires. Pire, cette majorité brille par son manque d'audace et de capacité de répondre aux for­tes attentes citoyennes de changements dans la gestion publique. Tout porte à croire que les membres de cette majorité se satisfont chacun de la petite part du gâteau qu'il détient et refuse toute ouver­ture susceptible de réduire davantage cette portion déjà congrue. L'on applaudit à tout vent, les avatars de cette gou­vernance mouta mouta faite d'hésitations et d'indécisions, de laxisme et d'un manque criard de sérénité. Naturellement, en face, cer­tains essayent d'exploiter poli­tiquement toutes les failles du pouvoir, tentant de se valoriser en profitant des tares du pou­voir pour trainer ses tenants dans la boue. D'autres, cons­tatant ces signes de frilosité et de manque de sérénité, croient que c'est l'occasion ou jamais de réussir ce qu'ils n'ont pu réaliser depuis 1960. D'autres encore, fatigués de ces luttes de positionnement entre politi­ciens, observent, médusés et parfois révoltés, ces spectacles d'acteurs de très peu de talents qui se croient pourtant le cen­tre de la terre. Ils observent tous ces hommes et ces fem­mes, parfois des excités et des contre-valeurs, jouer les parangons de la vertu, les patriotes hors pairs, les por­teurs d'alternative au manque d'audace et de créativité du pouvoir. Certains d'entre eux tentent de s'organiser pour faire émerger une nouvelle voie et une nouvelle offre poli­tique. Mais ils semblent ralen­tis par la crise de confiance entre les acteurs qui a gagné tous les segments de la société burkinabè.

Finalement, la société burki­nabè reste pratiquement la même que celle d'avant insur­rection. L'immoralité et la méchanceté semblent consti­tuer la règle du jeu. La société manque toujours de repère. L'administration publique et les institutions de l'Etat restent encore caractérisées par cette incapacité à porter le rêve du renouveau. La scène politique est peuplée d'hommes et de femmes de peu de conviction, qui s'accommodent de fortu­nes et de privilèges indus. L'administration publique est vampirisée par des pratiques corruptrices, des tracasseries de toutes sortes et par un manque criard de capacité d'offre de services sociaux de base de qualité. Pire, des agents publics continuent de se montrer plus ingénieux et plus énergiques dans les sur­facturations, la tricherie, les délits d'initiés et les détourne­ments de deniers publics.

Un contexte sociopolitique de défiance et d'incivisme aggravé.

rochL'école, du préscolaire à l'uni­versité, se cherche, incapable d'inculquer à ses pensionnai­res des connaissances à la hauteur des enjeux et défis auxquels fait face aujourd'hui, le Burkina Faso, dans ce monde de compétitions à tous les niveaux. Enseignants, parents, élèves et étudiants assistent impuissamment à la destruction de l'école burki­nabè par des politiques éduca­tives à la limite de l'aventu­risme et de la foutaise. Les dignitaires de la République, grâce aux fortunes acquises indélicatement dans l'exercice de leurs fonctions, envoient leurs enfants dans de grandes universités du Nord ou des écoles supérieures privées, inaccessibles pour l'enfant du commun des Burkinabè. Le système éducatif burkinabè produit plus de diplômés mal­heureusement sans savoir et sans savoir-faire.

Globalement, la jeunesse se retrouve soit abandonnée dans l'ivresse d'une vie de jouissance au point que les bars, buvettes et autres lieux de perversion deviennent les lieux où se formatent les hom­mes de demain, soit instrumentalisée par des réseaux clientélistes pour défendre des causes politiques d'arrière- garde. Pire, bien des jeunes se laissent entrainer dans une culture de l'irrévérence, du vandalisme et de l'incivisme comme moyen d'affirmation de leur personnalité ou d'atti­rer l'attention sur leurs problè­mes existentiels.

A cela s'ajoutent le chômage et l'absence de débouchés professionnels pour la grande majorité des jeunes qui finis­sent par se convaincre que sans une rupture dans la gou­vernance et des changements à la tête de l'Etat, ils ne peu­vent point espérer de salut. C'est donc la convergence de toutes ces situations qui ont engendré l'éveil des conscien­ces et l'exigence d'une nou­velle façon de concevoir et de gérer les affaires publiques. A côté donc de ceux qui par conviction se sont engagés dans cette bataille pour le changement, il y avait une majorité pour qui ce change­ment était porteur d'un espoir de lendemains meilleurs. L'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 visait, cer­tes, à empêcher la dérive monarchique et patrimoniale de Blaise Compaoré. Mais dans le fond, il s'agissait de créer les conditions d'une réponse institutionnelle crédi­ble et durable au désarroi de cette jeunesse. Certains ont cru que le combat était terminé et que toutes les conditions d'un nouveau départ étaient réunies.

Déjà, sous la Transition, l'on avait com­mencé à sentir les impatien­ces. Mais bon gré mal gré, dans l'ensemble, tout le monde ou presque a rongé ses freins en attendant le nouveau pouvoir démocratiquement élu. Depuis donc deux ans, le Burkina Faso est dirigé par un pouvoir démocratiquement élu donc jouissant théoriquement de la légalité et de la légitimité populaire. Mais jamais, le pays n'a été autant confronté à des contestations. Jamais aussi, le Burkina Faso n'a été en proie à un tel niveau d'inci­visme et des actions multifor­mes de défiance de l'autorité de l'Etat. Jamais, le pouvoir n'a été aussi frileux, se limitant plus à réagir qu'à proposer des réponses structurantes et durables aux revendications tous azimuts qui plombent l'administration d'Etat. Face donc à ce pouvoir qui se cher­che et ne sait pas tendre la main aux autres, multipliant les bourdes à travers certains de ses tenants, l'opposition officielle et les autres chapelles politiques clandestines rivali­sent en remises en cause de sa légitimité et de la crédibilité des institutions. Toutes les occasions de mettre en mal le pouvoir sont bonnes à saisir.

Rattrapé par la réalité

C'est dans ce contexte natio­nal fortement marqué par ces défiances de l'autorité de l'Etat et l'incivisme rampant que le Président Macron est arrivé à Ouagadougou. Naturellement, cette visite a été perçue par les différents camps politiques comme une nouvelle opportunité de confrontation et non d'unité. Le pouvoir n'a véritablement pas préparé convenablement cette visite. Il aurait pu, depuis plusieurs mois, mettre à contri­bution les forces et autorités morales pour négocier avec toutes les forces sociopoli­tiques. Pour cela, il fallait engager une réflexion collec­tive des enjeux majeurs de gouvernance aujourd'hui en lien avec les relations avec la France. Dans un tel processus, chaque catégorie d'acteurs pouvait avoir un rôle à jouer et l'on aurait pu jouer une sym­phonie digne de l'image que le pays s'est donné depuis fin 2014.

Malheureusement, l'on est resté dans la logique de l'af­frontement et de la défiance. Dans cette logique, l'on ne peut qu'exposer les tares de la société où tout le monde revendique ce qu'elle offre de bien et attribue les déchets aux autres. Ce qui s'est passé à l'Université et les interpréta­tions qui s'en sont suivies ne sont que l'illustration parfaite de cette société abandonnée à ses membres les plus médioc­res qui se jouent les plus crédi­bles. L'on s'est accroché à la piètre prestation des étudiants lors de la séance questions - réponses avec le Président Macron. L'on refuse de voir en ces pitoyables envolées lyriques, l'illustration d'une jeunesse majoritairement mal formée et instrumentalisée mais qui malheureusement, manque d'humilité et croit s'affirmer dans l'irrévérence et la contestation à tout vent.

Et après tout cela, revoilà les acteurs en train de s'accuser ou de se féliciter d'avoir réussi à perturber le séjour de Macron. Les débats repartent encore de plus belle, sur le superflu (la honte de l'Université, le manque de respect de Macron à notre pré­sident, l'impérialisme et ses valets locaux, etc.) Qu'est-ce que tout cela apporte au Burkina Faso. Quelle alterna­tive à cette débâcle collective ? Qu'est-ce que le Burkina Faso retiendra comme apport de cette visite de Macron dans sa quête de meilleures conditions de vie des populations ?

Il faut simplement espérer que les uns et les autres compren­dront que l'on ne peut rien construire de solide dans l'in­discipline, la belligérance, le refus de la diversité et du respect de l'autre, le secta­risme, l'incivisme, la défiance systématique de l'autorité. Il faut retrouver le sens du dialo­gue et du compromis. Il faut impérativement s'accorder sur un minimum consensuel pour reconstruire l'Etat et ses institu­tions. Une fois de plus, c'est au Président Kaboré de prendre et assumer le leadership. Il doit transcender les clivages et aller au-delà de son camp. Il lui reste trois ans pour sortir le Burkina Faso de cette zone de turbulences qui profite aux for­ces du mal pour semer la désolation.

Boureima Ouédraogo

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