-->

CITE RELAIS DE BASSINKO: Les pratiques lugubres du ministère de l’Habitat

04 août 2017 Auteur :  

Les conflits entre cette Direction du ministère et les résidents de la cité ou même des souscripteurs s’estimant lésés sont récurrents depuis des années. Souscripteurs grugés, engagements non respectés, doubles attributions de parcelles, opérations douteuses de morcellements d’espaces réservés, etc. Les sources de conflits sont nombreuses, même trop nombreuses.Certains cas sont mêmes en Justice, reconnait-on. Visiblement, depuis le départ, la conduite de ce projet de Cité relais a été émaillée de faux, de tricherie et de duperies.

Par Y Ladji BAMA

 

Le dernier fait qui ravive la tension en ce moment entre les résidents de la Cité relais de Bassinko et la Direction générale de l’Urbanisme, de la viabilisation et de la topographie (DGUVT) remonte au 27 avril dernier.  Ce jour-là, certains riverains constatent avec beaucoup de surprises des mouvements suspects sur l’un des espaces non encore aménagés de la cité. Depuis les premières heures de la matinée, des hommes sont sur l’espace en question, procédant à des travaux de morcellement de celui-ci en parcelles. Approchés par les résidents, les intéressés leur font savoir qu’ils ont été envoyés pour effectuer ces travaux. Qui est derrière une telle opération ? Les résidents s’adressent dans un premier temps à leur maire d’arrondissement. Celui-ci leur fait savoir qu’il n’est pas au courant d’une telle opération. Ils s’adressent à la DGUVT. Là-bas, on leur fait savoir que l’opération a été décidée par ladite Direction. Pourquoi la mairie n’en est pas informée ? A cette question, on se perd pratiquement en conjectures ? On reconnait avoir omis d’informer la mairie, mais on fait savoir que la gestion de la cité relève de la compétence de la DGUCT qui en serait propriétaire et donc libre de décider en toute souveraineté des aménagements à y effectuer. Les résidents sont confus face à une telle réaction. Maintes fois pourtant, ils se rappellent avoir fait recours à cette même Direction pendant qu’ils étaient confrontés à certains problèmes dans la cité, notamment des problèmes de viabilisation et d’infrastructures manquantes, on les avait renvoyés vers la mairie. Ils se souviennent aussi que c’est la mairie qui délivrait certains actes administratifs concernant la cité. C’est le cas de l’attribution de certains espaces réservés pour la réalisation d’infrastructures sociales telles des écoles. Des arrêtés d’attribution ont été signés à cet effet par le maire en son temps. D’où vient-il que soudainement, la gestion de cette même cité est devenue un domaine de souveraineté de la DGUVT, quand il s’agit de venir y dégager des parcelles? Difficile de comprendre.

A l’origine, seraient

 des plaintes

Nous avons rencontré le Directeur général de l’Urbanisme, de la viabilisation et de la topographie, Yacouba Siko. Il maintient que la cité est une propriété de sa structure qui peut l’aménager comme elle l’entend. A propos de l’opération de parcellisation évoquée plus haut, il explique que cette opération a été rendue nécessaire parce que sa structure fait face à des plaintes de certains souscripteurs qui auraient versé leur argent lors de l’opération d’attribution des parcelles de la cité et qui n’ont toujours pas obtenu de parcelle. Une insuffisance des parcelles disponibles serait à la base de cette situation. Face aux plaintes de ces souscripteurs malheureux dont certains auraient même saisi la Justice pour se faire rétablir dans leurs droits, la Direction a décidé de procéder à cette opération de morcellement de l’espace en question, en vue de satisfaire les intéressés. Selon les explications du DGUVT, si l’espace en question n’avait pas été aménagé au moment du lotissement du site de la cité, c’est parce que cette partie de la zone était une zone non aménageable, parce que inondable. Des travaux de voiries seraient en cours et auraient permis de sortir la zone en question de sa situation de risque. C’est pourquoi son aménagement en parcelles est devenu possible. Et étant donné que le besoin était là, il fallait l’aménager pour satisfaire les plaignants. Combien sont-ils à se plaindre ? Une bonne dizaine. Répond le DGUVT. Pourtant, sur l’espace en question, le nombre de dégagés avoisinerait la quarantaine. Que va-t-on faire du surplus ? Les résidents se posent la question. Mais là n’est pas le plus important. La vraie question que se posent certains, c’est comment l’on a bien pu se débrouiller pour qu’il y ait des personnes ayant souscrit et payé leur argent sans qu’on ne puisse leur trouver une parcelle ?

De gros sous amassés !

Au moment des souscriptions, se rappellent les témoins, les choses étaient pourtant assez bien ficelées. La Direction générale de l’Urbanisme qui a dirigé l’opération en son temps savait très bien le nombre de parcelles disponibles et c’est sur cette base qu’elle a enregistré les souscriptions. Comment a-t-elle pu enregistrer plus de personnes qu’il n’en fallait, au point que cela soit source de tension aujourd’hui ? Se demande-t-on.A noter que l’attribution des parcelles dans cette cité s’est faite par tirage au sort. Une souscription avait été ouverte en son temps et il fallait acheter un ticket à 5000 FCFA. Par la suite, le tirage au sort s’est fait de façon publique avec les numéros des différents tickets. 2000 parcelles étaient en jeu. Mais ils étaient des millions à avoir acheté les tickets. Donc de gros sous amassés grâce à cette opération. A l’issue du tirage, les 2000 attributaires retenus avaient un délai de trois mois pour s’acquitter des différents frais et taxes, faute de quoi, les attributaires défaillants perdaient leur parcelle et un autre tirage était organisé.  Selon les explications du DGUVT, certains souscripteurs ayant payé les fraisexigés ne se seraient pas présentés par la suite avec leurs justificatifs pour permettre le parachèvement du processus d’attribution. Si bien qu’à un moment donné, l’on a considéré qu’il y a toujours du disponible sur le terrain en termes de parcelles. Ce qui explique le dépassement constaté. Mais cette explication ne convainc pas grand monde. Ils sont très nombreux à être convaincus que cette situation est la résultante de certaines pratiques affairistes ayant émaillé l’opération depuis le début. Ce n’est pas la première fois que les résidents de cette cité ont maille à partir avec la DGUVT. En plus, certains observateurs émettent de sérieux doutes quant au chiffre de 2000 parcelles qui auraient été dégagées sur le site. Ce chiffre serait au rabais. Le nombre réel de parcelles dégagées serait nettement plus important. Qu’a-t-on fait de ce surplus de parcelles? Dans quelles conditions ont-elles été gérées ? Bien malin qui saura le deviner. Un souscripteur n’ayant toujours pas obtenu sa parcelle explique qu’après obtention de sa parcelle, il s’est présenté au guichet de la banque où il devait s’acquitter des frais exigés pour pouvoir rentrer en possession de sa parcelle. 1 003 000 FCFA, c’est la somme qu’il devait verser. Il s’est donc présenté au guichet avec cette somme. Lorsqu’il remettra l’argent à la guichetière, celle-ci lui fait savoir qu’il versait plus qu’il n’en fallait. Elle lui retourne 2500FCFA et lui explique que pour sa parcelle, selon les instructions que la Direction générale de l’Urbanisme aurait données à la banque, c’est plutôt 1 000 500 FCFA qu’il devait payer. C’est ainsi qu’il a repris les 2 500 FCFA et son reçu de versement et s’en est allé. Mais plus tard, lorsqu’il s’est présenté à la Direction générale de l’Urbanisme pour rentrer en possession de sa parcelle, on lui fera savoir qu’il n’aurait pas fini de payer ce qu’il doit et les délais pour s’acquitter seraient déjà largement dépassés. Si fait qu’on a déjà retiré la parcelle pour la réattribuer à un autresouscripteur. Il a beau expliquer que c’est la banque qui a refusé d’encaisser tout son argent, rien n’y fait. Jusqu’à ce jour, il traine toujours avec son problème.

Beaucoup de personnes

spoliées !

Il se dit que ce dernier n’est pas seul dans cette situation. Bien d’autres personnes auraient ainsi été spoliées de diverses manières au cours de cette opération. Un autre plaignant explique s’être acquitté de tous les frais exigés. On lui avait fait savoir que s’il finissait de s’acquitter de ces frais, c’était tout ; sa parcelle lui était acquise. C’est ainsi que lorsqu’il a fini de payer, il n’est pas allé immédiatement se faire indiquer sa parcelle. Lorsqu’au bout d’un certain temps, il s’est présenté sur sa parcelle, il a trouvé une maison déjà bien dressée dessus. Lorsqu’il a voulu comprendre, le propriétaire de la maison lui montre ses papiers attestant qu’il est aussi attributaire de la même parcelle. Ce cas aussi et bien d’autres restent pendants…  

Selon les résidents de la cité, ils manquent presque de tout. Contrairement aux promesses qui leur avaient été faites au départ, dès qu’ils ont intégré la cité, pratiquement rien n’a été réalisé en termes d’infrastructures socioéconomiques. Pour une si vaste cité, il n’y a pas de marché, ni d’école. Les espaces réservés pour ces infrastructures existent pourtant. Ceux-ci restent désespérément nus depuis plus d’une décennie que la cité existe. Les résidents ont beau interpeller l’autorité, rien. Ils sont obligés de transporter leurs enfants vers d’autres secteurs pour les scolariser. Les femmes sont obligées d’aller très loin pour s’approvisionner en vivres. La voirie et l’éclairage public restent tout aussi problématiques dans cette cité. Pourtant, au début de l’opération, promesse ferme aurait été faite que tout cela serait réalisé dans des délais assez brefs. Pire, les résidents constatent avec consternation des tentatives de détournement de certains espaces. C’est le cas d’un espace indiqué sur le plan de cité comme étant celui d’une école. Cet espace a été attribué à une personne qui était censée y construire une école.Mais à la surprise générale, c’est un garagepour gros engins que l’intéressé avait commencé à ériger sur l’espace en question. Suite à un mouvement de protestation des résidents, l’intéressé a dû abandonner le site et aller ouvrir son garage dans un autre espace hors de la cité. Depuis lors, l’espace est resté là, nu, sans l’école prévue. Mais, il n’y a pas que ça. La liste des pratiques sordides au sein de la cité est bien longue : en consultant le plan de la cité, on se rend compte que ce même espace sur lequel le monsieur avait tenté d’ériger son garage a été grignoté. Une partie de cet espace a été coupée et morcelée en parcelles attribuées à des personnes. Si fait que sur le terrain, la configuration de cette partie de la cité est différente de ce qui se trouve sur le plan. Les mêmes pratiques sont aussi remarquables au niveau du cimetière situé côté sud de la cité. En se référant au plan, on se rend compte que même une partie de ce cimetière a été grignotée et morcelée en parcelles sur lesquelles des maisons ont été construites. Lorsque nous avons évoqué tout cela devant le DGUVT, il a dit ne pas être au courant de ces situations qui auraient eu lieu bien avant son arrivée à la tête de la Direction. Il a toutefois promis de chercher à s’informer et de nous revenir. Nous y reviendrons donc.

Y. Ladji Bama

E-mail Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Votre commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Diagnostic

"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite