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ECOLE NATIONALE DE POLICE: Bras de fer entre le DG et les encadeurs

03 août 2017 Auteur :   Dasmané Niangané

La gestion de l’Ecole nationale de police (ENP) n’est pas du goût des encadreurs des élèves policiers. Depuis un certain temps, une grogne de ces encadreurs issus du personnel assistant de police, est de plus en plus perceptible. Des rencontres entre les plus hauts responsables de l’école n’ont pu rassurer les concernés. Un tête-à-tête entre le directeur de l’école et les encadreurs a eu lieu en avril 2017. Selon des témoignages, les échanges se sont déroulés dans une ambiance des plus houleuses. Le directeur ayant essuyé, à plusieurs reprises, des hués de l’assistance au cours des échanges. Le premier responsable de l’ENP n’aurait pas du tout été convaincant. C’est certainement pour cette raison d’ailleurs que le ministre de la Sécurité a reçu les représentants des encadreurs chez lui à domicile, le jour de la Pâques, le 16 avril 2017.

Que réclament lesdits encadreurs ?

Les encadreurs assistants de police qui disent être permanemment avec les élèves, entendent bénéficier d’une prise en charge alimentaire et sanitaire. Eux qui disent venir avant le premier élève et repartent après le dernier, ne comprennent pas pourquoi leurs responsables ne perçoivent pas la justesse de leur requête.

La gestion du carburant est également décriée. Les encadreurs trouvent que la répartition du carburant au personnel de l’école telle qu’elle est faite, leur est préjudiciable. Pour eux, le gros du travail revient au service de l’encadrement technique dont ils relèvent. C’est pourquoi, ils réclament une hausse de la dotation en carburant pour le personnel assistant de police de l’école.

A en croire les témoignages, l’année qui a suivi l’arrivée de l’actuel directeur, soit en 2016, les officiers percevraient par trimestre, des bons de carburant à hauteur de 40 000 francs et les commissaires 60 000 francs. Pendant ce temps, les encadreurs issus du personnel assistant de police, eux, ont vu leur dotation en carburant coupée, alors qu’elle était de 10 000 francs le trimestre. « Quand nous avons voulu comprendre, on nous a rétorqué que la dotation en carburant est prévue dans notre salaire. Alors que les officiers et les commissaires ont aussi un salaire, et pourtant ils sont dotés en carburant. On nous répondra à nouveau que les officiers et les commissaires ont des engins qui consomment ». Explique-t-on dans les rangs des protestataires. Si durant toute l’année 2016, ces encadreurs étaient exempts de bons de carburant, en 2017, une nouvelle donne se présente. Leur dotation en carburant est de retour. Ils reçoivent 7 500 f au premier trimestre. Mais face à la grogne en leur sein, une note de service en date du 05 mai 2017 est venue règlementer la répartition du carburant (Cf. document).

Cela va-t-il ramener le calme dans les rangs des encadreurs mécontents ? Rien n’est moins sûr. Le fait que les encadreurs assistants de police soient logés dans la même enseigne que les agents de la police municipale et les conducteurs civils, et également l’écart entre la dotation des assistants et celle des officiers et commissaires, alimentent toujours des débats chez les mécontents. Aux dernières nouvelles, de nombreux encadreurs refuseraient de prendre les bons de carburant du deuxième trimestre. Des bons disponibles depuis début mai 2017 et qui s’élèvent à 12 500 FCFA. « Nos responsables nous ont confié que la dotation en carburant n’est pas un droit, mais un don. Qu’ils gardent alors leur carburant. De toute façon, nous, ce qui nous manque même le plus, ce sont les encouragements et la considération véritable de la part de nos chefs », s’offusque un encadreur mécontent.

Avec une dotation en carburant qui est de 25 millions FCFA en 2017, certains se demandent comment est-elle réellement répartie ? « En se référant à la note de service, on estime à 15 millions, la consommation en carburant pour l’ensemble du personnel. Les 10 millions restants, on ne va quand même pas nous dire qu’ils sont réservés aux véhicules de l’école ? Ce n’est pas possible, c’est énorme ! » S’indigne un autre.

Les encadreurs attendent qu’il y ait une meilleure motivation du personnel Assistant de police à travers une indemnité d’encadrement. Ils s’estiment à ce niveau lésés en comparaison à d’autres écoles paramilitaires du pays qui tiendraient compte de ladite indemnité.

Ce n’est pas tout !

Mais les revendications du personnel assistant de police de l’ENP ne se limitent pas aux seules conditions de vie qui nécessitent une amélioration selon eux. Des points relatifs aux conditions et cadre de travail figurent dans leurs doléances. A commencer par les tenues et les rangers dont ils jugent la dotation « incomplète et irrégulière ». « Depuis 2012 que j’ai mis pied à l’école, on m’a doté une et une seule fois en rangers. La tenue aussi, sa dotation n’est pas régulière, elle se fait selon le  bon vouloir des chefs. Alors que, selon nos informations, une dotation annuelle est livrée chaque fois auprès des responsables de l’ENP. Ce qui veut dire que c’est un droit formel. Or, il faut se lamenter avant de l’acquérir», poursuit notre interlocuteur. Puis un autre de s’étonner : « C’est quand même curieux que les tenues ne soient pas données régulièrement aux encadreurs. Il n’y a pas longtemps, nous avons appris de nos chefs que les effectifs des trois dernières promotions des élèves policiers qui sont respectivement de 2500, 1160 et 1500 ont enregistré  le même budget alloué aux tenues, à savoir 850 millions par promotion».

L’autre inquiétude soulevée par les encadreurs, ce sont les eaux de pluie. Elles s’évacueraient difficilement de l’internat, par manque de canaux internes. La modification de la structure de la guérite, la réhabilitation de la porte sud, l’augmentation de la hauteur du mur de l’école et la dotation en véhicules et motos adaptés aux activités de marche  sont d’autres revendications portées à la connaissance des plus hauts responsables de l’ENP.

Des coupures irrégulières de pécules.

Depuis l’instauration de l’internat au sein de l’ENP en 2009, une retenue de 12 000 FCFA par mois était observée sur les pécules des élèves policiers, à raison de 400 FCFA par jour. Cette somme était perçue comme une contribution de l’élève à sa restauration. Mais, à partir de 2017, aucune retenue n’est plus observée. L’irrégularité de cette coupure serait pointée du doigt, d’où la fin de la pratique.  Le directeur de l’Ecole nationale de police, Théophane Séguéda, confirme ces informations. Il soutient qu’il a été alerté en juillet 2016 par un nouveau régisseur, sur l’irrégularité des retenues. Il ressort en fait que l’Etat prend en charge la totalité des dépenses liées à la restauration des élèves. Quid alors des retenues antérieures ? Ce sont des millions de francs qui ont ainsi été injustement retenus sur le dos des milliers d’élèves policiers depuis 2009.

Pour sa part, le directeur de l’Ecole nationale de police (DENP), Théophane Séguéda, estime que dans une certaine mesure, ceux qui revendiquent n’ont pas tort. Il se dit conscient de certaines difficultés rencontrées à l’école. A l’en croire, certaines des revendications étaient déjà prises en compte, il n’y a qu’à patienter, avance-t-il. Cependant, le DENP note que certaines préoccupations des encadreurs ne sont pas parfois clairement exprimées à son niveau ou ne sont ressorties qu’après leur rencontre avec le ministre en charge de la sécurité. Théophane Séguéda relativise aussi le bien-fondé de certaines préoccupations. D’abord, en ce qui concerne la dotation en tenue, il est formel, les encadreurs sont dotés d’une tenue annuellement depuis son arrivée en 2015 à la tête de l’école. Par contre, reconnaît-il, la dotation en rangers (chaussures) reste irrégulière. Pour ce qui concerne la dotation en carburant, le directeur dit être contre une harmonisation pour tous, chose que réclameraient les encadreurs. Il se dit cependant prêt pour son rehaussement à leur niveau. Qu’à cela ne tienne, Théophane Séguéda martèle que le carburant donné sert au fonctionnement de l’école et non à distribuer. Alors, il ne faut pas voir l’inégalité dans la répartition du carburant, mais voir le fait qu’on offre gracieusement du carburant pour accompagner les efforts des gens, argumente-t-il. Même s’il reconnait que la dotation en carburant des encadreurs est faible, il entend que cela soit pris sous forme de don et non comme un droit. Le DENP s’est dit contre l’égalitarisme. Pour lui, c’est sous le communisme qu’on peut parler d’égalitarisme, mais nous n’y sommes pas, soutient-il. Sur les préoccupations, Théophane Séguéda confie que des efforts sont faits et que son équipe s’active à apporter des réponses. Seulement, ajoute-t-il, le fait que tout soit prioritaire ne permet pas à tous de comprendre de la même manière. De toutes les façons, « je ne suis pas un ange », conclut-il.

Par Dasmane Niangané

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