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CINEMA: Silence, le mythique Ciné Burkina se meurt !

12 janvier 2017 Auteur :   Aimé NABALOUM

Le constat fait ne reflète pas l’image connue d’antan de cette mythique salle de cinéma au coeur de la capitale. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Nous avons tenté d’entrer en contact avec le responsable de Nerwaya Multi-Vision, Franck Alain Kaboré, depuis le début de l’affaire, mais nous n’y sommes pas encore arrivés. Le constat sur les lieux est désolant. Un scénario difficile à décrire, tant le cadre prête plus à un dépotoir qu’à une salle de projection cinématographique.

Dans le cadre du reportage initié, nous avions prévu de faire le tour des salles de ciné de Ouagadougou. Le ciné Burkina a été la première étape. Un soir, pendant que nous y étions, des visiteurs voulaient s’installer dans la cour pour travailler et souhaitaient bénéficier d’une prise électrique pour alimenter leur ordinateur portable. Informés qu’aucune prise ne marche, la déception et la colère se lisaient sur leur visage. « Au Burkina (ndlr : ciné Burkina) il n’y a pas de prise externe ! » S’est exclamé l’un d’eux avant de rebrousser chemin, visiblement déçus.

Au même moment, deux agents du FESPACO entrent dans la cour, dossiers en main. C’est le Délégué général lui-même et un cadre du FESPACO. Renseignement pris, ils souhaitaient voir l’état de la salle dans le cadre de la préparation du FESPACO 2017. Ils n’auront aucun interlocuteur à qui s‘adresser, le gestionnaire est absent. C’est également la désolation au regard du délabrement avancé du Ciné Burkina. Cette situation ne date pas de maintenant, dit-on. En effet, c’est à la société Nerwaya Multi- Vision que la gestion de la salle de Ciné a été confiée.

Le patron de cette société n’est autre que Franck Alain Kaboré que nous avons tenté en vain de joindre au téléphone et malgré les messages laissés. Depuis 2008 que cette gestion a été confiée, beaucoup de choses semblent s’être passées. En cette année 2008, un appel d’offres avait été lancé par le Directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), en vue de trouver un gestionnaire pour le Ciné Burkina. Suite à cela Nerwaya Multi-vision a été attributaire de cette gestion déléguée. Par lettre n°2008.1080/DG/SG/DIGI du 16 septembre 2008, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) notifiait l’attribution du Ciné Burkina à Nerwaya. Une location à problèmes Cette attribution s’est faite sous la forme d’une location d’immeuble.

Aujourd’hui, le Ciné Burkina est méconnaissable et met à nu un problème de gestion de l’immeuble luimême. Nous y avons été à plusieurs reprises et avons scruté les coins et recoins. La cour est délaissée. Les murs sont délabrés, tombés par endroits et ceux de la cuisine ont été noircis par la fumée. Mais il n’y a pas que ça. Dans l’immeuble, il y a au moins cinq entités que sont, la salle de projection, le parking, le bar, le restaurant et les toilettes. Toutes ces cinq entités sont en gestion séparée.

cinebLà n’est véritablement pas le souci majeur. Il y a bien plus. Au niveau de la salle de projection elle-même, le constat est triste : les eaux des climatiseurs coulent à l’intérieur de la salle ; les fauteuils sont sales ; il y a un manque d’eau dans les toilettes qui ne fonctionnent d’ailleurs pas ; le réseau pouvant contenir d’éventuels incendies est en panne par manque d’eau. Plus à l’intérieur, à la cabine de projection, la peinture à huile se décolle, une lampe du vidéoprojecteur est grillée et il y a la question de l’étanchéité du toit. Les toilettes se trouvant sous le hall de la salle ne fonctionnent pas et là également par manque d’eau. Un tour au restaurant, les tuiles des toits des hangars sont endommagées et l’eau de pluie s’est infiltrée, provoquant une dégradation avancée du plafond. Certains plafonds ont même cédé et pendent sur les clients. L’eau devant servir pour la cuisine est transportée par des barriques, preuve qu’il n’y a pas d’eau courante. L’ONEA en aurait suspendu la fourniture. Ce n’est pas tout.

Beaucoup de commerçants de la zone jettent leurs emballages inutilisés dans la cour. Le mur est utilisé comme un urinoir et le grand espace restant est transformé en parking par des commerçants. Quant au bar à l’entrée de la salle de projection, aucune ouverture ne tient, encore moins les rideaux. L’hygiène y est douteuse avec des toiles d’araignées et il n’est pas alimenté en électricité. L’emblématique salle de Ciné Burkina est méconnaissable.

Où est passé le contrat ?

Selon certaines informations, l’attribution de la gestion à Nerwaya est entourée de flou, surtout quand certains affirment que l’appel d’offres de 2008 n’a pas été fait dans les règles de l’art. La preuve, la CNSS a entrepris depuis 2008 de faire signer un contrat au gestionnaire mais rien de tout cela n’a été fait. Si fait que la CNSS ne dispose d’aucun contrat avec le gestionnaire malgré les relances de celle-ci. Plus grave encore, le service des impôts ne disposeraient également d’aucune trace depuis l’occupation des lieux. Mais tout cela, ce n’est pas faute de n’avoir pas interpellé le gestionnaire.

Le ministère de la Culture l’a également fait à plusieurs reprises à l’endroit de la CNSS qui est le premier responsable de la salle de Ciné Burkina. Face à une telle situation, la CNSS a opté, le 14 octobre 2016, de demander au gestionnaire de libérer les locaux au plus tard le 30 novembre 2016. Dans ce sens, le gestionnaire devrait résilier les contrats avec l’ONEA, la SONABEL et le téléphone, régler les loyers, remettre les lieux à l’état initial avec un nettoyage, un entretien et de la peinture ou à défaut, verser la caution de deux mois de loyer en vue de refaire l’immeuble. Le loyer mensuel s’élèverait à 1 375 000 FCFA. Mais ce n’est que l’Iceberg visible d’une gestion chaotique. Nous y reviendrons !

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Dans cette affaire, il n’y a pas que la gestion même des locaux du Ciné Burkina qui pose problème.

Les acteurs du cinéma au Burkina également ne sont pas contents. Les plaintes sont légion. Distributeurs et réalisateurs grondent et ne savent pas à quel saint se vouer. Certains gestionnaires de salles et des distributeurs rencontrés sont loin d’être tendres et ne mâchent pas leurs mots. Ils pointent du doigt une totale domination et un monopole qui ne dit pas son nom de la part de Nerwaya sur le secteur et surtout un silence du ministère en charge de la culture. Ils avouent faire face à des conditions draconiennes quand il s’agit de projeter leurs films dans une salle gérée par Nerwaya. La douloureuse expérience d’une distributrice nous a été relatée. Et elle n’est pas seule. Son cas est évocateur. Que ce soit au Ciné Burkina, au Ciné Nerwaya et à la salle de projection du CENASA, elle a du payer des coûts inutiles. Tenez ! Pour projeter un film dans une des salles, le gestionnaire de la salle prélève d’abord 18% de la TVA. Le reste des recettes est divisé en deux parts. L’une revient au gestionnaire de la salle et l’autre au distributeur qui doit à son tour se « débrouiller » avec cette moitié entre lui et son réalisateur. Une véritable galère qui décourage bon nombre d’acteurs. La colère monte. Si rien n’est fait, le cinéma burkinabè souffrira encore de nombreuses tares.

AN

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