• 05
  • Nov

thomsankVoici 27 ans que le Président Thomas Sankara a été assassiné. Son ami et camarade, principal bénéficiaire de cet odieux crime, a dû enjamber son cadavre pour s’installer au palais présidentiel. Depuis, que de vaines tentatives, les unes plus cyniques que les autres, de ternir l’image d’un homme qui a tant aimer son pays au point de sacrifier sa vie pour lui. 27 ans après, le mythe continue et il continuera sans nul doute. Comme quoi, la valeur d’un homme d’Etat n’a rien à voir avec le temps qu’il a fait au pouvoir. Ça devrait inspirer ceux qui s’accrochent contre vents et marées à leur fauteuil au risque de plonger leur pays dans le chaos. Ironie du sort, son successeur qui n’a pas réussi à le faire oublier ni par son action, encore moins par les dénigrements et toutes les accusations, estime qu’après 28 ans de pouvoir, il a encore des rêves et des chantiers pour le Burkina Faso. Waouh ! Il avait pourtant déclaré qu’il était seulement mu par une volonté de rectifier la dérive droitière de Thomas Sankara. Sankara a donc payé de sa vie sa trahison de la Révolution. ! Que risque donc son successeur qui a totalement liquidé et enterré la même Révolution ? On ne sait même pas s’il est encore révolutionnaire ou s’il est passé dans le camp des réactionnaires.

Cela fait donc 27 ans que feu le Président Thomas Sankara a été sauvagement assassiné et accusé de tous les péchés d’Israël. Cela fait 27 ans aussi que certains se battent contre son ombre qui continue de hanter leur sommeil. Cela fait 27 ans que sa veuve et ses orphelins tentent d’obtenir de la Justice de leur pays la vérité, ne serait-ce que sur le lieu exact de sa sépulture, étant entendu que nul n’a la preuve que la tombe qui lui fait office de dernière demeure, abrite effectivement les restes du Président Sankara. Oui, 27 ans que des vivants se battent en vain pour avoir raison sur un mort. 27 ans de tentative de falsification de l’histoire, d’usurpation, de déni de justice, etc. Cela fait 27 ans que l’on a tué Sankara pour qu’il n’instaure pas un pouvoir personnel et pour permettre à Blaise Compaoré d’instaurer un pouvoir absolu et de transformer le Burkina Faso en un patrimoine familial.

Bref, en ce 15 octobre 2014, les orphelins et la veuve de Thomas Sankara, tout en saluant l’engagement de tous ceux qui se réclament vouloir perpétuer la mémoire et l’œuvre du Président Sankara, renouvellent leur engagement à poursuivre le combat pour la justice et la vérité. Les sankaristes se retrouveront également au cimetière de Daghnoën pour rendre hommage au Président Sankara et ses compagnons tombés il y a 27 ans. Des déclarations inonderont les médias. Mais à la différence des années antérieures, cet anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara intervient dans un contexte de grands défis pour les Burkinabè. Le pays est à la croisée des chemins. Confronté par la ferme volonté des rectificateurs de la Révolution de rectifier, cette fois, la Constitution pour se maintenir au pouvoir et le refus d’une partie du peuple de cautionner cette forfaiture, le pays retient son souffle.

Le plus grand défi qui se pose actuellement au Burkina Faso, c’est surtout de retrouver le sens de la patrie, du patriotisme, du sacrifice collectif et individuel au service de la nation. Il s’agit de délier le destin personnel des dignitaires de celui de la nation. Il faut restaurer l’Etat burkinabè en le mettant au-dessus de tous les citoyens, y compris le président du Faso. En cela, tous les patriotes, tous les démocrates sincères, les amis et partenaires du Burkina ont le devoir historique de barrer la route à la marche à reculons et à pas forcé vers la « monarchisation » et la patrimonialisation de l’Etat. Le Burkina Faso ne saurait être la propriété de quelque groupuscule familial ou réseau de coterie que ce soit. Le Burkina Faso doit rester le bien commun de tous ses filles et fils.

A tous ceux qui s’estiment dignes de l’héritage politique, économique et culturel de Thomas Sankara, ce combat contre l’instauration d’un pouvoir à vie est le vôtre. Il ne s’agit pas d’aimer Sankara ou de détester ses tombeurs, il s’agit de s’engager dans un combat qui, d’une manière ou d’une autre, est celui de la liberté, de la justice et du progrès, de la démocratie. Il s’agit de rejoindre les rangs des forces du progrès contre ceux de l’immobilisme, de l’impunité, de la corruption, de la gabegie et du culte de l’indispensabilité. Il s’agit surtout de créer les conditions pour une paix durable fondée sur les valeurs de la république et la volonté commune de tous les fils de ce pays de vivre ensemble en paix, dans l’égalité et la fraternité. C’était cela la révolution sankariste. Elle est toujours d’actualité.

Ces derniers mois ont donné à voir une jeunesse burkinabè qui reprend de l’initiative et qui en impose aux politiques. Cet avènement progressif d’une jeunesse consciente des défis qui se posent à leur pays est un signe manifeste qu’une nouvelle Révolution est possible. Cette Révolution ne se réalisera pas par les canons mais par le génie et la détermination de cette jeunesse mobilisée aux côtés de certains aînés et qui entend peser désormais dans la gouvernance quotidienne de leur société. En ce 27e anniversaire de la mort de Thomas Sankara, l’on peut au moins dire que son œuvre commence à porter ses fruits. Peut-être aussi que cette jeunesse réussira à lui rendre justice ! Hommage au héro national, hommage au Camarade Président !

  • 16
  • Oct

Pistolet« Depuis quelques années, la montée, pour ne pas dire le déchaînement du grand banditisme avec les braquages et autres exécutions sommaires ont transformé nos grands axes routiers, nos centres urbains et même nos domiciles en des lieux très peu sûrs. » Ainsi écrivions-nous dans Le Reporter N°147 du 1er au 15 août dernier. C’était au lendemain des braquages de l’agence d’une banque à Ouagadougou, de l’explosion de Larlé et des cambriolages dans les locaux de certains confrères. Un peu plus d’un mois après, nos craintes deviennent malheureusement une triste et hideuse réalité : Ouagadougou est en passe de rejoindre les capitales africaines où les bandits de grands chemins règnent en maîtres absolus. En l’espace d’une semaine et en pleine journée, deux braquages ont été opérés dans la capitale avec à la clef deux morts et des blessés graves dont un policier. Deux autres braquages ont été signalés à la même période sur les axes routiers  Koudougou - Dédougou et Ouagadougou – Ouahigouya. Là encore, l’on a enregistré un mort. Chaque fois, dit-on, ce sont des millions et des millions qui ont été emportés, sauf sur l’axe Koudougou-Dédougou où les malfrats n’ont pas eu le temps de dépouiller leurs victimes.

Cette situation a provoqué une psychose presque généralisée. On n’est plus en sécurité nulle part. Les forces de sécurité semblent débordées par la recrudescence de l’insécurité au Burkina Faso. En effet, celles-ci, il faut en convenir, déploient d’énormes efforts, certes, mais ont du mal à contenir le phénomène. En effet, il ne se passe pratiquement pas une semaine sans qu’un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie ne convoque la presse pour présenter des délinquants présumés. Malgré tout, la situation ne s’améliore guère.

Faut-il croire que la population de délinquants est dans une dynamique de croissance vertigineuse ? Sont-ce certains de ces délinquants présentés à la presse qui sont parfois relâchés comme le susurrent certaines mauvaises langues à Ouagadougou ? Ou alors les deux à la fois ?

En tous les cas, le phénomène a atteint un seuil inquiétant. Quand les bandits frappent en plein jour et à visages découverts, c’est un défi qui est lancé aux forces de sécurité, mais au-delà, à l’Etat burkinabè. Les forces de sécurité, comme toutes les composantes sociopolitiques, ne sont que des produits de la société burkinabè actuelle. Et dans un Etat en faillite et une société en perte de repères éthiques et moraux, l’on ne peut avoir des forces de sécurité à la hauteur des défis. D’autant plus que dans le contexte actuel, tous les efforts du gouvernement en termes de renforcement des moyens logistiques et techniques au profit des forces de l’ordre semblent plus orientés vers la sécurité des gouvernants que dans le sens de la protection des citoyens. Toute chose qui a tendance à créer des déséquilibres en termes d’équipements et de moyens logistiques entre les forces en charge de la sécurité publique selon leurs affectations.

Plus grave, au niveau de l’administration et de la gestion des ressources affectées à l’équipement des forces de l’ordre, certains responsables dépensent leurs énergies dans les surfacturations et les pratiques frauduleuses sur les marchés publics. En clair, des individus tapis dans l’ombre, bénéficiant apparemment de bonnes protections des plus hautes autorités du ministère en charge de la sécurité, consacrent leur génie et leur temps à la recherche de voies et moyens pour s’enrichir au détriment de la qualité des équipements des agents des forces de l’ordre (Cf. Le Reporter N°96 du 15 au 30 juin 2012, N°97 du 1er au 15 juillet 2012 et N°102 du 15 au 30 septembre 2012). L’on a même poussé le cynisme jusqu’à commander des gilets pare-balles de qualité douteuse pour les hommes et les femmes qui risquent leur vie pour protéger celle des autres. Mieux, lorsque ces pratiques sont dénoncées, il n’y a aucune sanction. Parfois, l’on change de Directeur de l’administration et des finances (DAF), mais les pratiques demeurent les mêmes.

En tout état de cause, la montée de l’insécurité puise surtout sa source dans le délitement des valeurs et principes de bonne gouvernance, la faillite des institutions mises au service de l’homme fort et de ses ouailles, l’abandon de la population, particulièrement de la jeunesse dans la précarité et la déchéance morale. Non seulement la société burkinabè actuelle réunit tous les ingrédients pour fabriquer des délinquants trop violents, mais en même temps, elle n’a pas su créer les conditions matérielles pour protéger la grande majorité d’honnêtes et paisibles citoyens. Elle produit trop de déviants et leur offre les conditions pour s’exprimer dans toutes les formes de leur choix. La responsabilité de cette situation n’incombe pas seulement aux autorités, mais à l’ensemble de la société, à commencer par les cellules familiales.

Par ces temps qui courent, il faut à tout prix éviter que l’insécurité se développe davantage au risque de précipiter notre pays dans les abîmes de la violence. Certains délinquants politiques pourraient en profiter pour lâcher « leurs chiens » dans les rues. L’heure est grave. En attendant des solutions plus structurelles et durables, il faut prendre des mesures fortes, ici et maintenant.

  • 03
  • Oct

CDPA quoi joue le CDP ? Y a-t-il encore un leader et une ligne de conduite dans ce parti. Tout semble aller dans tous les sens dans ce parti en particulier, et en général, dans la majorité présidentielle. Les positions du parti pour la mise en place du Sénat et la révision de l’article 37 de la Constitution sont connues de tous depuis belle lurette. Mais depuis que leur géniteur du parti, le Président Blaise Compaoré, s’est heurté à une résistance farouche sur la mise en place du Sénat en 2013, ses ouailles sont perdues et louvoient. L’échec de la mise en place du Sénat a du même coup compromis la relecture de l’article 37 de la Constitution, remettant ainsi en cause tout le projet du Président Compaoré. Visiblement, il n’avait pas prévu de partir à la fin de son mandat actuel en 2015, bien que ce soit le dernier autorisé au terme de la Constitution. Il se voyait Président à vie. Malheureusement, même dans son propre camp, ce projet ne faisait pas l’unanimité. La saignée en janvier 2014 au sein du CDP qui a donné naissance au MPP et surtout le ralliement de ce dernier à l’opposition radicale illustre éloquemment que le pouvoir à vie a du mal à être accepté, même par ceux qui pendant des décennies ont joué les gardiens du temps et parfois des serviteurs zélés.

Cette saignée de janvier 2014 a encore semé le trouble, voire le désarroi dans le parti. Pris entre le rêve presqu’impossible du Président Compaoré et sa famille de se maintenir, l’exigence de plus en plus forte de changement, le CDP manque de lisibilité, de cohérence et surtout de stratégie dans ses initiatives et démarches. Entre le discours constant sur la nécessité de mettre en place le Sénat et de réviser la Constitution, le CDP se montre de plus en plus incapable d’honorer ses engagements. Il a essayé de combler ce déficit de moyens humains à la hauteur des ambitions par la création du Front républicain. Malheureusement, ce Front ne peut rien lui apporter qu’il ne peut faire tout seul. Au contraire, ce Front a permis à certains fossiles politiques de se remettre en scelle.

Pendant ce temps, l’opposition, renforcée par les démissionnaires, a pris du poil de la bête, drainant des foules immenses dans les rues et dans les stades. Le CDP tente une riposte mais à la fin, il s’est fait humilier au stade du 4-Août à Ouagadougou, le 21 août. Il abandonne donc le match des stades et de la rue. Il appelle au dialogue depuis après une caravane organisée par le Front républicain dans la région du Sud-Ouest. Depuis, le parti, son secrétaire exécutif Assimi Kouanda et tout son staff tournent en rond. Ils rendent une visite de courtoisie au chef de file de l’opposition et réaffirme leur disponibilité au dialogue. Pendant ce temps, certaines officines de manipulations politiques entrent en scène à travers l’organisation des vraies fausses démissions au MPP et les ralliements au CDP. Là encore échec et mat.

Les députés du groupe parlementaire du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et leurs collègues de la mouvance présidentielle annoncent vouloir donner un coup d’accélérateur au processus d’organisation du référendum sur la relecture de l’article 37 de la Constitution. Ces députés ont initié une proposition de loi visant à sauter la clause limitative des mandats présidentiels. A ce que l’on dit, ils sont au total 81 sur 127 députés à avoir signé cette initiative de proposition de loi, soit au moins les 2/3 de l’Assemblée nationale. Mais à peine cette initiative lancée, que les parlementaires font un revirement spectaculaire. Au cours d’une conférence de presse animée le samedi 13 septembre 2014 à Ouagadougou, Achille Tapsoba, 1er vice-président du groupe parlementaire CDP, a affirmé : « Il n’a jamais été question pour nous de faire une proposition de loi visant à modifier l’article 37 ». Le document attribué au groupe parlementaire n’est donc pas authentique. Les députés du groupe parlementaire CDP et alliés ont simplement signé un appel adressé au président du Faso pour qu’il convoque le référendum. Visiblement, les rangs du CDP semblent se fissurer. De deux choses, l’une : soit quelqu’un semble avoir voulu utiliser les signatures des parlementaires sur l’appel à des fins inavouées, soit le groupe parlementaire s’est rendu compte des dangers de son initiative et a fait volte-face. L’on a vu que leurs médias de services sont empressés de faire toute une publicité autour de cette proposition de loi. L’un dans l’autre, il y a un devoir de vérité sur cette initiative. La république ne saurait accepter la production du faux à l’Assemblée nationale. Ce sera le comble de l’immoralité, même si certains députés ont dû faire du faux pour être candidats. C’est donc trop facile de faire un point de presse pour rétablir les choses. Mais, il faut situer les responsabilités. Qui est à l’origine de la fausse proposition de loi ? Les Burkinabè doivent le savoir.

Cet énième revirement depuis la mise en place du Sénat montre que le pouvoir en place et ses animateurs ont du mal à tenir encore le gouvernail, mettent dangereusement la cohésion nationale en péril. Plus préoccupés des intérêts politiciens et personnels, ils sont en train de plonger davantage le pays dans la crise de la gouvernance.

Blaise Compaoré et ses courtisans doivent se ressaisir. A force de s’entêter et de tourner en rond, ils vont finir par tout rater, y compris l’occasion de négocier une sortie honorable. Ce sera bien dommage !

  • 16
  • Sep

afrique france432Blaise Compaoré a-t-il lu le livre de Mongo Beti, "La France contre l’Afrique" (1993, éd. La Découverte) ? Avouons que nous non plus. Mais en découvrant l’extrait dans un article intitulé « L’arrière-garde de la démocratie en Afrique » qu’un citoyen nommé Debrsèoyir Kwesi Christophe Dabiré, a publié dans Lefaso.net du 30 août dernier, nous pensons que si le président du Faso avait lu ce livre, il aurait sans doute hésité avant de se proclamer homme fort. Voici cet extrait : « Il y avait l’homme fort du Zaïre, que tout le monde connaissait en France et en Europe où il avait été longtemps admiré comme le tombeur, pour ne pas dire l’exécuteur de Patrice Lumumba, jusqu’à ce que l’on découvre que ses biens placés à l’extérieur du Zaïre équivalaient, en argent, à toute la dette de son pays. Il y avait l’homme fort du Togo, le Général Eyadema, qui n’avait encore défrayé la chronique en France que pour ses parties de chasse en compagnie de Jean-Christophe Mitterrand. Il y avait eu, jusqu’en 1982, l’homme fort du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, oublié aujourd’hui, et d’ailleurs disparu. Il est établi aujourd’hui que c’était un horrible petit Néron, qui gouverna le pays pendant vingt-cinq longues années d’une main de fer et sans partage. Il y avait l’homme fort du Gabon, Omar Bongo ; il y avait l’homme fort de Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, sorte de bouffon qui se prenait pour un marxiste, comme son homologue l’homme fort du Bénin, Matthieu Kérékou ; il y avait l’homme fort de Côte-d’Ivoire, Houphouët-Boigny, qui s’était fait construire dans son village une cathédrale plus vaste que Saint-Pierre de Rome, tandis que des enfants mouraient dans l’hôpital voisin faute de médicaments. Hommes forts, certes, mais gestionnaires débiles, dont les Etats étaient en pleine déroute économique et financière " (pages 183-184).

Cette image que l’auteur dépeint des hommes forts est bien loin d’inciter à l’enthousiasme de se prétendre homme fort. Sans savoir exactement la définition que peut bien Blaise Compaoré de cette notion, ni ses références dans l’histoire des Etats, les exemples d’hommes forts connus en Afrique illustrent le plus souvent les dérives de quelques petits dictateurs dans la gestion de leurs pays respectifs. Mobutu, Houphouët, Bongo, Eyadema étaient de leur vivant presque des dieux vivants. Ils étaient des guides éclairés, des timoniers, des pères de la Nation et que savons-nous encore. Ils avaient réussi à maintenir leur pays dans la paix et la stabilité, parfois dans l’abondance. Mais ils étaient aussi l’incarnation de la mal gouvernance et du pillage des ressources de leur pays par l’Occident. Ils sont morts laissant leur pays en proie à toutes les turpitudes.

Alors quel haut fait d’armes Mongo Beti aurait-il attribué à l’homme fort du Faso ? Certainement ceux qu’il a en commun avec les autres, à savoir : le pouvoir personnel, son long règne et cette tendance à prendre l’Etat pour son patrimoine personnel. Il y a aussi ce sentiment d’indispensabilité qui lui fait croire que sans lui le pays s’écroulera alors qu’il a travaillé à ce que le pays s’écroule effectivement après lui, comme tous les autres hommes forts.

Mais plus sérieusement, cet extrait du livre de Mongo Beti montre clairement que ce dont les pays africains ont besoin, ce sont d’abord des hommes et des femmes de parole, engagés et déterminés à servir leur pays partout où le devoir les appelle. Il ne s’agit pas de ces hommes de pouvoir ou d’appareils, qui se sont crus indispensables, des hommes forts sans lesquels les pays n’existeraient pas. Ce dont l’Afrique a besoin, et l’opposition politique burkinabè l’a si bien relevé, ce sont de grands hommes comme Nelson Mandela en Afrique du Sud, Alpha Oumar Konaré du Mali, John Jerry Rawlings du Ghana, etc. bref, des hommes qui ont compris que l’Etat et les institutions ne doivent pas être façonnés à l’image et à la taille d’un individu, d’un homme fort, qui ont su léguer à des successeurs des pays stables et démocratiques ,même si le cas malien peut inciter à la prudence. Justement, le Mali a périclité dans l’instabilité, entre autres, lorsque les institutions ont été soumises à la volonté d’un individu, le Président Amadou Toumani Touré, débarqué à 3 mois de la fin de son mandat.

En tout état de cause, le Burkina Faso, n’en déplaise aux partisans de l’indispensabilité et de l’immobilisme, n’a pas besoin d’hommes forts pour construire dans la durée des institutions fortes. La preuve est qu’après 28 ans de pouvoir, l’homme fort n’a pas encore réussi à asseoir ces institutions fortes. Même si on lui donnait encore autant d’années à la tête de l’Etat, il est fort à parier qu’il n’y arrivera pas. Car, les hommes forts ne peuvent pas construire des institutions fortes. S’il ya des institutions fortes, il ne peut y avoir d’hommes forts et vis-versa. Les institutions fortes imposent la démocratie et garantissent à tous les citoyens l’égalité en droit et en devoir. Les hommes forts mettent les institutions au service exclusif de leurs intérêts personnels, de leurs familles et réseaux clientélistes, allant parfois même dans la démesure. C’est sans doute ce qui fait dire à Mongo Beti que ce sont certes des hommes forts mais des « gestionnaires débiles ». Et il n’a pas tort. En tout cas pour les exemples qu’il a cités. Homme fort ne rime pas forcément avec un bon exemple d’homme d’Etat. Bien au contraire !

  • 01
  • Sep

LibertePresseDepuis quelques temps, certains animateurs des médias vivent une situation des plus inquiétantes. Notre confrère Newtown Ahmed Barry, Rédacteur en chef du bimensuel « L’Evènement », vient de tirer la sonnette d’alarme en faisant parvenir aux organisations professionnelles des médias, une alerte sur les menaces qui pèsent sur sa sécurité. Cette alerte de Newtown Ahmed intervient dans un contexte sociopolitique des plus précaires où certains deviennent de plus en plus fous à l’idée que la fin des haricots pourrait intervenir dans quelques mois. Ce contexte est également marqué par des évènements dramatiques que l’on tente de faire passer pour de banals accidents. Ce sont entre la mort suspecte du Juge Salifou Nébié le 24 mai dernier et l’explosion de Larlé le 15 juillet dernier. Dans ces deux cas, notre confrère L’Evènement s’est assez investi dans l’investigation et a livré une production qui est loin d’épouser les thèses officielles d’accidents. Bien au contraire, cette production contredit fortement ces thèses et laisse penser que le Journal, notamment certains de ses journalistes, en savent plus qu’il n’en faut. Ceci explique-t-il le cambriolage dont le Journal a été l’objet, le 31 juillet dernier ? Possible parce que, selon les premiers responsables du Journal, précisément le Rédacteur en chef Newtown, ce cambriolage est loin d’être un acte crapuleux mais bien plus un crime contre le Journal. Il pointe même un doit accusateur sur les services de l’Etat qui, malgré les multiples interpellations, n’ont rien fait jusqu’à ce que ce crime soit commis.

Mais au-delà de la personne de Newtown Ahmed Barry, son alerte a surtout l’avantage d’interpeller la communauté nationale et internationale sur les menaces sur la liberté d’expression et surtout de la presse. Les menaces ne concernent certainement pas Newtown Ahmed mais bien tous les journalistes qui se battent pour que le citoyen ait accès à l’information débarrassée de la manipulation politicienne. Par ces temps qui courent où les partisans du pouvoir s’attaquent ouvertement aux médias, il y a lieu effectivement de tirer la sonnette d’alarme.

Déjà, c’est le Premier ministre Luc Adolphe Tiao qui avait donné le ton, lors de la commémoration des 30 ans de Sidwaya en proclamant : « Il n’y a pas véritablement de pluralisme d’opinions dans la plupart de nos médias. Ainsi, dans sa grande majorité, notre presse n’excelle pas dans le pluralisme et l’équilibre de l’information. Les contenus qui nous sont servis relativement à la vie politique nationale le démontrent amplement; les analyses ayant pour la plupart tendance à privilégier les thèses de tel ou tel groupe politique ou d’organisation de la société civile».

Lors de la dernière session de son Bureau politique national le 2 août dernier, le Secrétaire exécutif national du CDP, Assimi Kouanda, a déclaré que certains médias avaient développé des « hypothèses invraisemblables en vue de ternir l’image du Burkina Faso » dans leur traitement des sujets relativement aux drames ci-dessus évoqués. C’est une accusation très grave. Des journaux burkinabè développent des hypothèses invraisemblables pour ternir l’image du pays. A d’autres époques, une telle accusation du CDP pourrait valoir aux journaux visés, de gros ennuis judiciaires, voire sécuritaires. Ironie du sort, Assimi Kouanda affirme que « sur d’autres sujets également, quelques-uns ont répandu des invectives contre le pouvoir et contre le CDP, au mépris du principe de l’équilibre de l’information ». C’est l’arroseur arrosé. Le Giga-parti qui, pendant des décennies, avait pratiquement monopolisé les médias d’Etat au service exclusif de sa propagande politico-médiatique, se plaint d’un déséquilibre de l’information en sa défaveur. Décidément, le changement est dans l’air et le CDP, inconsciemment, semble s’essayer à une opposition pleurnicharde.

Mais le plus incompréhensible, c’est quand le Secrétaire exécutif du CDP affirme que : « Même si nous ne sommes pas d’accord avec leurs écrits, leurs commentaires et leurs affirmations, nous nous battrons toujours pour qu’ils aient le droit d’exister, car c’est cela notre conception de la démocratie et de la liberté d’expression ». Jusque-là, personne n’a tenté une remise en cause du droit de tous les journaux à exister. Pourquoi le CDP aura-t-il besoin de se battre pour que des journaux aient le droit d’exister ? Contre qui veulent-ils se battre ? Des forces ou groupes internes ou externes au CDP ? C’est à ne rien comprendre en ce sens que si des menaces existent contre le droit des journaux à exister, surtout ceux qui font « des invectives au pouvoir et au CDP », il ne faut pas chercher plus loin dans les cercles du pouvoir. À moins qu’Assimi Kouanda, dans ses envolées lyriques, ne soit une fois de plus allé vite en besogne en trahissant des combats internes pour protéger le droit de certains journaux à exister.

Mais au fond, ces sorties des responsables du CDP sur les médias, sans vouloir rejeter les critiques, ne sont pas bons signes dans le contexte sociopolitique actuel où certains courtisans zélés sont devenus des véritables dangers publics, prêts à tout pour défendre leurs mentors. Dans tous les cas, le pouvoir a le devoir de protéger tous les citoyens et d’assurer leur sécurité. Il sera donc tenu pour responsable de tout ce qui adviendrait à un journaliste burkinabè ou exerçant sur le territoire burkinabè. Car, comme le disait feu Norbert Zongo, certains sinistres individus sont prêts à faire taire des journalistes pour « protéger leur festin macabre ». Il faut que ça cesse !

  • 24
  • Aoû

larleDepuis quelques années, la montée, pour ne pas dire le déchainement du grand banditisme avec les braquages et autres exécutions sommaires ont transformé nos grands axes routiers, nos centres urbains et mêmes nos domiciles en des lieux très peu sûrs. L’insécurité est partout au Burkina Faso, même dans les foyers. Mais l’on était loin de s’imaginer qu’elle pouvait atteindre un tel seuil de menace. L’explosion violente survenue le 15 juillet dernier à Larlé dans la capitale burkinabè a fini de convaincre même les plus optimistes que le Burkina Faso était en train de toucher le fond en matière d’insécurité. Dans ce quartier populeux, et pire dans une cour abondamment peuplée, un individu, un orpailleur (ce qui reste jusque-là à prouver) aurait pu stocker en seulement 11 jours des explosifs d’une quantité capable de pulvériser tout un quartier à l’insu des forces de défense et de sécurité. Autant dire que notre capitale pourrait bien être un terrain de jeux pour les groupes terroristes et autres narcotrafiquants. Puisque les explosifs ce sont les jouets des terroristes. Oui, bonnes gens, il ne vous reste plu qu'à prier pour ne pas avoir dans votre entourage des individus amateurs d'explosifs et travaillant sur des sites d'or. Sinon bonjour les dégâts ! Comme quoi, dans ce pays, l'on peut tout se permettre y compris stoker frauduleusement des explosifs dans une maison d’habitation. La sécurité publique ne tient plus à rien du tout!

  • 07
  • Aoû

blaiseL’information a été donnée par notre confrère Jeune Afrique sur son site web. Un des proches de Blaise Compaoré aurait confié à nos confrères que celui-ci voudrait clouer le bec à ses anciens lieutenants (Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo et Simon Compaoré) devenus ses plus farouches opposants depuis bientôt 7 mois, c’est-à-dire depuis leur défection du parti présidentiel et la création du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès). Mais ce n’est pas ça l’information, puisque tous les Burkinabè savent bien que s’il le pouvait, ce sera la première des choses que Blaise Compaoré aurait faite depuis que ses « seconds couteaux » sont devenus très tranchants et pire, très menaçant pour ses ambitions de pouvoir personnel et à vie. L’information, nous apprend Jeune Afrique, c’est que ce sont ces anciens seconds couteaux qui vont pousser Blaise au référendum « quitte à obtenir la révision de l’article 37 avant de s’en aller. Il en est capable ». C’est à perdre tout son latin et sa lucidité. Soit celui qui a mis nos confrères dans la confidence prend les autres pour des ignares, soit il sait Blaise Compaoré suffisamment perturbé par la défection de ses anciens lieutenants au point de le pousser à l’abomination. Ou encore, il a un agenda caché visant à sonder et piéger l’opinion nationale et internationale. Quelle idée de prendre le risque de convoquer un référendum inutile tant pour lui-même que pour la postérité, juste pour clouer le bec à ses anciens compagnons qui veulent désormais sa place ? Qu’est-ce que ça change dans les plans de Roch et ses compagnons ?

Cette nouvelle a tout pour être la plus farfelue que les Burkinabè aient jamais entendue. Car, autant la grande majorité d’entre eux savent leur Président très attaché au pouvoir qu’il ne quittera que sous astreinte, autant ils ne l’imaginent totalement perdu au point d’être prêt à embarquer le pays tout entier dans le chaos, juste pour assouvir une vengeance personnelle.

Le proche qui a donné cette information ne devrait pas être un ami ou quelqu’un qui veut du bien à Blaise Compaoré. A moins que ce ne soient encore ces parvenus et courtisans du palais qui cherchent à se donner de l’importance en distillant des informations mal ficelées dans leurs esprits tordus. Quelle image Blaise Compaoré veut-il donner de lui-même à la postérité en prenant une initiative aussi onéreuse et très risquée pour un pays pauvre très endetté, juste pour clouer le bec à trois individus et leurs supporters ? Ce n’est certainement pas ainsi qu’il va éviter que son image ne soit écornée. Bien au contraire, il ne peut mieux faire pour détruire cette image qu’en organisant ce référendum complètement insensé et inutile.

La meilleure façon pour Blaise Compaoré de rendre le pouvoir directement au MPP, c’est justement d’organiser ce fameux référendum et de s’en aller. En effet, avec tout ce qui précédera le référendum, en termes de luttes et autres campagnes politiques, il va réussir à enterrer définitivement son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Toute chose qui ouvrira un grand boulevard pour l’opposition politique, particulièrement au MPP et à l’UPC, les principaux challengers du pouvoir.

Pire, il compliquera la tache à ses soutiens, car tous ceux qui s’excitent aujourd’hui pour revendiquer la modification de l’article 37 espèrent protéger leurs avantages et rentes politiques en espèces sonnantes et trébuchantes. Un départ de Blaise Compaoré ne les arrangerait donc pas. Sans doute qu’ils ne seront pas prêts à s’engager dans un combat dont la finalité est de les jeter en pâture. Et Blaise Compaoré pourrait enregistrer de nouvelles défections dans ses rangs avant même le référendum. Au lieu de se battre pour une vengeance personnelle, ils iront monnayer soumissions à ceux qui sont en lice pour conquérir le fauteuil présidentiel.

En tous les cas, le combat de l’opposition c’est contre l’instauration d’un pouvoir personnel et à vie. C’est surtout pour créer les conditions d’une alternance politique et offrir l’opportunité au pays de vivre une transition démocratique et apaisée avec une passation des charges entre un Président sortant et un Président entrant en 2015. Si Blaise Compaoré peut réviser l’article 37 et partir, ça revient à la même chose que de respecter la Constitution, avec l’élégance démocratique en moins. Le Président entrant pourrait alors entreprendre une nouvelle relecture du même article 37 dans le sens de le verrouiller définitivement. Mais comme relever plus haut, cette bien curieuse confidence présidentielle ressemble plus à une plaisanterie qu’à un agenda politique sérieux. Même en panne d’intelligences politiques à ses côtés depuis un certain temps, Blaise Compaoré sait sur quel terrain, mettre les pieds !

  • 21
  • Juil

logo 2Sans tambour ni trompette, votre Journal a soufflé ses 7 bougies, ce 1er juillet 2014. C’est une année de plus, d’énormes challenges aussi, du fait d’un contexte sociopolitique national des plus incertains et des plus risqués. En effet, depuis quelques années, le bateau battant pavillon Burkina tangue en eaux troubles et s’éloignent dangereusement des cotes paisibles. En lieu et place de l’espérance et de l’émergence promises par celui qui préside à ses destinées depuis plus d’un quart de siècle maintenant, le Burkina Faso risque grandement l’immersion et le naufrage collectif. Depuis 7 ans, nous n’avons eu de cesse de mettre à nu la crise de la gouvernance et du politique qui enfonce, chaque jour un peu plus, le pays dans les abîmes d’un pouvoir personnel et à vie avec tout ce que cela implique de jouissance excessive et de refus de l’effort pour construire et préserver le bien commun. Nous n’avons eu de cesse d’interpeller la collectivité nationale sur l’impératif de repenser l’Etat, la politique, la gouvernance quotidienne de la société, le pouvoir dans un contexte républicain. Sans écouter le message, l’on a parfois tenté de nous assimiler à des prophètes de l’apocalypse, des oiseaux de mauvais augure, des aigris et que savons-nous encore ?

"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite