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Appelez-moi Président Roch !

30 janvier 2018 Auteur :   Boureima Salouka

Avec la disparition de Salifou Diallo, le Président Roch Marc Christian Kaboré perd, certes, un solide soutien mais se libère d'une alliance trop pesante. Désormais, presque seul maître à bord, le président tient une opportunité inespérée d'impri­mer enfin sa marque à la marche de son pays. Y parviendra-t-il ? Nous vous proposons ici, une tribune signée du jour­naliste Boureima Salouka, qui publie, chaque mois, sur le site www.presimetre.bf , une note conjoncturelle sur la gouver­nance du pouvoir Kaboré.

 

En s'inclinant ce 24 août sur la dépouille de Salifou Diallo au palais des Sports de Ouaga 2000, là même où il avait prêté serment 20 mois plus tôt, lors de son investiture, le Président Roch Marc Christian Kaboré, sans l'afficher, se savait à une étape cruciale de son mandat à la tête du Burkina. Salifou mort, il est désormais le seul capitaine à bord.

Du triumvirat porté au pouvoir en décembre 2015, il ne reste en réalité que lui, le plus jeune, à pouvoir réellement continuer la marche. Simon Compaoré, désormais numéro 2, semble émoussé et est au plus bas dans l'opinion. Sa réputation a été piétinée au fil de ses nom­breuses sorties polémiques dont la dernière, courant juillet, contre les chauffeurs routiers, a fini par le clouer dans un silence rendu plus assourdis­sant depuis l'attentat terroriste, le 13 août, contre le Café Aziz Istanbul. Visiblement affecté par le départ de Salifou, le vice-président du parti au pou­voir devra se ménager.

La mort de Salifou Diallo affai­blit le Président Kaboré qui y perd un puissant bouclier et un habile tireur de ficelles. Maintenant, face au bouillant front social, aux révendications populaires et aux attaques de l'opposition, le président est à découvert. Les appels du pied pour un gouvernement d'union nationale, si à l'analyse ne se justifient pas, n'en portent pas moins une charge critique viru­lente contre le chef de l'État, décrit souvent comme trop tendre, au point qu'il faille par une ouverture à tous vents, lui adjoindre des lieutenants téméraires.

Le temps des opportunités

D'un gouvernement de large ouverture, le Burkina n'en a pas besoin. Le Président Kaboré non plus. Il a juste à fermer la porte aux opportunis­tes. Et mieux saisir ainsi la fenêtre d'opportunités inespé­rées qui s'ouvre à lui. À com­mencer par l'impérieuse reconciliation nationale. Sur le métier à tisser du vivre-ensem­ble, le Président Kaboré devra indiquer clairement la voie à suivre pour démêler les fils de la mésentente et réinventer le tissu de l'harmonie.

Le président devra aussi para­chever la réforme de la Constitution pour laquelle il devra opérer un choix corné­lien à la réception prochaine de l'avant-projet : convoquer un référendum provisionnelle- ment onéreux mais légitimant ou susciter une initiative parle­mentaire pour le passage à la Ve République. Alors qu'il a été constamment flagellé par Salifou Diallo, le Premier minis­tre Paul Kaba Thiéba, s'il survit au chambardement annoncé, devra maintenant avoir les coudées franches pour être un vrai chef du gouvernement. Ainsi soulagé de la gestion des contingences quotidiennes, le Président Kaboré devra s'inves­
tir pleinement dans la réalisa­tion de cet autre chantier prio­ritaire : la réforme du secteur de la défense et de la sécurité. Une urgence.

Le président n'était jamais réel­lement entré dans ses habits de chef, tardant à s'émanciper de ses adjuvants. Lasse d'atten­dre, l'Histoire semble avoir tranché elle-même. En s'em­ballant, elle contraint le prési­dent à s'assumer. Pleinement. Et marquer de son sceau son passage à la tête de l'État. C'est ici et maintenant qu'il devra se décider. Des RSS, il ne reste plus que le...R. Appelez- moi « Président Roch ! ». Enfin.

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"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite