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EGLISE CATHOLIQUE Le fils du prêtre !

03 août 2017 Auteur :  

Si aujourd’hui, à l’âge de 40 ans, il sait qui est son père, il reste que ce dernier refuse d’entamer une procédure de reconnaissance à l’état civil. Pourquoi ? Il est prêtre de l’Eglise catholique. Quel nom peut-il porter ? Celui de sa mère ou celui de son père ? Le jeune R.B. vit avec ce fardeau qu’il peine à porter tout seul

Ce n’est point de la fiction, encore moins un roman. Les faits sont réels ; ils se sont déroulés entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. L’histoire a longtemps été tenue en secret mais son poids et son importance ont poussé la victime à se confier. « Je n’en peux plus », « souvent, je me demande comment je m’appelle », confesse-t-il ? Dans les années 70, une jeune dame tombe enceinte. C’est le fruit d’une relation entre un jeune séminariste, G.B., prêt pour embrasser la vie de célibat dans la prêtrise, et une demoiselle. La vocation sacerdotale du jeune abbé venait d’être mise à rude épreuve parce qu’il était déjà à la porte de l’ordination sacerdotale. Il faut trouver une solution. Laquelle ? La jeune dame migre à Bobo où le jeune abbé suivait sa formation. Elle y accouche d’un garçon. Tout est fini ! L’affaire est classée et G.B. peut à présent être ordonné prêtre de l’Eglise catholique. Mais bien entendu, son statut de père est inconnu de ses supérieurs. Une fois cette étape passée, l’enfant et sa mère rejoignent Ouagadougou d’où commencera leur chemin de croix. Ils seront abandonnés à leur sort jusqu’au 20e anniversaire du fils (R.B.)

« Tu ressembles vraiment à ton père… »

R.B. avait donc 20 ans mais ne savait toujours pas qui était son père. Dans son esprit, il serait un orphelin de père. Cette idée, il avait fini par vivre avec deux décennies durant. Et pourtant ! Non ! La vérité, R.B. l’apprendra à tout hasard. « Tu ressembles vraiment à ton père. Il réside en France. Il viendra au pays incessamment mais j’ignore dans quel mois ». R.B. venait ainsi d’avoir un bout de son histoire. Ces propos sont ceux d’un de ses camarades. C’est ainsi qu’il découvre qu’il n’est pas orphelin, qu’il a un père, que ce dernier est vivant. Tout le monde savait de qui il est le fils, sauf lui. Ainsi, « j’ai un père ! Où se trouve-t-il ? Pourquoi l’on ne me donne pas l’occasion de le voir, de le connaitre ? » Se demanda R.B. Il finit par poser la question à sa mère. Difficile pour cette dernière de répondre. Le secret est lourd. Elle doit alors faire face à la réalité longtemps repoussée. Son fils doit maintenant savoir la vérité. Ne pouvant pas donner elle-même la réponse à son fils, elle le conduit chez un homme. Cet homme, R.B. l’appelait  « oncle » sans savoir ce que cela renfermait. En plus, il se sentait proche de son « oncle » sans savoir également pourquoi. Son « oncle » prend sur lui la responsabilité de dire toute la vérité au jeune homme : « Tu es le propre et l’unique garçon de mon petit frère, G.B. Il réside en France et doit arriver. Tu vas le connaitre physiquement et officiellement. Mon frère est ton père ». Qui est-il ? Que fait-il ? Pourquoi je ne le vois pas ? » Autant de questions auxquelles il attend des réponses. C’est alors qu’il lui sera expliqué que son père est un prêtre, ayant migré en France depuis les années révolutionnaires ! Coup de tonnerre ! Il commence alors à s’expliquer les raisons du secret gardé pendant longtemps. L’oncle le rassure que son père entreprendra les formalités pour établir les actes administratifs affairant à la reconnaissance et à son intégration officielle dans la famille. Ces interrogations deviennent de moins en moins nombreuses. A l’issue de cette rencontre où tout lui a été révélé, le jeune R.B. se sentait soulagé et heureux de savoir la vérité. Reste maintenant pour lui d’avoir la chance de rencontrer son père. Ce dernier devait revenir dans quelques mois comme lui avait dit son camarade. Il faut rester aux aguets et ne pas rater la venue annoncée de papa au Burkina.

La rencontre du père !

Nous sommes en juin 1995, R.B. va rencontrer enfin son père. Rencontrer celui qui est à l’origine de sa venue parmi les hommes lui procurait une joie immense. Malheureusement, cette rencontre aura lieu dans une buvette. C’est là que son père lui a donné leur premier rendez-vous, dans un quartier à Ouagadougou, pas dans un cadre familial. En face de son père, les sentiments se disputaient en lui, confie-t-il. Amitié ? Filiation ? Le sentiment exact du fils n’était pas perceptible. «Mon cœur fut consolé par une réparation morale qui lui manquait depuis des années », ajoute R.B. Mais ce sentiment était-il réciproque ? Il voulait le savoir, mais difficile de le savoir. Le père demanda à son fils : « Quel projet as-tu présentement à cœur de réaliser ? » A cette question, R.B. n’avait qu’une seule réponse : « Mon unique projet est légitime ». Pourquoi ? Répliqua le père. « L’amour paternel me manque et m’a beaucoup manqué si longtemps, père», ajoute R.B. Tout ce qu’il voulait, c’est bénéficier de la reconnaissance et de l’affection de son père. Cette rencontre pleine d’intenses émotions fut malheureusement brève. Ils se séparèrent et lui repartit à la maison avec comme premier cadeau paternel, « un blouson». Il aura une seconde occasion de revoir son père. Un autre rendez-vous a alors été pris et cette fois-ci, dans un hôtel de la ville. « Ce jour-là, il m’a pris en photo et me donna un autre rendez-vous pour deux jours plus tard », affirme R.B. Malheureusement, ce rendez-vous « n’aura pas lieu ». Pourquoi ? Le père a posé un lapin au fils. Comment ? La rencontre devait avoir lieu dans un endroit populaire à Ouagadougou. R.B. s’y rend. Il attend ! Les minutes passent. Les heures passent. Point d’ombre du père. Il voit dans les airs de la capitale, un avion en train de pointer son nez dans le ciel. Il se dit que ce pourrait être le vol de son père. Il se rendit à l’hôtel où était son père. On lui donna l’heure du vol de son père. Il n’a pas eu tort, son père est parti. C’est la désolation !

Plus tard, en 1998, son père revint au Burkina. Ils se rencontrèrent à nouveau et R.B. insista sur la reconnaissance et l’établissement des actes de filiation. « Il jura sur l’Eglise d’entamer les procédures de reconnaissance » et « qu’il enverra avant Noël 1998, une importante somme d’argent». Une fois les promesses faites, plus rien. Le père venait une fois de plus de filer entre les doigts du fils et depuis lors, plus rien. Quand le père a donné un autre signe de vie, ce fut en 2004, à la naissance du premier fils de R.B. Ce dernier tenait à informer le désormais grand-père. Le grand-père remercia son fils. Par la suite, c’est le silence, aucun signe de vie ! R.B. prend la résolution de ne plus croiser les bras pour attendre !

L’Eglise fuit-elle R.B. ?

Le silence de son père l’inquiète malgré les engagements qu’il avait pris. Il décide d’entrer en contact avec les prélats et les autorités de l’Eglise pour l’aider à raisonner son père. Les plus hautes autorités ont été rencontrées. A Ouagadougou, il n’obtient pas gain de cause. Toutes ses requêtes sont restées vaines après moult promesses. Aucune oreille attentive ! Par moments, certaines autorités rencontrées lui remettent de petites sommes pour sa famille. Mais là n’est pas son véritable problème. Il veut une reconnaissance de son père et un soutien pour subvenir aux besoins de sa famille. Il décide de se rendre à Bobo, sur la terre qui l’a vu naître afin d’expliquer sa situation aux autorités religieuses de la localité. Mais sans argent, il vend sa moto à vil prix pour avoir le transport. Là, il sera à la limite renvoyé des locaux de l’église par le maitre des lieux sous prétexte qu’il n’a pas pris de rendez-vous ! Découragé, il revient à Ouagadougou. Il faut maintenant se battre pour gagner sa vie, sauver son honneur avec une petite famille dont il faut prendre soin. Ses enfants qui commencent à grandir lui poseront à leur tour, la question sur le grand-père, que dira-t-il ? En plus, il doit penser à sa mère qui ne bénéficie rien de son éphémère mari. N’ayant pas pu poursuivre des études, il se limite dans la capitale à signer de petits contrats avec des entreprises juste pour survivre ! Mais son cri du cœur à l’endroit de son père reste encore inaudible par ce dernier et aussi par les autorités de l’Eglise. A la dernière adresse de G.B. en notre disposition, nous avons tenté d’entrer en contact avec lui pour comprendre, mais nous n’avons toujours pas reçu de réponse !

AN

Aimé Nabaloum

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