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COMMUNE RURALE DE POUNI : Les affaires louches du maire !

30 janvier 2018 Auteur :  

Il se passe des choses bizarres au sein de la mairie de Pouni, commune rurale dans la province du Sanguié. La gestion de cette commune aux destinées de laquelle préside Dieudonné Ido, élu maire dans un contexte assez tourmenté, à l'occasion des municipales de 2016, ne finit pas de faire des gorges chaudes. La gestion de certains marchés de la commune, ainsi que le management même des hommes par le maire Ido sont sources de discor­des. Depuis plusieurs mois, le Conseil municipal végète dans une ambiance des plus moroses. La crise de confiance est à son paroxysme. Inutile de dire que le développement de cette commune est piégé.

 

Le cas qui retient le plus les attentions en ce moment est sans conteste, l'affaire de ces marchés attribués par le maire, dans des circonstan­ces assez atypiques, prati­quement à l'insu du Conseil municipal, à un jeune entre­preneur local, pour la réali­sation d'un certain nombre d'infrastructures au profit de la commune. Le payement du jeune entrepreneur, une fois les travaux terminés, est des plus problématiques et ne finit pas de faire des vagues. Cela fait plusieurs mois que l'infortuné entre­preneur, qui dit s'être endetté pour la réalisation des travaux, court derrière le maire pour entrer en pos­session de son argent mais en vain. De quoi s'agit-il exactement ? A en croire l'entrepreneur, c'est quelques mois après son élection à la tête de la com­mune que le maire Ido l'a contacté pour lui attribuer d'autorité trois marchés de réalisation d'infrastructures au profit de la commune de Pouni. Nous sommes en novembre 2016. Il s'agit de la réfection du CSPS du village de Tiyélé, pour un montant de 5 602 475 FCFA ; de la réalisation de la clôture de l'auberge de Pouni, pour un montant de 15 186 366 FCFA ; et de la construction de l'école du village de Bandéo Naponé, pour un montant de 21 786 537 FCFA. Soit un total de plus de 42 millions FCFA. L'attribution s'est faite, soutient l'entrepre­neur, un soir, dans un maquis de la localité. Après cette attribution des mar­chés, faite de façon verbale, raconte-t-il, le maire lui demande de commencer immédiatement les travaux. La commune de Pouni serait en retard, comparativement aux autres. A noter qu'il s'a- git-là, de réalisations finan­cées par la Coopération suisse au Burkina. Lorsque l'entrepreneur fait savoir au maire qu'il ne peut com­mencer les travaux sans une avance de démarrage ni un contrat dûment signé par les deux parties, le bourgmestre lui remet, sur-le-champ, dans le maquis, la somme d'un million FCFA et lui dit d'aller commencer les tra­vaux et que la semaine sui­vante, ils procéderaient à la signature des contrats et l'entrepreneur recevrait l'a­vance de démarrage. A l'oc­casion, l'entrepreneur lui retournerait le million FCFA qu'il venait de lui remettre et qui n'est qu'un préfinance­ment sur ses fonds person­nels.

Un ticket pour l'enfer !

Sans être vraiment rassuré, l'entrepreneur accepte de s'engager en comptant sur la bonne foi du maire. Celui-ci lui a fait savoir qu'il voulait faire émerger les entreprises locales et c'est en tant que jeune entrepre­neur local qu'il voulait l'ai­der. Mais mal lui en a pris. Le jeune entrepreneur venait ainsi de prendre un ticket pour l'enfer, avec le maire Ido. Après une semaine de travaux, lorsqu'il relance le maire pour l'avance et les contrats comme promis, ce dernier lui explique des contraintes familiales qui l'empêcheraient d'honorer ses engagements. Faute de moyens pour poursuivre les travaux en l'absence d'une avance de démarrage, le jeune entrepreneur dit avoir été contraint de suspendre les travaux. Après des semaines d'inactivités sur les chantiers, l'organe de contrôle du bailleur de fonds interpelle l'entrepre­neur qui, à son tour, relance le maire par rapport à la situation. Celui-ci reste sans réaction favorable pendant de longues semaines. Prétextant toujours des contraintes familiales, notamment l'état de santé de son père, le maire convainc le jeune entrepre­neur de reprendre les tra­vaux et qu'il viendra par la suite tout remettre en ordre. Et voilà l'entrepreneur contractant des prêts auprès de ses fournisseurs de maté­riels, pour faire avancer les travaux. Mais le maire mul­tiplie les rendez-vous man­qués. Au point où les rela­tions de l'entrepreneur avec ses fournisseurs et ses employés se détériorent dangereusement. Certains menacent de le convoquer à la police. Pendant ce temps, le maire reste toujours sourd à ses supplications. Nous sommes en janvier 2017. Jusque-là, ni les contrats, ni l'avance de démarrage des travaux ne sont encore honorés. Il a dû encore suspendre les travaux, faute de moyens. Un jour, le maire l'appelle et lui demande de reprendre les travaux, tout en lui promet­tant de lui verser une avance de 3 millions FCFA dans les plus brefs délais. Mais en fin de compte, c'est 900 000 FCFA qu'il lui envoie. Bien entendu, cela ne lui permet­tait pas de faire face à ses créances vis-à-vis de ses fournisseurs et de ses employés. Les travaux connaissent un très grand retard. C'est dans ce contexte qu'un matin, l'en­trepreneur va découvrir d'autres ouvriers sur l'un de ses chantiers. Celui du mur de l'auberge de Pouni en l'occurrence. Une équipe d'ouvriers en train de tra­vailler sur son chantier, avec les agrégats qu'il y a convoyés.

Sous-traitant malgré lui I

asceLe jeune entrepreneur est désemparé. Que se passe-t­il ? Qui a pu bien envoyer ces ouvriers en ces lieux? Se demande-t-il, confus. Approché, le maire feint de n'être au courant de leur présence sur le chantier. Mais la suite montrera qu'il était bel et bien au courant et mieux, il était celui-là même qui était à la base de leur venue sur le chantier. Finalement, ce chantier sera retiré au jeune entrepreneur au profit d'un autre. L'intéressé serait un ami du maire, basé à Ouagadougou. Comment cela est-il possible ? Comment le maire qui pré­tend vouloir faire émerger l'entrepreneuriat local a-t-il bien pu faire ça ? Bref... Le jeune homme se débrouille pour terminer le chantier de l'école de Bandéo-Naponé sur ses propres fonds. On lui avait promis, entretemps, qu'il serait payé dès qu'il achevait ce chantier et la réception provisoire pronon­cée. Lorsqu'il parvient à achever le chantier, au moment de la réception provisoire, il découvrira toute la supercherie dans laquelle le maire et ses aco­lytes l'ont mené jusque-là. Le procès-verbal de récep­tion provisoire est élaboré au nom d'une entreprise autre que la sienne et on lui demande de signer en tant que représentant de cette autre entreprise. Chose qu'il refuse, bien entendu. Le maire tente de lui faire com­prendre qu'il n'était qu'un sous-traitant de cette autre entreprise, du nom de SEAI SARL et dont le premier responsable se nomme Mamadou Compaoré. C'est avec ce dernier que le maire a signé le contrat. Pourtant, au moment de lui attribuer les marchés, le maire n'avait jamais fait cas de cette sous- traitance.

D'ailleurs, com­ment aurait-il pu être sous-traitant d'une entreprise dont il ignore tout ? Comment aurait-il pu être sous-traitant sans avoir signé un contrat de sous- traitance ? Nous avons ren­contré le maire à propos de toutes ces questions. Il sou­tient simplement qu'il a fait tout cela pour aider le jeune entrepreneur. Chose que ce dernier a du mal à admettre aujourd'hui. Bien au contraire. Selon lui, le maire l'a plutôt plus ruiné qu'il ne l'a aidé. En plus, au lieu des 21 millions FCFA comme coût de la construction de l'école, montant sur lequel il s'était entendu avec le maire, c'est 17 millions FCFA qu'on décide de lui payer en fin de compte. Pourquoi ce revirement ? Le maire soutient que 17 millions FCFA est le montant auquel on a construit les écoles de ce type dans la zone. Mais pourquoi avait-il accepté les devis du jeune entrepreneur ? Mystère. Jusqu'à ce jour, l'infortuné entrepreneur n'est toujours pas rentré en possession de son argent. Que de chas­sées croisées entre les deux hommes. Aux dernières nouvelles, le maire lui aurait dit qu'il aurait remis son chèque à un huissier qui devrait le contacter pour le lui remettre. Et cela fait des semaines qu'il attend vaine­ment l'appel de l'huissier en question. Lorsqu'il demande à avoir les coordonnés de l'huissier en question, afin de rentrer en contact avec lui, impossible de l'avoir.

Un parcours pas comme les autres !

Outre ces affaires de mar­chés gérés de façon singu­lière par le maire et ses hommes au sein de la mai­rie, beaucoup d'autres pro­blèmes minent la vie de cette commune. L'ambiance au sein du Conseil munici­pal est des plus délétères depuis belle lurette. Le management du maire Ido est très décrié. Ils sont nom­breux au sein du Conseil municipal qui continuent de ruminer les douloureux sou­venirs des circonstances dans lesquelles Dieudonné Ido est parvenu à se faire élire à la tête de la mairie de Pouni. Une élection émaillée de violences, soldées par des peines d'emprisonne­ments fermes pour certains acteurs, dont le chef du village de Tita, bastion du MPP naissant dans la com­mune. Débarqué dans le parti juste à la veille des élections municipales de 2016, en provenance de l'UPC, où il avait été candi­dat malheureux aux législa­tives de 2015, Dieudonné Ido est arrivé à s'imposer en s'appuyant notamment sur les coutumiers de la localité dont l'influence est, dit-on, assez redoutée de tous. Ceux-ci auraient exercé diverses pressions sur les potentiels concurrents pour les obliger à abandonner la compétition au profit de Dieudonné Ido. Un passage en force ayant méprisé même les directives du parti qui n'a pas manqué de frapper le contrevenant d'une sanction de suspen­sion de 6 mois. Depuis, Dieudonné Ido est à la tête de la mairie contre vents et marrées. Son autorité est constamment contestée. Des tentatives de motion de défiance ont été jusque-là déjouées, grâce à certains soutiens au sein du MPP Mais jusqu'à quand cela durera ? Pour sûr, l'am­biance au sein du Conseil est telle que l'heure est loin d'être au développement de la commune. Mais il n'y a pas que ça. Le parcours per­sonnel de Dieudonné Ido ne manque pas de susciter des grincements de dents. Ingénieur de génie rural de formation, il a exercé à l'Agence Faso Baara, puis dans une entreprise de BTP au Tchad. A toutes ces éta­pes, l'homme aurait laissé ses empreintes. Affaire à suivre !

Y. Ladji Bama

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