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MALVERSATIONS DE 643 MILLIONS DE FRANCS CFA AU CSC: Nathalie Somé s’enfonce

03 août 2017 Auteur :   Nerwatta KAFANDO

Certains confrères, notamment L’Evènement, y ont déjà consacré plusieurs articles. Mais, il n’y avait pas que les médias qui s’étaient saisi de cette gestion scabreuse du CSC. Une dénonciation a été faite à l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE/LC) qui a décidé d’y mener des investigations. Le Rapport de l’ASCE est bouclé et les conclusions de ses fins limiers ne souffrent d’aucune ambigüité. Nathalie Somé et son équipe, notamment son Directeur de l’administration et des finances (DAF) doivent rembourser plus de 640 millions. Mais Nathalie Somé continue de s’enfoncer. Elle conteste le rapport de l’ASCE et demande au président du Faso, sur on ne sait quelle base légale, une contre-expertise. Au lieu d’une contre-expertise, c’est plutôt la Justice qui doit être saisie pour donner suite au rapport de l’ASCE/LC. Le dossier pourrait alors être confié à un juge d’instruction qui entreprendrait alors de nouvelles investigations pour confirmer ou infirmer le rapport de l’ASCE/LC.

Depuis de longs mois déjà, nous avons été saisis de pratiques peu orthodoxes de gestion au CSC. Entre autres éléments de reproches faits à la gestion financière de la présidente du CSC, de son DAF et de son directeur des marchés publics, des fractionnements de marchés, des détournements de fonds destinés à l’achat d’équipements au profit des délégations de l’Est (Fada) et de l’Ouest (Bobo-Dioulasso), des surfacturations, des pratiques de népotisme, etc. Ces pratiques concerneraient à la fois la gestion régulière de l’institution mais surtout des fonds destinés à l’organisation des élections présidentielle et législatives couplées de novembre 2015. Le rapport de contrôle de l’ASCE vient confirmer ces soupçons de malversations.

Toutefois, les investigations des contrôleurs de l’ASCE/LC n’ont pas concerné les fonds mis à la disposition du CSC pour la gestion de la couverture médiatique des élections de 2015. Le rapport de l’ASCE/LC dont notre confrère L’Evènement s’est fait l’écho dans sa parution N°349 du 10 mai 2017, est on ne peut plus clair. Sur le budget des élections de 2015, les malversations et autres pratiques illicites sont estimées à 643 943 630 francs CFA. C’est le montant que les contrôleurs de l’ASCE/LC demandent à Nathalie Somé, à son DAF Souleymane Séré et à son directeur des marchés publics Salifou Koula, de rembourser.

Mais Nathalie Somé refuse de reconnaître les faits et crie à un acharnement contre sa personne que d’autres, pour on ne sait quelles raisons, voudraient nuire. Elle manœuvrerait sur plusieurs fronts pour se tirer d’affaire. En effet, selon L’Observateur Paalga, dans sa livraison du vendredi 12 mai dernier, elle a écrit au président du Faso pour solliciter une contre-expertise parce que les contrôleurs de l’ASCE/LC n’auraient pas tenu compte de toutes les pièces justificatives qu’elle leur aurait fournies.

Par ailleurs, il nous revient également qu’en attendant cette contre-expertise, des initiatives seraient en cours, pour effacer les traces de certaines malversations. L’on relève, entre autres, une volonté de fermer la délégation de l’Est. Déjà, la déléguée régionale, que certains suspectent d’avoir aidé la présidente dans ses tentatives de boucher certains trous, a été nommée à Bobo-Dioulasso, en remplacement de Félix Kambiré qui, lui, soutient avoir refusé de tremper dans des pratiques répréhensibles.

Suspectant ces manœuvres visant à effacer des traces, la gendarmerie a demandé à l’ASCE/LC la prise de mesures conservatoires. De sources dignes de foi, le Contrôleur général d’Etat aurait fait parvenir un courrier à la présidente dans ce sens. Les mêmes sources font état de la colère de la présidente contre l’ASCE qu’elle accuse de partialité et d’acharnement.

Vivement une suite diligente, rigoureuse et impartiale !

Décidément, tout le monde lui en veut. En effet, suite aux premières révélations de la presse, un obscur « comité express de soutien » à Dame Nathalie Somé s’était fendu d’une longue lettre datée du 23 décembre 2016 pour flatter son égo. Nous avons obtenu copie de cette lettre dont les auteurs s’en sont pris aux médias et à certains conseillers qui en voudraient à la présidente du CSC. Déjà, à cette période (décembre 2016), il y avait comme une tentative de préparer les esprits à contester le rapport de l’ASCE/LC. En demandant aujourd’hui, une contre-expertise, Nathalie Somé semble dérouler une stratégie préparée à l’avance mais qui a très peu de chance de la tirer d’affaire.

Mais, il n’y a pas que sa gestion financière qui est décriée. A l’intérieur de la maison, des voix s’élèvent de plus en plus pour dénoncer sa gestion des hommes et des femmes. L’on fait cas d’affectations arbitraires ou sanctions, de népotisme et surtout une patrimonialisation de l’institution. Le personnel serait divisé entre, d’une part, les courtisans de la présidente et ses protégés, et d’autre part, ses détracteurs et ceux qui ne sont pas dans ses grâces. Même le collège des conseillers est divisé entre deux ou plusieurs camps.

Nathalie Somé a beau crier à l’acharnement, mais les faits semblent têtus et laids. Sa gestion de l’institution est loin des principes de bonne gouvernance qui devrait caractériser cette institution censée réguler les médias. L’affaire ne fait donc que commencer. Le rapport de l’ASCE/LC ne doit pas rester dans les tiroirs.

En tout état de cause, le président du Faso a encore de quoi être plus que choqué. Voici un autre rapport qui met à nu des pratiques de prédation des ressources publiques dans une institution de la République qui devrait pourtant être l’incarnation de la vertu et de la probité pour pouvoir réguler l’information. La meilleure façon de donner suite à la sollicitation de la présidente du CSC, c’est de prendre toutes les dispositions pour que cette affaire connaisse un traitement judiciaire diligent, impartial et rigoureux conformément aux textes et loi qui régissent la gouvernance des ressources publiques. Cette affaire doit être tirée  au clair pour que toutes les responsabilités soient situées. En attendant, toutes les mesures conservatoires doivent être prises pour éviter toute entrave à la manifestation de la vérité. Une fois de plus, la crédibilité et la légitimité de l’institution ont pris un coup.

Par Nerwatta KAFANDO

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