-->

PROJET DE LOI SUR LE DROIT DE GREVE: «Une forme d’analphabétisme politique à combattre», dixit Basolma Bazié

03 août 2017 Auteur :  

Ils constatent un approfondissement de la crise sociopolitique du pays et l’explosion des grèves, preuve que l’insurrection et la résistance au putsch manqué n’ont pas produit les effets escomptés. La faute est aux « nouveaux anciens dirigeants » du MPP et leurs alliés. Le président du mois des centrales syndicales, Georges Koanda, a fustigé « l’irresponsabilité » du gouvernement. Et c’est dans ce contexte que, le 21 avril 2017, un projet de loi sur le droit de grève a été transmis au monde syndical. Son contenu ne présage pas des lendemains meilleurs en termes de collaboration entre gouvernement et travailleurs. Le ton commence à monter. A travers cet entretien accordé au journal Le Reporter en marge de cette célébration, le 1er mai 2017, Basolma Bazié, Secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Burkina, réagit à ce projet de loi.

Par Aimé NABALOUM

 

Le Reporter : A l’ occasion de ce 1er mai, des voix s’élèvent contre des lois liberticides. A propos, il y a ce projet de loi en gestation sur le droit de grève dont vous avez eu copie. Que renferme exactement ce projet ?

Basolma Bazié: Effectivement ! C’est une intention liberticide de la part de nos gouvernants, toute chose qui nous permet de dire que les gouvernants ont une mémoire assez courte. Il est très difficile de comprendre que des gens qui ont pu parvenir au pouvoir d’Etat parce que le mouvement syndical a contribué à faire échouer un coup d’Etat, que ces mêmes personnes viennent s’asseoir et voir le droit de grève d’un mauvais œil. Ils savent très bien ceux qui sont en mouvement pour des accords signés qui ne sont pas appliqués ; il y a la parole donnée qui n’est pas respectée, les engagements pris qui ne sont pas mis en œuvre. On ne peut pas, sur cette base, se limiter à ces paramètres et dire qu’il faut une loi pour saccager l’ensemble des éléments qui permettraient aux travailleurs d’aller en grève. Le préavis de grève tel que intitulé dans la loi 45-60 est correctement respecté par l’ensemble des syndicats. Qu’on vienne s’asseoir dans une Assemblée nationale ou sur un fauteuil ministériel et estimer qu’il y a beaucoup de mouvements et qu’il faille saccager la base essentielle de ces libertés qui sont du reste protégées par la convention 87 de l’OIT, convention que nous avons ratifiée, le droit de grève reconnu et contenu dans notre Constitution de 2 juin 1991, il nous appartient d’élever la voix, d’interpeller ces politiciens pour qu’ils aient de la mémoire vive. Les 30 et 31 octobre 2014, ce n’est pas encore loin, le putsch auquel le peuple a résisté victorieusement n’est pas encore loin. Ils croient que ça ne peut arriver qu’aux autres. Si on nous emmène dans une période où il faut dire au mouvement syndical que quelle que soit la situation, on ne doit lancer un mot d’ordre de grève que quand ce sont les conditions professionnelles seulement qui sont touchées, je pense que c’est une forme d’analphabétisme qui se développe dans le milieu politique et on doit combattre ça de façon ferme.

Vous allez donner votre position face à cette proposition de loi ou c’est déjà fait ?

Nous avons déjà commencé à prendre position de façon officielle. Demain matin (ndlr : 2 mai 2017), nous avons une réunion au niveau de l’UAS (Union d’action syndicale) pour nous pencher sur cette question et nous disons que, quel que soit le résultat auquel nous allons aboutir,  et même si de façon moutonne les représentants, entre griffes, du peuple s’adonnaient à voter une loi qui va empiéter sur les libertés, les libertés de toutes les façons ne se donnent pas. Ce n’est pas parce que c’est sur papier aussi forcément que ce sont des libertés. Les libertés s’arrachent. Je rappelle qu’il y a une loi qui a été votée sur la taxe de développement communal (TDC). Les autorités avaient dit que la majorité de la population adhérait. Si vous vous rappelez bien, cette loi a été abrogée. S’ils veulent, qu’ils votent les mois qu’ils veulent. Quand les conditions seront réunies qu’on aille en lutte, nous irons en lutte. Nous allons lancer un défi à qui que ce soit de se mettre en face et d’empêcher le mouvement syndical d’aller en lutte. Nous allons prendre nos responsabilités.

Cette loi peut-elle être considérée comme une monnaie de singe à l’endroit du monde syndical ?

Nous n’attendions pas grand-chose de ces politiciens, d’autant plus que quand on regarde les parcours des uns et des autres ; j’ai dit tantôt que les gens ont une mémoire courte, c’est d’un. De deux, toute personne qui est habituée toute sa vie à nager, patauger et à pêcher dans la boue,  dès lors qu’il y a une zone de lumière, ça l’inquiète. Il faut faire en sorte que cette zone de lumière-là s’éteigne. Mais ils oublient qu’ils sont passagers. Le mouvement syndical existe dans notre pays depuis les années 1946. Il a toujours pris position à des tournants politiques décisifs de notre pays. Donc que des gens viennent à une étape bien déterminée croire qu’ils ont des intérêts à défendre et qu’il faille poser des actes pour enfreindre aux libertés du mouvement syndical, c’est méconnaitre l’histoire de ce pays et c’est se tromper de façon grave.

Aimé Nabaloum

E-mail Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Votre commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Diagnostic

"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite