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MAITRE BENEWENDE SANKARA, Avocat de la famille Norbert Zongo: «Il n’y aura pas d’impunité dans ce dossier»

11 janvier 2017 Auteur :  

Le Reporter : Quel point peuton faire de l’évolution du dossier Norbert Zongo au jour d’aujourd’hui ?

Me Sankara : Je ne peux parler que de ce que je sais ; ce qui est dans mon dossier. Pour répondre à votre question, je dirai que le dossier est entre les mains d’un juge d’instruction du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, le doyen Zerbo. En rappel, après l’insurrection populaire, le dossier a été rouvert, la requête du Procureur général à travers un réquisitoire pris le 30 mars 2015, si ma mémoire est bonne. Ce réquisitoire était aux fins de demander la réouverture du dossier et la saisine d’un juge d’instruction. Le 7 avril 2015, le juge d’instruction a effectivement rendu une ordonnance disant qu’il y avait lieu de faire suite au réquisitoire aux fins de réouverture et a ordonné l’ouverture d’une information. Ça fait un an et quelques mois que le dossier est effectivement rouvert. A ce jour, ce que je sais, c’est que des gens sont inculpés et détenus. La procédure suit son cours avec des auditions. Le travail du juge d’instruction est à peu près comme celui d’un gendarme. Il mène les enquêtes, il auditionne des gens, il réunit les pièces à conviction, les preuves dans l’attente de rendre une ordonnance de renvoi devant la juridiction de jugement, ou de rendre une ordonnance de non-lieu. Je dois vous rassurer qu’à ce jour, les informations concordantes tendent à dire qu’il y a beaucoup d’indices, beaucoup d’éléments qui concourent vers non seulement des inculpations, mais vers un procès. Je ne pense pas qu’on ira cette fois-ci à un non-lieu.

Combien de personnes sontelles inculpées ?

Je sais qu’il y a au moins 3 personnes qui sont formellement aux arrêts. Mais il y en a aussi qui sont morts, c’est dommage. Ce sont des éléments de la garde rapprochée de Blaise Compaoré (l’ex-RSP, ndlr). Ce sont les mêmes qui sont aussi dans l’affaire Thomas Sankara. Si vous prenez le cas de l’Adjudant Marcel Kafando, c’est lui et ses hommes. Pour aboutir à un crime aussi abominable, il faut certainement une préparation qui implique d’autres personnes, même des civils. Aujourd’hui, on est peu bavard parce qu’on ne veut pas gêner le juge qui est en train de faire un très bon travail.

Il y a des informations qui ont été données et que le juge essaie de vérifier. Il travaille à pouvoir aller jusqu’au bout.

Le nom du petit frère de l’exprésident, François Compaoré, revient constamment dans ce dossier. L’opinion se demande pourquoi il n’est pas inculpé jusque-là.

Il n’est pas inculpé certainement pour plusieurs raisons : d’abord, il n’est pas auBurkina. Ensuite, il va falloir que l’étau se resserre sur lui. On parle d’étau, parce que pour arriver à une inculpation, soit le fait est flagrant, soit le juge va procéder par recoupement pour aboutir à ce que sa culpabilité soit avérée. En ce moment, il peut prendre un mandat d’arrêt, et même s’il n’est pas au Burkina, il peut lancer le mandat pour l’interpeller.

Vous posez une question très importante qui concerne une personnalité qui était aux sommités de l’Etat. Avec l’insurrection, beaucoup de pièces ont été retrouvées au domicile de François Compaoré. Vous vous rappelez que quand il y a eu le non-lieu, c’est parce que justement dans les interrogatoires, quelqu’un s’était dédit. Cela a mis la procédure à l’eau.

Cette fois-ci, avec les pièces à conviction que le Centre national de presse Norbert Zongo nous a transmises et que nous avons reversées au dossier du juge, les choses avancent. Ça a permis également de remonter avec des pièces à conviction au nom de François Compaoré. Je ne suis pas le juge pour répondre parce qu’il ne l’a pas encore inculpé ou fait l’objet d’un mandat d’arrêt. Je crois que comme je l’ai dit au début, il travaille sur la base des pistes et des preuves. Si c’est avéré, il n’hésitera pas.

Après l’insurrection, le dossier a été rouvert et cela a suscité beaucoup d’espoir. Les gens pensaient que cela allait aller très vite, le temps passe, les gens commencent à se poser des questions ...

Là, les gens se posent les mauvaises questions. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Parce qu’une erreur judiciaire est tout autant une injustice qu’un procès au rabais. De ce point de vue, si c’est le rapport temps, acceptons-le, même si le crime remonte à il y a 18 ans. C’est depuis le 7 avril 2015 qu’une instruction sérieuse a commencé. Nous, militants du Collectif, on a toujours exigé une instruction sérieuse. Maintenant, est-ce qu’en un an, par rapport à un crime d’Etat, on peut aboutir à un procès équitable ? En tant qu’Avocat, je n’en suis pas très sûr.

Peut-on donc dire que le dossier avance dans le bon sens ?

Sereinement. Il avance sereinement. Jusqu’à ce soir (8 décembre 2016, ndlr), je crois qu’on est sur le bon bout. Encourageons le juge à aller jusqu’au bout. Ce que je retiens de fondamental, je n’ai pas l’impression que le juge a une pression dans son travail. Et quand on discute avec lui, il ne donne pas l’impression d’avoir des obstacles politiques comme on en a vu de par le passé. Je pense que l’indépendance de la Justice et la liberté du juge sont deux fondamentaux. Je crois que si c’est garanti, c’est à lui de prendre ses responsabilités.

Est-ce à dire que la première instruction n’a pas servi à grand-chose ?

Ça peut servir puisque là aussi, ce sont des auditions. Vous savez, le dossier Norbert Zongo ce sont des tonnes de papiers. On ne peut pas dire que ça n’a pas servi puisqu’une centaine de personnes avait été entendue.

C’est vrai que vous dites que vous n’êtes pas dans le secret de l’instruction, le juge, il est seul maître de son instruction. Mais peut-on espérer un jugement dans un certain délai ?

Je n’ai jamais été de cet avis. Pour la simple raison que dans une procédure, il peut avoir des incidents. A cause de ces incidents que le juge même ne maîtrise pas, il est difficile de dire que le procès aura lieu dans un an ou deux. Le procès peut aller très rapidement si dès demain, beaucoup passent aux aveux par exemple. Les règles de la défense, vous savez, c’est sacré. Les règles de la défense doivent être respectées de bout en bout. Dès lors que vous avez affaire à des gens qui sont condamnés, ou qui sont susceptibles d’être condamnés, qui sont poursuivis, ils prennent des avocats qui vont aussi développer les moyens de défense. En ce moment-là, on ne maîtrise plus le délai. Il peut y avoir aussi des expertises. Je vous donne un cas dans le dossier Norbert Zongo : le véhicule qui a été utilisé pour la commission du crime. L’année dernière, on nous a dit que le juge l’avait retrouvé mais en état d’épave. Il faut remonter, ça c’est une piste aussi. Donc, il y a beaucoup d’éléments qui ne permettent jamais de dire que le procès aura lieu tel jour. Mais quand le juge finit, il rend une ordonnance et remet le dossier au tribunal. En ce moment, on peut espérer des délais.

Le Reporter

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