• 16
  • Déc

nzongoIl s’était tant battu pour que naisse cette révolution. Mais il peut enfin reposer en paix. Son combat a payé, 16 ans après son assassinat. Le 13 décembre prochain, cela fera effectivement 16 ans que Norbert Zongo et ses compagnons ont été tués et brûlés par une horde de sauvages à quelques encablures de Sapouy, dans la province du Ziro (à 100 km au sud de Ouagadougou). Pour rappel, Norbert enquêtait sur l’assassinat de David Ouédraogo, chauffeur du frère cadet du président déchu, François Compaoré, par des éléments de la garde présidentielle. Norbert est donc tombé sous la plume à la main. Il a consacré sa vie à l’investigation journalistique sur les crimes économiques et de sang, sur la gestion peu orthodoxe des deniers publics par le clan Compaoré. Combattant de la liberté et de la justice, Norbert Zongo se voulait également un aiguilleur des consciences sociales et citoyennes. Il a fallu qu’il fût assassiné pour que s’exprime cet éveil de conscience qu’il a tant souhaité. Sous la conduite du Collectif contre l’impunité, le peuple s’était en effet mobilisé, pour exiger vérité et justice. Le pouvoir Compaoré, au bord de la chute, a dû faire des concessions en termes de réformes politiques et institutionnelles, de promesse de justice, pour se tirer d’affaires. Mais finalement, ce ne fut qu’une ruse pour calmer les tensions et reprendre de la main. Depuis 2001, Blaise Compaoré et les siens, malgré les évidences contenues dans le rapport de la Commission d’enquête indépendante sur les circonstances de la mise à mort du journaliste, les recommandations du Collège de sages, ont travaillé à étouffer la vérité et à obstruer la justice.

En effet, des juges acquis ont travaillé à faire traîner les choses, à décharger les personnes mises en cause, dont François Compaoré et les six suspects sérieux, tous de la garde présidentielle. Un seul élément de ladite garde, Marcel Kafando, sera inculpé en 2001 mais bénéficiera cinq ans après, d’un non-lieu. Finalement, il moura quelques années plus tard. Avant lui, un autre suspect sérieux, Edmond Koama, est mort. Après Marcel, c’est le tour d’un autre suspect sérieux, Ousseni Yaro, de mourir en 2012. Il convient de préciser que des documents retrouvés chez François Compaoré après la chute de son frère et leur fuite, établissent que celui-ci continuait de payer les salaires ou des primes mensuelles à marcel Kafando et Ousséni Yaro, par l’intermédiaire de ses avocats. C’est tout dire. Tout a été mis en œuvre pour que la justice ne se fasse sur ce dossier Norbert Zongo.

Fort heureusement, à la veille du 16e anniversaire de son assassinat, ceux dont il dénonçait les pratiques de gouvernance ont été chassés du pouvoir et du pays par le peuple. Et les nouvelles autorités promettent de tout faire pour que justice soit rendue. Elles ont manqué de peu de trahir la mémoire de Norbert Zongo et de la révolution en propulsant l’un des juges indexés comme les fossoyeurs du dossier, l’ex-procureur du Faso Adama Sagnon, dans le gouvernement de transition. Mais le peuple veille au grain. Ceux qui ont des comptes à solder dans l’affaire Norbert Zongo et dans d’autres affaires ne pourront pas se débiner face à leurs responsabilités. En tout, ils ne pourront plus utiliser le parapluie de l’Etat pour se tirer d’affaire. Le président intérimaire Michel Kafando et son Premier ministre Zida ont promis de rouvrir les dossiers pendants. Alors, l’affaire Norbert Zongo les attend. Les Burkinabè aussi. Les discours, on les a trop entendus sous Blaise Compaoré. Maintenant, on veut des actes et des actes concrets.

Pour la première fois donc, l’affaire Norbert Zongo revient au cœur de l’Etat tout comme l’affaire Thomas Sankara. Pour la première fois, en effet, l’espoir d’une justice pour les suppliciés de Sapouy renait. Mais il faut passer du discours à l’action. Il faut rouvrir le dossier et le confier à des magistrats intègres. Il faut prendre toutes les dispositions pour que les magistrats qui ont travaillé à étouffer l’affaire rendent compte. Norbert Zongo tout comme Thomas Sankara, les martyrs des 30 et 31 octobre, a donné sa vie pour l’intérêt supérieur du Burkina Faso. Son combat était celui de la liberté et de la justice. Il a tracé les sillons de la révolution. Par son sacrifice, il a contribué à « fortifier le peuple courageux et fertiliser sa lutte héroïque vers l’horizon du bonheur et du progrès ». Ce qui est arrivé les 30 et 31 octobre est l’aboutissement d’une longue lutte dont Norbert Zongo est l’un des grands ténors.

En tout état de cause, Norbert Zongo est tombé sur le champ d’honneur. Il fait incontestablement partie des héros de la révolution des 30 et 31 octobre et mérite d’entrer dans le panthéon des martyrs de la révolution. Ceux qui tuaient les autres pour protéger leur festin macabre ont fui. Norbert Zongo a donc pris sa revanche sur ses bourreaux. Ils ont beau courir à travers le monde, leur passé les rattrapera. Hommage aux martyrs ! Hommage à Norbert Zongo !

  • 03
  • Déc

blaiseBlaise Compaoré est resté constant et fidèle à sa culture politique de l’irresponsabilité. Ce sont toujours les autres qui sont responsables de ce qui est mauvais, même quand cela lui est exclusivement favorable. Lui se réserve tout ce qui est positif et beau, ce qui ennoblit. Même dans sa chute, il ne se trouve aucune responsabilité. Si l’on est là, ce n’est pas sa faute à lui. Ce n’est pas parce que défiant la communauté nationale et internationale, les autorités morales et religieuses, il s’est entêté à s’accrocher à un pouvoir déjà perdu. Ce n’est pas non plus parce que la nouvelle génération de burkinabè nés sous son règne, aspirent profondément au changement. Non rien de tout cela. S’il a perdu son fauteuil, c’est seulement du fait d’une partie de l’opposition qui a comploté avec l’armée pour le chasser du pouvoir. Suivez son regard, on sait de qui il parle. Pourtant le 30 octobre dans son dernier discours à la nation, son ultime tentative avortée de sauver son fauteuil, il avait clairement affirmé avoir pris la mesure de la soif de changement de la majorité de ses compatriotes. Il était prêt même à s’engager dans le cadre d’une transition à œuvrer pour l’avènement du changement tant voulu par ses concitoyens. Mais avec Blaise Compaoré les engagements n’ont aucun sens. C’était sans doute une dernière tentative de rouler son peuple dans la farine. Mieux, lui-même avait dit des tenants de cette partie de l’opposition dont accuse aujourd’hui d’être la base de tous ses malheurs, qu’ils n’étaient que des seconds couteaux que lui a formatés et transformés en hommes d’Etat. Mais ils ne sont rien sans lui. C’est à croire que l’élève ou les élèves ont dépassé le maître. Ça c’est du Blaise Compaoré tout fait.

Blaise Compaoré persiste diaboliquement dans l’erreur en refusant de reconnaître l’ampleur de la révolte populaire qui a contraint l’armée et certainement cette partie de l’opposition à saisir leur chance. C’est de bonne guerre. Celui qui règne par les armes périra par les armes. Les roublards aussi finissent par se faire rouler dans leurs propres farines. Blaise Compaoré occulte volontairement l’engagement et la détermination de cette vaillante jeunesse de son pays qui au prix de leur vie ont fait chavirer son bateau battant pavillon monarchie Compaoré, les 30 et 31 octobre. C’est curieux, cette tendance à n’être responsable de rien quand ça ne l’arrange pas. Ni l’âge, ni l’expérience de la fonction de chef d’Etat, ne l’ont fait changer dans sa propension à nier même les évidences quand ça ne l’arrange pas. Comme dit l’adage, le chien ne peut jamais changer sa manière de s’asseoir. Déjà, il dormait quand l’on tuait Sankara pour lui donner le pouvoir en octobre 1987. Il était absent quand ses hommes ont arrêté et exécuté Jean-Baptiste Boukari Lingani et Henri Zongo pour tentative de coup d’Etat en septembre 1989. Il était absent quand des assassins, provenant selon toute vraisemblance de de sa garde rapprochée, ont tué et brûlé Norbert Zongo et ses compagnons en décembre 1998. Ils dormais sans doute ce 30 octobre 2014, lorsque sa garde a tiré sur la foule faisant des morts et des dizaines de blessés. Peut-être aussi que son frère cadet, lui aussi dormait quand ses éléments ont tiré à bout portant sur des manifestants le même jour. Il aurait pu même dire si les choses avaient marché que les députés qui s’apprêtaient tripatouiller la constitution, l’ont fait par excès de zèle. Lui Blaise Compaoré n’est responsable de rien. Mais enfin à force de dormir ou d’être absent à des étapes cruciales et douloureuses de la vie de la nation, Blaise Compaoré a fini par être absent tout simplement dans l’évolution des consciences citoyennes dans son pays. Il n’a donc pas vue venir les choses et s’est entêtés à provoquer et aiguiser les tensions et a été surpris de l’ampleur de la révolte. Il a laissé ses « vouvouzelas » pousser la colère à son paroxysme. Il a fabriqué lui-même la bombe qui explosé son système. Il a beau tenté de continuer à tirer des ficelles par certains partisans cachés, c’est fini. Blaise Compaoré doit accepter qu’il a joué et qu’il a perdu. Il gagnerait à se taire maintenant. Comme on le dit dans le jargon judiciaire, tout ce qu’il dira désormais pourrait être retenu contre lui.

Du reste, la côte d’ivoire notamment le président Ouattara doit contraindre Blaise Compaoré au devoir de réserve. C’est vrai qu’il est remonté et perdu, qu’il a du mal à digérer cette humiliation. Mais nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes. Il ne peut sue s’en prendre à lui-même ! Il ne peut pas continuer à faire des déclarations incendiaires depuis la Côte d’Ivoire. Cela pourrait, à terme, entacher les relations entre les deux pays qui doivent aller au-delà des individus et leurs relations privilégiées. Certes, Alassane Ouattara et son clan sont redevables à Blaise Compaoré pour tout ce qu’il a fait pour eux avant, pendant et après la rébellion. Mais ils ne peuvent pas lui permettre tout, y compris de se moquer de la mémoire de ses compatriotes tombés sur le champ d’honneur.

  • 26
  • Nov

blaisoEn ces moments d’incertitudes mais aussi et surtout d’énormes pour l’avenir de la nation burkinabè, toute l’équipe du Journal Le Reporter voudrait s’incliner devant la mémoire des martyrs morts sous les balles assassines des sicaires de Blaise Compaoré et de son frère François. Combien sont-ils ? Nous n’avons pas encore le nombre exact. Mais l’opposition parle d’une trentaine de morts. Encore des Burkinabè tombés parce qu’ils se sont opposés au pouvoir personnel et patrimonial des Compaoré. Heureusement, et espérons-le, ce sont les dernières victimes du système Compaoré qui pendant 27 longues années, a imposé au Burkina Faso une culture politique de la trahison, de l’indignité, la violence et de l’arrogance. Heureusement, il est tombé celui qui se croyait investi du droit divin de gouverner à vie ce si beau pays des hommes et des femmes intègres qu’il a perverti et travesti. Oui, par son obsession maladive du pouvoir, Blaise Compaoré est entré dans l’histoire petitement, avec la trahison de l’amitié et des convictions politiques en est sorti par une porte dérobée, humilié et chassé du pouvoir pour trouver refuge chez les beaux-parents parce que personne d’autre ne semblait en vouloir. Blaise Compaoré, c’est désormais le passé. Pourtant, il serait encore installé confortablement dans son palais de Kosyam si son obsession ne l’avait pas totalement perdu. Il aurait pu sortir la tête haute malgré son passé entaché de crimes de toutes sortes et de sa réputation peu recommandable de fauteur de troubles dans bien des pays ouest-africains.

Beaucoup de ses compatriotes croyaient jusqu’à la dernière minute, qu’il ne franchirait pas le rubicond. On le croyait suffisamment stratège et lucide pour prendre toute la mesure de la colère populaire qui montait et comprendre que c’était la ligne rouge à ne pas franchir. Mais Blaise Compaoré, fidèle à son attitude de mépris vis-à-vis de son peuple et à sa boulimie du pouvoir, s’estimait trop fort et pouvoir imposer ses désirs et sa volonté à son peuple. Avec ses courtisans zélés, ses partisans insouciants et irresponsables, son gouvernement de pantins, il est passé outre toutes les mises en garde. En effet, depuis bientôt plus d’un an, tout ce que la presse burkinabè compte de sérieux, les observateurs et animateurs avisés et sincères de la vie sociopolitique nationale n’ont cessé de l’interpeller sur les risques d’un nouveau tripatouillage de la Constitution et pire, d’un passage en force.

La communauté internationale, notamment les Etats-Unis et la France, lui ont demandé de renoncer à son ambition de pouvoir à vie. Même ses derniers soutiens internationaux ont fini par prendre acte de cet entêtement obsessionnel et l’ont interpellé. Pour l’encourager et l’inciter à respecter la Constitution de son pays, la France et certainement les USA lui ont manifesté leur soutien pour mettre ses compétences et ses talents au service de la communauté africaine et internationale. Il avait réussi à se donner, malgré tout, l’image d’un grand homme d’Etat africain.

Mais hélas ! La boulimie du pouvoir l’a perdu. Les sirènes des courtisans l’ont trompé et il s’est trompé sur lui-même et sur son peuple. Il a cru, par une corruption à grande échelle d’une certaine classe politique veule et assoiffée de gains faciles, pouvoir se sortir d’affaire. Des élus du peuple ont vendu leurs âmes et leur dignité en se livrant à ce jeu avec une insouciance et une arrogance insoutenables, accentuant la colère du peuple. Emmuré dans son palais, il a laissé ses vouvouzelas se charger d’aiguiser cette colère populaire qui s’est finalement transformée en une bombe sociale qui allait leur exploser à la face.

Blaise Compaoré a ainsi accéléré sa chute. Les choses sont allées même trop vite. En 10 jours (entre le 21 et le 31 octobre), Blaise Compaoré a tout ruiné, tout ce qu’il a construit de bon en 27 ans : son image, son parti politique mais surtout son pouvoir. Blaise Compaoré donc est parti comme il est venu : dans le sang de jeunes Burkinabè. Il a fui comme ces dirigeants indignes que les peuples vomissent et conduisant son pays dans les risques de menaces avec une transition des plus fragile et difficile à négocier. Désormais, c’est au pays de Houphouët Boigny, celui-là même qui l’avait fait roi, que Blaise Compaoré a trouvé refuge.

Enfin et après 27 ans d’humiliations de marche aux pas forcés, une démocratie maquillée et taillée à la mesure des ambitions boulimiques du chef et de sa cour, le peuple s’est libéré de sa peur, des indignités. L’histoire a rattrapé Blaise Compaoré. Le faux héro qui a voulu sauver la révolution du 4 août 1983 a fini en zéro, chassé par le peuple et contraint à fuir en exil avec désormais le risque d’être recherché bientôt par la Justice nationale et /ou internationale ! Quelle que soit la longueur de la nuit, le jour viendra. Un soleil nouveau s’est levé au Burkina Faso. Vivement que ce soit le début d’une « marche triomphale vers l’horizon du bonheur » et du progrès partagé ! Honneur au peuple combattant du Faso !

  • 05
  • Nov

thomsankVoici 27 ans que le Président Thomas Sankara a été assassiné. Son ami et camarade, principal bénéficiaire de cet odieux crime, a dû enjamber son cadavre pour s’installer au palais présidentiel. Depuis, que de vaines tentatives, les unes plus cyniques que les autres, de ternir l’image d’un homme qui a tant aimer son pays au point de sacrifier sa vie pour lui. 27 ans après, le mythe continue et il continuera sans nul doute. Comme quoi, la valeur d’un homme d’Etat n’a rien à voir avec le temps qu’il a fait au pouvoir. Ça devrait inspirer ceux qui s’accrochent contre vents et marées à leur fauteuil au risque de plonger leur pays dans le chaos. Ironie du sort, son successeur qui n’a pas réussi à le faire oublier ni par son action, encore moins par les dénigrements et toutes les accusations, estime qu’après 28 ans de pouvoir, il a encore des rêves et des chantiers pour le Burkina Faso. Waouh ! Il avait pourtant déclaré qu’il était seulement mu par une volonté de rectifier la dérive droitière de Thomas Sankara. Sankara a donc payé de sa vie sa trahison de la Révolution. ! Que risque donc son successeur qui a totalement liquidé et enterré la même Révolution ? On ne sait même pas s’il est encore révolutionnaire ou s’il est passé dans le camp des réactionnaires.

Cela fait donc 27 ans que feu le Président Thomas Sankara a été sauvagement assassiné et accusé de tous les péchés d’Israël. Cela fait 27 ans aussi que certains se battent contre son ombre qui continue de hanter leur sommeil. Cela fait 27 ans que sa veuve et ses orphelins tentent d’obtenir de la Justice de leur pays la vérité, ne serait-ce que sur le lieu exact de sa sépulture, étant entendu que nul n’a la preuve que la tombe qui lui fait office de dernière demeure, abrite effectivement les restes du Président Sankara. Oui, 27 ans que des vivants se battent en vain pour avoir raison sur un mort. 27 ans de tentative de falsification de l’histoire, d’usurpation, de déni de justice, etc. Cela fait 27 ans que l’on a tué Sankara pour qu’il n’instaure pas un pouvoir personnel et pour permettre à Blaise Compaoré d’instaurer un pouvoir absolu et de transformer le Burkina Faso en un patrimoine familial.

Bref, en ce 15 octobre 2014, les orphelins et la veuve de Thomas Sankara, tout en saluant l’engagement de tous ceux qui se réclament vouloir perpétuer la mémoire et l’œuvre du Président Sankara, renouvellent leur engagement à poursuivre le combat pour la justice et la vérité. Les sankaristes se retrouveront également au cimetière de Daghnoën pour rendre hommage au Président Sankara et ses compagnons tombés il y a 27 ans. Des déclarations inonderont les médias. Mais à la différence des années antérieures, cet anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara intervient dans un contexte de grands défis pour les Burkinabè. Le pays est à la croisée des chemins. Confronté par la ferme volonté des rectificateurs de la Révolution de rectifier, cette fois, la Constitution pour se maintenir au pouvoir et le refus d’une partie du peuple de cautionner cette forfaiture, le pays retient son souffle.

Le plus grand défi qui se pose actuellement au Burkina Faso, c’est surtout de retrouver le sens de la patrie, du patriotisme, du sacrifice collectif et individuel au service de la nation. Il s’agit de délier le destin personnel des dignitaires de celui de la nation. Il faut restaurer l’Etat burkinabè en le mettant au-dessus de tous les citoyens, y compris le président du Faso. En cela, tous les patriotes, tous les démocrates sincères, les amis et partenaires du Burkina ont le devoir historique de barrer la route à la marche à reculons et à pas forcé vers la « monarchisation » et la patrimonialisation de l’Etat. Le Burkina Faso ne saurait être la propriété de quelque groupuscule familial ou réseau de coterie que ce soit. Le Burkina Faso doit rester le bien commun de tous ses filles et fils.

A tous ceux qui s’estiment dignes de l’héritage politique, économique et culturel de Thomas Sankara, ce combat contre l’instauration d’un pouvoir à vie est le vôtre. Il ne s’agit pas d’aimer Sankara ou de détester ses tombeurs, il s’agit de s’engager dans un combat qui, d’une manière ou d’une autre, est celui de la liberté, de la justice et du progrès, de la démocratie. Il s’agit de rejoindre les rangs des forces du progrès contre ceux de l’immobilisme, de l’impunité, de la corruption, de la gabegie et du culte de l’indispensabilité. Il s’agit surtout de créer les conditions pour une paix durable fondée sur les valeurs de la république et la volonté commune de tous les fils de ce pays de vivre ensemble en paix, dans l’égalité et la fraternité. C’était cela la révolution sankariste. Elle est toujours d’actualité.

Ces derniers mois ont donné à voir une jeunesse burkinabè qui reprend de l’initiative et qui en impose aux politiques. Cet avènement progressif d’une jeunesse consciente des défis qui se posent à leur pays est un signe manifeste qu’une nouvelle Révolution est possible. Cette Révolution ne se réalisera pas par les canons mais par le génie et la détermination de cette jeunesse mobilisée aux côtés de certains aînés et qui entend peser désormais dans la gouvernance quotidienne de leur société. En ce 27e anniversaire de la mort de Thomas Sankara, l’on peut au moins dire que son œuvre commence à porter ses fruits. Peut-être aussi que cette jeunesse réussira à lui rendre justice ! Hommage au héro national, hommage au Camarade Président !

  • 16
  • Oct

Pistolet« Depuis quelques années, la montée, pour ne pas dire le déchaînement du grand banditisme avec les braquages et autres exécutions sommaires ont transformé nos grands axes routiers, nos centres urbains et même nos domiciles en des lieux très peu sûrs. » Ainsi écrivions-nous dans Le Reporter N°147 du 1er au 15 août dernier. C’était au lendemain des braquages de l’agence d’une banque à Ouagadougou, de l’explosion de Larlé et des cambriolages dans les locaux de certains confrères. Un peu plus d’un mois après, nos craintes deviennent malheureusement une triste et hideuse réalité : Ouagadougou est en passe de rejoindre les capitales africaines où les bandits de grands chemins règnent en maîtres absolus. En l’espace d’une semaine et en pleine journée, deux braquages ont été opérés dans la capitale avec à la clef deux morts et des blessés graves dont un policier. Deux autres braquages ont été signalés à la même période sur les axes routiers  Koudougou - Dédougou et Ouagadougou – Ouahigouya. Là encore, l’on a enregistré un mort. Chaque fois, dit-on, ce sont des millions et des millions qui ont été emportés, sauf sur l’axe Koudougou-Dédougou où les malfrats n’ont pas eu le temps de dépouiller leurs victimes.

Cette situation a provoqué une psychose presque généralisée. On n’est plus en sécurité nulle part. Les forces de sécurité semblent débordées par la recrudescence de l’insécurité au Burkina Faso. En effet, celles-ci, il faut en convenir, déploient d’énormes efforts, certes, mais ont du mal à contenir le phénomène. En effet, il ne se passe pratiquement pas une semaine sans qu’un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie ne convoque la presse pour présenter des délinquants présumés. Malgré tout, la situation ne s’améliore guère.

Faut-il croire que la population de délinquants est dans une dynamique de croissance vertigineuse ? Sont-ce certains de ces délinquants présentés à la presse qui sont parfois relâchés comme le susurrent certaines mauvaises langues à Ouagadougou ? Ou alors les deux à la fois ?

En tous les cas, le phénomène a atteint un seuil inquiétant. Quand les bandits frappent en plein jour et à visages découverts, c’est un défi qui est lancé aux forces de sécurité, mais au-delà, à l’Etat burkinabè. Les forces de sécurité, comme toutes les composantes sociopolitiques, ne sont que des produits de la société burkinabè actuelle. Et dans un Etat en faillite et une société en perte de repères éthiques et moraux, l’on ne peut avoir des forces de sécurité à la hauteur des défis. D’autant plus que dans le contexte actuel, tous les efforts du gouvernement en termes de renforcement des moyens logistiques et techniques au profit des forces de l’ordre semblent plus orientés vers la sécurité des gouvernants que dans le sens de la protection des citoyens. Toute chose qui a tendance à créer des déséquilibres en termes d’équipements et de moyens logistiques entre les forces en charge de la sécurité publique selon leurs affectations.

Plus grave, au niveau de l’administration et de la gestion des ressources affectées à l’équipement des forces de l’ordre, certains responsables dépensent leurs énergies dans les surfacturations et les pratiques frauduleuses sur les marchés publics. En clair, des individus tapis dans l’ombre, bénéficiant apparemment de bonnes protections des plus hautes autorités du ministère en charge de la sécurité, consacrent leur génie et leur temps à la recherche de voies et moyens pour s’enrichir au détriment de la qualité des équipements des agents des forces de l’ordre (Cf. Le Reporter N°96 du 15 au 30 juin 2012, N°97 du 1er au 15 juillet 2012 et N°102 du 15 au 30 septembre 2012). L’on a même poussé le cynisme jusqu’à commander des gilets pare-balles de qualité douteuse pour les hommes et les femmes qui risquent leur vie pour protéger celle des autres. Mieux, lorsque ces pratiques sont dénoncées, il n’y a aucune sanction. Parfois, l’on change de Directeur de l’administration et des finances (DAF), mais les pratiques demeurent les mêmes.

En tout état de cause, la montée de l’insécurité puise surtout sa source dans le délitement des valeurs et principes de bonne gouvernance, la faillite des institutions mises au service de l’homme fort et de ses ouailles, l’abandon de la population, particulièrement de la jeunesse dans la précarité et la déchéance morale. Non seulement la société burkinabè actuelle réunit tous les ingrédients pour fabriquer des délinquants trop violents, mais en même temps, elle n’a pas su créer les conditions matérielles pour protéger la grande majorité d’honnêtes et paisibles citoyens. Elle produit trop de déviants et leur offre les conditions pour s’exprimer dans toutes les formes de leur choix. La responsabilité de cette situation n’incombe pas seulement aux autorités, mais à l’ensemble de la société, à commencer par les cellules familiales.

Par ces temps qui courent, il faut à tout prix éviter que l’insécurité se développe davantage au risque de précipiter notre pays dans les abîmes de la violence. Certains délinquants politiques pourraient en profiter pour lâcher « leurs chiens » dans les rues. L’heure est grave. En attendant des solutions plus structurelles et durables, il faut prendre des mesures fortes, ici et maintenant.

  • 03
  • Oct

CDPA quoi joue le CDP ? Y a-t-il encore un leader et une ligne de conduite dans ce parti. Tout semble aller dans tous les sens dans ce parti en particulier, et en général, dans la majorité présidentielle. Les positions du parti pour la mise en place du Sénat et la révision de l’article 37 de la Constitution sont connues de tous depuis belle lurette. Mais depuis que leur géniteur du parti, le Président Blaise Compaoré, s’est heurté à une résistance farouche sur la mise en place du Sénat en 2013, ses ouailles sont perdues et louvoient. L’échec de la mise en place du Sénat a du même coup compromis la relecture de l’article 37 de la Constitution, remettant ainsi en cause tout le projet du Président Compaoré. Visiblement, il n’avait pas prévu de partir à la fin de son mandat actuel en 2015, bien que ce soit le dernier autorisé au terme de la Constitution. Il se voyait Président à vie. Malheureusement, même dans son propre camp, ce projet ne faisait pas l’unanimité. La saignée en janvier 2014 au sein du CDP qui a donné naissance au MPP et surtout le ralliement de ce dernier à l’opposition radicale illustre éloquemment que le pouvoir à vie a du mal à être accepté, même par ceux qui pendant des décennies ont joué les gardiens du temps et parfois des serviteurs zélés.

Cette saignée de janvier 2014 a encore semé le trouble, voire le désarroi dans le parti. Pris entre le rêve presqu’impossible du Président Compaoré et sa famille de se maintenir, l’exigence de plus en plus forte de changement, le CDP manque de lisibilité, de cohérence et surtout de stratégie dans ses initiatives et démarches. Entre le discours constant sur la nécessité de mettre en place le Sénat et de réviser la Constitution, le CDP se montre de plus en plus incapable d’honorer ses engagements. Il a essayé de combler ce déficit de moyens humains à la hauteur des ambitions par la création du Front républicain. Malheureusement, ce Front ne peut rien lui apporter qu’il ne peut faire tout seul. Au contraire, ce Front a permis à certains fossiles politiques de se remettre en scelle.

Pendant ce temps, l’opposition, renforcée par les démissionnaires, a pris du poil de la bête, drainant des foules immenses dans les rues et dans les stades. Le CDP tente une riposte mais à la fin, il s’est fait humilier au stade du 4-Août à Ouagadougou, le 21 août. Il abandonne donc le match des stades et de la rue. Il appelle au dialogue depuis après une caravane organisée par le Front républicain dans la région du Sud-Ouest. Depuis, le parti, son secrétaire exécutif Assimi Kouanda et tout son staff tournent en rond. Ils rendent une visite de courtoisie au chef de file de l’opposition et réaffirme leur disponibilité au dialogue. Pendant ce temps, certaines officines de manipulations politiques entrent en scène à travers l’organisation des vraies fausses démissions au MPP et les ralliements au CDP. Là encore échec et mat.

Les députés du groupe parlementaire du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et leurs collègues de la mouvance présidentielle annoncent vouloir donner un coup d’accélérateur au processus d’organisation du référendum sur la relecture de l’article 37 de la Constitution. Ces députés ont initié une proposition de loi visant à sauter la clause limitative des mandats présidentiels. A ce que l’on dit, ils sont au total 81 sur 127 députés à avoir signé cette initiative de proposition de loi, soit au moins les 2/3 de l’Assemblée nationale. Mais à peine cette initiative lancée, que les parlementaires font un revirement spectaculaire. Au cours d’une conférence de presse animée le samedi 13 septembre 2014 à Ouagadougou, Achille Tapsoba, 1er vice-président du groupe parlementaire CDP, a affirmé : « Il n’a jamais été question pour nous de faire une proposition de loi visant à modifier l’article 37 ». Le document attribué au groupe parlementaire n’est donc pas authentique. Les députés du groupe parlementaire CDP et alliés ont simplement signé un appel adressé au président du Faso pour qu’il convoque le référendum. Visiblement, les rangs du CDP semblent se fissurer. De deux choses, l’une : soit quelqu’un semble avoir voulu utiliser les signatures des parlementaires sur l’appel à des fins inavouées, soit le groupe parlementaire s’est rendu compte des dangers de son initiative et a fait volte-face. L’on a vu que leurs médias de services sont empressés de faire toute une publicité autour de cette proposition de loi. L’un dans l’autre, il y a un devoir de vérité sur cette initiative. La république ne saurait accepter la production du faux à l’Assemblée nationale. Ce sera le comble de l’immoralité, même si certains députés ont dû faire du faux pour être candidats. C’est donc trop facile de faire un point de presse pour rétablir les choses. Mais, il faut situer les responsabilités. Qui est à l’origine de la fausse proposition de loi ? Les Burkinabè doivent le savoir.

Cet énième revirement depuis la mise en place du Sénat montre que le pouvoir en place et ses animateurs ont du mal à tenir encore le gouvernail, mettent dangereusement la cohésion nationale en péril. Plus préoccupés des intérêts politiciens et personnels, ils sont en train de plonger davantage le pays dans la crise de la gouvernance.

Blaise Compaoré et ses courtisans doivent se ressaisir. A force de s’entêter et de tourner en rond, ils vont finir par tout rater, y compris l’occasion de négocier une sortie honorable. Ce sera bien dommage !

  • 16
  • Sep

afrique france432Blaise Compaoré a-t-il lu le livre de Mongo Beti, "La France contre l’Afrique" (1993, éd. La Découverte) ? Avouons que nous non plus. Mais en découvrant l’extrait dans un article intitulé « L’arrière-garde de la démocratie en Afrique » qu’un citoyen nommé Debrsèoyir Kwesi Christophe Dabiré, a publié dans Lefaso.net du 30 août dernier, nous pensons que si le président du Faso avait lu ce livre, il aurait sans doute hésité avant de se proclamer homme fort. Voici cet extrait : « Il y avait l’homme fort du Zaïre, que tout le monde connaissait en France et en Europe où il avait été longtemps admiré comme le tombeur, pour ne pas dire l’exécuteur de Patrice Lumumba, jusqu’à ce que l’on découvre que ses biens placés à l’extérieur du Zaïre équivalaient, en argent, à toute la dette de son pays. Il y avait l’homme fort du Togo, le Général Eyadema, qui n’avait encore défrayé la chronique en France que pour ses parties de chasse en compagnie de Jean-Christophe Mitterrand. Il y avait eu, jusqu’en 1982, l’homme fort du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, oublié aujourd’hui, et d’ailleurs disparu. Il est établi aujourd’hui que c’était un horrible petit Néron, qui gouverna le pays pendant vingt-cinq longues années d’une main de fer et sans partage. Il y avait l’homme fort du Gabon, Omar Bongo ; il y avait l’homme fort de Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, sorte de bouffon qui se prenait pour un marxiste, comme son homologue l’homme fort du Bénin, Matthieu Kérékou ; il y avait l’homme fort de Côte-d’Ivoire, Houphouët-Boigny, qui s’était fait construire dans son village une cathédrale plus vaste que Saint-Pierre de Rome, tandis que des enfants mouraient dans l’hôpital voisin faute de médicaments. Hommes forts, certes, mais gestionnaires débiles, dont les Etats étaient en pleine déroute économique et financière " (pages 183-184).

Cette image que l’auteur dépeint des hommes forts est bien loin d’inciter à l’enthousiasme de se prétendre homme fort. Sans savoir exactement la définition que peut bien Blaise Compaoré de cette notion, ni ses références dans l’histoire des Etats, les exemples d’hommes forts connus en Afrique illustrent le plus souvent les dérives de quelques petits dictateurs dans la gestion de leurs pays respectifs. Mobutu, Houphouët, Bongo, Eyadema étaient de leur vivant presque des dieux vivants. Ils étaient des guides éclairés, des timoniers, des pères de la Nation et que savons-nous encore. Ils avaient réussi à maintenir leur pays dans la paix et la stabilité, parfois dans l’abondance. Mais ils étaient aussi l’incarnation de la mal gouvernance et du pillage des ressources de leur pays par l’Occident. Ils sont morts laissant leur pays en proie à toutes les turpitudes.

Alors quel haut fait d’armes Mongo Beti aurait-il attribué à l’homme fort du Faso ? Certainement ceux qu’il a en commun avec les autres, à savoir : le pouvoir personnel, son long règne et cette tendance à prendre l’Etat pour son patrimoine personnel. Il y a aussi ce sentiment d’indispensabilité qui lui fait croire que sans lui le pays s’écroulera alors qu’il a travaillé à ce que le pays s’écroule effectivement après lui, comme tous les autres hommes forts.

Mais plus sérieusement, cet extrait du livre de Mongo Beti montre clairement que ce dont les pays africains ont besoin, ce sont d’abord des hommes et des femmes de parole, engagés et déterminés à servir leur pays partout où le devoir les appelle. Il ne s’agit pas de ces hommes de pouvoir ou d’appareils, qui se sont crus indispensables, des hommes forts sans lesquels les pays n’existeraient pas. Ce dont l’Afrique a besoin, et l’opposition politique burkinabè l’a si bien relevé, ce sont de grands hommes comme Nelson Mandela en Afrique du Sud, Alpha Oumar Konaré du Mali, John Jerry Rawlings du Ghana, etc. bref, des hommes qui ont compris que l’Etat et les institutions ne doivent pas être façonnés à l’image et à la taille d’un individu, d’un homme fort, qui ont su léguer à des successeurs des pays stables et démocratiques ,même si le cas malien peut inciter à la prudence. Justement, le Mali a périclité dans l’instabilité, entre autres, lorsque les institutions ont été soumises à la volonté d’un individu, le Président Amadou Toumani Touré, débarqué à 3 mois de la fin de son mandat.

En tout état de cause, le Burkina Faso, n’en déplaise aux partisans de l’indispensabilité et de l’immobilisme, n’a pas besoin d’hommes forts pour construire dans la durée des institutions fortes. La preuve est qu’après 28 ans de pouvoir, l’homme fort n’a pas encore réussi à asseoir ces institutions fortes. Même si on lui donnait encore autant d’années à la tête de l’Etat, il est fort à parier qu’il n’y arrivera pas. Car, les hommes forts ne peuvent pas construire des institutions fortes. S’il ya des institutions fortes, il ne peut y avoir d’hommes forts et vis-versa. Les institutions fortes imposent la démocratie et garantissent à tous les citoyens l’égalité en droit et en devoir. Les hommes forts mettent les institutions au service exclusif de leurs intérêts personnels, de leurs familles et réseaux clientélistes, allant parfois même dans la démesure. C’est sans doute ce qui fait dire à Mongo Beti que ce sont certes des hommes forts mais des « gestionnaires débiles ». Et il n’a pas tort. En tout cas pour les exemples qu’il a cités. Homme fort ne rime pas forcément avec un bon exemple d’homme d’Etat. Bien au contraire !

  • 01
  • Sep

LibertePresseDepuis quelques temps, certains animateurs des médias vivent une situation des plus inquiétantes. Notre confrère Newtown Ahmed Barry, Rédacteur en chef du bimensuel « L’Evènement », vient de tirer la sonnette d’alarme en faisant parvenir aux organisations professionnelles des médias, une alerte sur les menaces qui pèsent sur sa sécurité. Cette alerte de Newtown Ahmed intervient dans un contexte sociopolitique des plus précaires où certains deviennent de plus en plus fous à l’idée que la fin des haricots pourrait intervenir dans quelques mois. Ce contexte est également marqué par des évènements dramatiques que l’on tente de faire passer pour de banals accidents. Ce sont entre la mort suspecte du Juge Salifou Nébié le 24 mai dernier et l’explosion de Larlé le 15 juillet dernier. Dans ces deux cas, notre confrère L’Evènement s’est assez investi dans l’investigation et a livré une production qui est loin d’épouser les thèses officielles d’accidents. Bien au contraire, cette production contredit fortement ces thèses et laisse penser que le Journal, notamment certains de ses journalistes, en savent plus qu’il n’en faut. Ceci explique-t-il le cambriolage dont le Journal a été l’objet, le 31 juillet dernier ? Possible parce que, selon les premiers responsables du Journal, précisément le Rédacteur en chef Newtown, ce cambriolage est loin d’être un acte crapuleux mais bien plus un crime contre le Journal. Il pointe même un doit accusateur sur les services de l’Etat qui, malgré les multiples interpellations, n’ont rien fait jusqu’à ce que ce crime soit commis.

Mais au-delà de la personne de Newtown Ahmed Barry, son alerte a surtout l’avantage d’interpeller la communauté nationale et internationale sur les menaces sur la liberté d’expression et surtout de la presse. Les menaces ne concernent certainement pas Newtown Ahmed mais bien tous les journalistes qui se battent pour que le citoyen ait accès à l’information débarrassée de la manipulation politicienne. Par ces temps qui courent où les partisans du pouvoir s’attaquent ouvertement aux médias, il y a lieu effectivement de tirer la sonnette d’alarme.

Déjà, c’est le Premier ministre Luc Adolphe Tiao qui avait donné le ton, lors de la commémoration des 30 ans de Sidwaya en proclamant : « Il n’y a pas véritablement de pluralisme d’opinions dans la plupart de nos médias. Ainsi, dans sa grande majorité, notre presse n’excelle pas dans le pluralisme et l’équilibre de l’information. Les contenus qui nous sont servis relativement à la vie politique nationale le démontrent amplement; les analyses ayant pour la plupart tendance à privilégier les thèses de tel ou tel groupe politique ou d’organisation de la société civile».

Lors de la dernière session de son Bureau politique national le 2 août dernier, le Secrétaire exécutif national du CDP, Assimi Kouanda, a déclaré que certains médias avaient développé des « hypothèses invraisemblables en vue de ternir l’image du Burkina Faso » dans leur traitement des sujets relativement aux drames ci-dessus évoqués. C’est une accusation très grave. Des journaux burkinabè développent des hypothèses invraisemblables pour ternir l’image du pays. A d’autres époques, une telle accusation du CDP pourrait valoir aux journaux visés, de gros ennuis judiciaires, voire sécuritaires. Ironie du sort, Assimi Kouanda affirme que « sur d’autres sujets également, quelques-uns ont répandu des invectives contre le pouvoir et contre le CDP, au mépris du principe de l’équilibre de l’information ». C’est l’arroseur arrosé. Le Giga-parti qui, pendant des décennies, avait pratiquement monopolisé les médias d’Etat au service exclusif de sa propagande politico-médiatique, se plaint d’un déséquilibre de l’information en sa défaveur. Décidément, le changement est dans l’air et le CDP, inconsciemment, semble s’essayer à une opposition pleurnicharde.

Mais le plus incompréhensible, c’est quand le Secrétaire exécutif du CDP affirme que : « Même si nous ne sommes pas d’accord avec leurs écrits, leurs commentaires et leurs affirmations, nous nous battrons toujours pour qu’ils aient le droit d’exister, car c’est cela notre conception de la démocratie et de la liberté d’expression ». Jusque-là, personne n’a tenté une remise en cause du droit de tous les journaux à exister. Pourquoi le CDP aura-t-il besoin de se battre pour que des journaux aient le droit d’exister ? Contre qui veulent-ils se battre ? Des forces ou groupes internes ou externes au CDP ? C’est à ne rien comprendre en ce sens que si des menaces existent contre le droit des journaux à exister, surtout ceux qui font « des invectives au pouvoir et au CDP », il ne faut pas chercher plus loin dans les cercles du pouvoir. À moins qu’Assimi Kouanda, dans ses envolées lyriques, ne soit une fois de plus allé vite en besogne en trahissant des combats internes pour protéger le droit de certains journaux à exister.

Mais au fond, ces sorties des responsables du CDP sur les médias, sans vouloir rejeter les critiques, ne sont pas bons signes dans le contexte sociopolitique actuel où certains courtisans zélés sont devenus des véritables dangers publics, prêts à tout pour défendre leurs mentors. Dans tous les cas, le pouvoir a le devoir de protéger tous les citoyens et d’assurer leur sécurité. Il sera donc tenu pour responsable de tout ce qui adviendrait à un journaliste burkinabè ou exerçant sur le territoire burkinabè. Car, comme le disait feu Norbert Zongo, certains sinistres individus sont prêts à faire taire des journalistes pour « protéger leur festin macabre ». Il faut que ça cesse !

"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite