-->

ATTAQUE TERRORISTE DU CAFE AZIZ ISTANBUL: Chronologie des faits

29 septembre 2017 Auteur :  

La soirée du dimanche 13 août a été horrible pour les Burkinabè. Des terroristes se sont encore permis de s’attaquer à des clients du restaurant-café Aziz Istanbul situé sur l’avenue Kwamé N’krumah. Le mode opératoire est monstrueux. Le bilan humain est macabre.

Au cours de cette longue nuit d’horreur, les deux terroristes ont pensé tenir tête aux forces d’intervention qui ont fini par les abattre tous les deux  peu avant 5h du matin.

Par Aimé NABALOUM  

 

Il était 21h et demi quand les premiers coups de feu ont commencé à se faire entendre sur l’avenue Kwamé N’krumah. C’est d’abord la débandade dans la zone. Usagers de la route, occupants des espaces de divertissement, il fallait vite quitter les lieux avant de chercher à comprendre. Comment cette attaque a commencé. Les témoignages sont divergents mais les plus crédibles et les explications du Procureur du Faso  permettent de retracer le scénario. Deux terroristes ont mené l’attaque. Juchés sur une moto, ils sont venus du côté sud de l’avenue. Une fois arrivés devant le restaurant Aziz Istanbul, raconte un témoin, ils percutent le pare-choc d’un véhicule garé là et simulent un accident. Le bruit de l’impact contre le véhicule attire l’attention des passants et de tous ceux qui étaient dans les environs. Ce bref temps de surprise ne s’estompera pas. Les deux terroristes commencent à ouvrir le feu sur la terrasse du restaurant. Panique généralisée. Tous ceux qui étaient là n’ont pas eu le temps de comprendre le faux accident avant que l’attaque lui-même ne commence, ce qui a encore accentué la panique et l’effet de surprise.

L’alerte est déjà donnée sur les réseaux sociaux et les médias qui confirment au fur et à mesure une attaque terroriste sur l’avenue. Dans la confusion, il était difficile de dire avec exactitude ce qui se passait. Une attaque contre un restaurant, contre un hôtel, une mutinerie, toutes les rumeurs circulent. Dès 22h, l’attaque du restaurant est confirmée. La zone est encerclée par des Forces de défense et de sécurité. Difficile d’entrer dans un certain rayon. De la base aérienne à l’aéroport, de la Banque de l’union à la mosquée sunnite et derrière l’immeuble de Splendid Hôtel, personne ne peut accéder. Les équipes de police et de gendarmerie patrouillent. Point de circulation ! Les premières autorités arrivent dans la zone. Le ministre de la communication, Remis Dandjinou, confirme une « attaque terroriste » dans le restaurant Aziz Istanbul. Le bâtiment lui-même est encerclé, de même que toute la zone. Il n’y a plus que deux issues : l’une par l’entrée principale et l’autre par l’arrière-cour. Les forces d’intervention, après avoir réussi à entrer dans le bâtiment et libérer les otages, les tirs semblent s’être calmés. Le bâtiment encerclé, il ne reste que deux cibles pour les terroristes. Ces derniers acculés. Les tirs s’entendent plus à l’arrière-cour du restaurant. Quelques minutes, ils se font de plus en plus rares mais apparemment plus précis.

Du côté de la mosquée sunnite de la ZACA, un groupe de jeunes attroupés suivent de loin les évènements. On pouvait, à partir de là, voir les va-et-vient des forces d’intervention et des mouvements d’engins lourds. Un homme d’âge avancé, un fidèle de la mosquée sunnite, arrive sur sa moto, tout de blanc vêtu, s’arrête et demande aux jeunes : « qu’est-ce qui se passe ici ? » Silence ! Sentant qu’il était incompris, il insiste : « ou bien c’est l’attaque de la nuit ? » Les jeunes répondent « oui ». Le vieux ne s’emballe pas et confie aux jeunes : « si c’est l’attaque de la nuit, il faut rentrer parce que c’est terminé ». Tout le monde est ébahi. Le vieux démarre sa moto puis se gare devant la mosquée. Mais curieusement, après l’annonce de la fin des hostilités par « le vieux », les tirs se poursuivaient. Des rafales retentissent dans le restaurant à nouveau. Probablement, des forces d’intervention. Juste quelques secondes et des coups de feu d’armes de petits calibres répliquent. Les rafales de kalachnikov déchaînent à nouveau. Une fumée jaillit du bâtiment. Les jeunes attroupés là à la ZACA y vont de leurs commentaires en langue mooré. « On les a eus on dirait », dit l’un d’eux. « Il ne faut même pas qu’un seul sorte », réplique son camarade. « Ces gens-là mêmes ne méritent pas de ressortir du restaurant », conclut un autre. Pendant ce temps, le groupe des journalistes et certains badauds contemplent de loin ce qui se passe à partir de  Splendid Hôtel.

Aux environs de 5h du matin, l’opération est terminée. Aucun coup de feu. Une demi-heure plus tard, un officier fait le point aux hommes de médias. Au total, 18 personnes ont péri et de nombreux blessés ont été transportés à l’hôpital. La source sécuritaire affirme que les deux terroristes sont des jeunes, ordinairement habillés, pouvant se fondre dans une foule sans soulever un quelconque soupçon. L’opération a débuté à 21h15 et l’assaut final lui-même à 4h30. Elle prendra fin à 5h, soit environ une vingtaine de minutes d’assaut. Trois gendarmes ont été blessés, dont un gravement.

Aimé Nabaloum

E-mail Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Votre commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Diagnostic

  • PUTSCH MANQUE DE SEPTEMBRE 2015 : Le tango tango des deux Généraux Diendéré et Bassolé
    • mercredi 31 janvier 2018

    Le dossier du coup d'Etat manqué du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ne finit pas avec ses surprises. Au moment où l'on est en train d'amorcer l'avant dernier virage vers le procès, à travers les audiences de confir­mation des charges, le Général Diendéré et ses conseils ont sorti une nouvelle parade.

    in Diagnostic
  • TROIS ANS APRES L'INSURRECTION POPUUIRE : Le Burkina a toujours mal à sa gouvernance et à sa classe politique
    • mardi 30 janvier 2018

    Le Burkina Faso va mal et même très mal. Et ce n'est pas être alarmiste de le dire. C'est un constat. Le pays a mal à sa gouvernance, à sa classe politique dans son ensemble, à sa société civile et à ses citoyens, individuellement et collectivement. Trois ans après l'insurrection populaire qui était pourtant censée offrir de nouvelles perspectives politiques, institutionnelles et socioéconomiques pour la grande masse des Burkinabè, le pays continue de tanguer, de patauger des eaux marécageuses.

    in Diagnostic
"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite