• 18
  • Mar

bassDécidément, l’ombre de Blaise Compaoré planera encore longtemps sur l’animation de la vie politique au Burkina. En effet, pendant que ses partisans pleurent son absence qui les rend orphelins et sans repère, ses anciens adversaires continuent de tirer à boulets rouges sur son œuvre de patrimonialisation de l’Etat. Au niveau de la société civile, c’est sa tête qui est réclamée pour qu’il réponde de ses actes devant les tribunaux.

Mais c’est surtout chez le Général de Gendarmerie Djibrill Yipéné Bassolé, ci-devant son ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, son envoyé privilégié dans ses opérations de médiation que la méthode Blaise Compaoré resurgit de la pire des manières. En effet, avec le comité de soutien à la candidature de Bassolé, l’on revoit l’Action des jeunes pour la candidature de Blaise Compaoré (AJCBC) en 2005. Ces jeunes, surgis de nulle part, qui avaient parcouru les villes et campagnes du Burkina pour battre le macadam ou la terre poussiéreuse en vue d’inciter la 3e candidature de Blaise Compaoré. En son temps, l’on avait bien compris que quelqu’un finançait en sous mains, ces marches et meetings au profit de Blaise Compaoré. Mais lui n’était au courant de rien, comme à ses habitudes d’ailleurs. Il a simplement bénéficié de la sympathie de la jeunesse qui voulait qu’il poursuive son œuvre de construction du Faso. Naturellement, il a accepté de répondre favorable à leur appel et s’est porté candidat en 2005.

Depuis début janvier 2015, soit 10 ans plus tard, des transfuges de la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (FEDAP/BC) ont été mobilisés pour inviter le Général Bassolé à prendre congé de l’armée et se porter candidat à la présidentielle du 11 octobre 2015. Comme les bêtises du genre « nous n’avons pas de pétrole, mais nous avons Blaise Compaoré » de l’AJCBC en 2005, voici les « âneries » (pour reprendre les termes de notre confrère L’Observateur Paalga) des griots du général. Le coordonnateur dudit comité, Adama Kima, ancien coordonnateur du Comité de soutien à la candidature d’Alassane Ouattara (CADO) en Côte d’Ivoire, transfuge de la FEDAP/BC, a déclaré péremptoirement que « c’est Dieu qui a donné Djibrill Bassolé aux Burkinabè. ». C’est une insulte au peuple burkinabè. Quel fils de ce pays n’a pas été donné par Dieu au peuple ? Et lui, Dieu l’a-t-il donné à Bassolé ?

A peine a-t-on fini de digérer ces âneries qu’un autre témoignage hallucinant nous est servi par notre confrère en ligne Lefaso.net, dans sa livraison du samedi 28 février dernier. Mamoudou H. Dicko, ancien député CDP, qui a rejoint le parti de Djibrill Bassolé, la NAFA (Nouvelle Alliance du Faso) affirme : « Il n’y a jamais eu de relations privées entre El Hadj Djibrill Bassolé et moi. La première fois que je l’ai rencontré dans ma vie, c’est le samedi 17 janvier 2015, vers 12h. J’ai échangé avec lui personnellement pour voir quelles sont ses ambitions dans le futur, quelles sont ses ambitions pour le Burkina. Il m’a convaincu. J’ai vu en lui le futur candidat crédible pour la présidentielle de 2015. Je peux témoigner aussi, en toute sincérité, que ce n’est pas lui qui a voulu être candidat. Il y a eu des jeunes, il y a eu des hommes politiques qui ont voulu porter sa candidature. Ce n’est pas quelque chose qu’il a lui-même instrumentalisé. Et je n’étais même pas sûr qu’il allait accepter, n’eût été tout dernièrement, à Dédougou, où il a dit qu’il répondrait favorablement. Mais, nous sommes très fiers qu’il accepte cette candidature, parce que c’est quelqu’un de vraiment présidentiable. Et Inch Allah, nous allons l’accompagner pour qu’il aille à Kosyam. »

C’est clair comme l’eau de roche, Bassolé a très bien appris de son maître. Il s’est trouvé des gens comme Adama Kima et des intellectuels comme Mamoudou Dicko (professeur d’université) qui sont tous prêts à tout et à crier sur tous les toits qu’il est le messie après le dieu Blaise Compaoré. Une fois qu’ils l’auraient installé à Kosyam, ils en feront un dieu.

Finalement, à force de trop s’accoquiner avec les griots et autres zélateurs, Djibrill Bassolé risque d’infantiliser sa candidature et lui enlever tout crédit ou tout intérêt. Déjà, sa casquette de général, même s’il tente de s’en débarrasser, est un facteur handicapant pour bien des Burkinabè. Si en plus, ses hommes doivent se livrer à de telles dérives langagières, les Burkinabè qui ont encore un bon sens et qui savent que la flatterie et la flagornerie des courtisans ont perdu Blaise Compaoré, s’en démarqueront. Si avant d’être président, on l’affuble de tant de louanges, imaginez-vous ce que l’on fera de ce pays une fois que ce dernier sera investi président.

Du reste, l’on en est encore loin. Les probabilités que cela arrive sont très minces. En tous les cas, si Bassolé veut sortir la tête haute de cette première étape de son aventure politique, il doit bâtir sur du vrai et surtout en toute humilité. Personne ne lui dénie ses qualités d’homme d’Etat, ni son droit de rêver de la Présidence comme tous les Burkinabè. Mais ce n’est pas en chantant qu’il est exceptionnel qu’il convaincra ses compatriotes de ses capacités à incarner le changement. Son ancien patron avait chanté et fait chanter tout le temps que sans lui le Burkina n’existerait plus. Mais voilà qu’après sa fuite, le Burkina tient, même difficilement, sur ces deux pieds et que lui ambitionner de le gouverner !

  • 05
  • Mar

cdpIl y a à peine 5 mois, ils soutenaient tous mordicus que sans Blaise Compaoré, le Burkina ne peut être que ruines et désespoirs. Ils juraient même que celui-ci était leur dieu (Astaghfiroulay) ! Certains étaient dans la salle de conseil des ministres ce mardi 21 octobre 2014, quand Blaise Compaoré et son gouvernement ont décidé d’introduire un projet de loi portant modification de l’article 37 de la constitution en vue de s’offrir une nouvelle virginité politique pour 15 nouvelles années. Ils n’ont jamais soutenu, en tout cas publiquement, la lutte du peuple contre ce projet de monarchie. Bien au contraire, ils continuaient à chanter avec tous les courtisans que Blaise Compaoré reste le seul homme d’Etat de notre époque et que le Burkina ne pouvait se priver de cette divine providence que le ciel lui a faite.

Mais seulement 10 jours après, la résistance du peuple insurgé a eu raison de leur dieu. Ce dernier a plié bagages et a fui avec sa famille et quelques ouailles laissant le gros de la marmaille orpheline. Certains ont rasé les murs pendant quelques semaines après un séjour forcé à la gendarmerie où ils ont trouvé refuge. D’autres ont retourné intelligemment leurs vestes, prétendants avoir joué un rôle dans le succès de l’insurrection. D’autres encore, ont préféré rejoindre l’opposition à Blaise Compaoré.

Mais voilà que subitement, le parti du dieu et ses acolytes se réveillent et tentent de se mettre dans les starting-blocks pour la présidentielle post-Blaise Compaoré. Le congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) de Blaise Compaoré, malgré le cure d’amaigrissement qu’il subit continuellement, découvre finalement que sans son fondateur, le Burkina Faso ne disparaîtra pas de la carte du monde. Il veut donc participer au processus électoral sans lui mais tout en lui réaffirmant sa loyauté. Il compte, sans doute, sur les moyens et les réseaux qu’il mettrait à sa disposition. Depuis leur exil de Yamoussokro et du Bénin, les frères Compaoré (Blaise et François), continueraient de pistonner le parti. Leurs ombres planent sur chaque sortie ou regroupement du parti. Ils seraient également les soutiens de certaines dissidences au sein du parti.

Les dissidences au CDP ont déjà donné naissance à deux partis politiques : la Nouvelle alliance du Faso (NAFA) de Djibril Bassollé et l’Union pour un Burkina nouveau du Colonel Yacouba Ouedraogo, respectivement général de gendarmerie, ministre des affaires étrangères et Colonel, ministre des sports et des loisirs de Blaise Compaoré jusqu’au 30 octobre 2014. Tous deux ont pris congé de l’armée et sont candidats à la candidature pour la présidence du Faso en octobre 2015. Un autre ex-colonel, Jean-Baptiste Natama également diplomate et directeur de cabinet de la Présidente de la commission de l’Union africaine, se prépare pour le rendez-vous de la bataille pour le fauteuil présidentiel. A la différence des deux précédents, lui au moins, ne cachait pas ses ambitions même avant la fuite de Blaise Compaoré. Il avait commencé à susciter sur les réseaux sociaux, des réflexions et débats qui traduisaient clairement son émancipation progressive du système Compaoré. Ses partisans ont également créé un nouveau parti pour soutenir sa candidature : la Convergence patriotique pour la renaissance/ Mouvement progressiste (CPR/MP). D’autres partis suivront à ce que l’ont dit.

Le CDP risque de se retrouver finalement avec un squelette tant son amaigrissement risque de se poursuivre dans les jours à venir. Mieux, en interne, ceux qui resteront risque de se livrer une bataille à mort pour le positionnement sur les listes électorales et même pour le renouvellement de l’organe dirigeant du parti. A l’externe, des voix s’élèvent de plus en plus pour exiger son exclusion aux prochaines élections. Comme on le voit, le parti de Blaise Compaoré risque de payer au prix fort son inconséquence et ses dérives qui ont conduit aux événements des 30 et 31 octobre. Ce ne serait du reste que justice. On ne piétine impunément le peuple pendant 27 ans et croire que celui a la mémoire si courte pour oublier tout de suite ce qu’il a subi et supporté, parfois dans la douleur et le sang.

A quelque chose malheur est bon. Il a donc fallu que Blaise Compaoré s’entête et que des Burkinabè perdent la vie par dizaines afin que certains réalisent qu’il peut avoir une vie au Faso sans ce dernier. A moins que comme le susurrent certains, la plus part de ces candidatures soient suscitées en vue de morceler les voix et d’éviter que ses ennemis jurés du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), ne remportent haut la main la présidentielle dès le premier tour. Mais déjà, l’inflation des candidatures parmi les fidèles de Blaise Compaoré est une première victoire morale contre l’imposture selon laquelle ce pays n’avait pas encore secrété un homme d’Etat capable de prendre le relais.

Dans tous les cas, ces candidatures ont beau être suscitées, elles ne sauraient prospérer dans le contexte actuel. Ceux qui croient encore battre campagne et gagner avec le nom et l’image de Blaise Compaoré se trompent royalement. On ne parle même des incultes et autres somnambules qui rêvent d’un retour aux affaires. C’est fini et bien fini. Les élections d’octobre viendront tout parachever. Il faut espérer que tous sauront enfin penser à l’intérêt général et à la construction d’institutions fortes et non des hommes forts.

  • 16
  • Fév

gouvDepuis quelques semaines, l’échiquier politique national est en pleine effervescence. Des déclarations ou des appels à candidatures par-là, des créations de partis politiques ou des retours sur scène par là. La perspective de la présidentielle du 11 octobre 2015 semble éveiller les appétits, même chez certains de ceux qui il y a à peine quelques mois, rêvaient d’une présidence à vie de Blaise Compaoré. N’est-ce pas Rosalie Bassolé, l’épouse de Djibrill Bassolé, qui le 10 mai 2014, investissait Blaise Compaoré « Roi » à Réo, en présence de son époux. « Ognini Blaise » (le roi bien-aimé Blaise), avait-elle déclaré pour marqué son soutien inconditionnel à Blaise Compaoré dans sa boulimie du pouvoir. Mais ça c’est de l’histoire ancienne déjà. Entre-temps son époux, à ce que l’on dit, est passé dans le camp de ceux qui ont travaillé à faire chuter le roi Blaise. Il a même accepté d’être traité volontiers de Judas de Blaise Compaoré. Du reste, Bassolé ne saurait être prisonnier des excès de zèle de son épouse. Bref, après la mise en échec du projet de monarchie de Blaise Compaoré par le peuple insurgé, certains se découvrent désormais présidentiables, nourrissant de grandes ambitions pour le Burkina et pour son peuple. C’est leur droit de citoyen burkinabè d’avoir des ambitions, quand bien même cela peut heurter la conscience de ceux qui ont une certaine lecture morale de la politique. A côté de Bassolé dont la candidature serait portée par un nouveau parti politique, la Nouvelle Alliance du Faso (NAFA) fondé par des transfuges de l’ancienne majorité présidentielle (CDP, ADF/RDA, UPR, etc.), il y aura sans doute des candidats d’autres partis qui n’avaient de projet politique que le pouvoir à vie de Blaise Compaoré. Il y a également les candidatures annoncées de l’ancien ministre des sports, le Colonel Yacouba Ouédraogo, et de l’ancien Secrétaire permanent du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), Jean-Baptiste Natama.

Il n’y a donc pas que les ambitieux du MPP qui avaient démissionné parce que Blaise Compaoré refusait de leur céder le pouvoir par l’organisation en interne de sa succession qui sont très ambitieux. D’autres étaient restés fidèles mais rêvaient secrètement de sa chute. Les deux mois de transition sont déjà riches en expressions des ambitions dans les cercles qui formaient le clan Compaoré. A priori, l’on peut se réjouir de ce que la chute de celui-ci favorise la saine émulation des ambitions. D’autant plus que même dans les organes de transition, certains purs produits du système Compaoré ont pu se glisser comme des acteurs de premier plan, tenant des discours révolutionnaires et autres promesses de rupture avec ce système. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que la chanson bien prisée des Burkinabè depuis le 31 octobre ne soit juste qu’un slogan populiste. En effet, tout le monde chante que « plus rien ne sera comme avant ». Mais au fond, beaucoup ont intérêt à ce que tout redevienne comme avant. En plus de ceux qui dévoilent leurs ambitions, il y a ceux qui ont des agendas cachés qui travaillent à obstruer la bonne marche de la transition ou à en profiter au maximum. Ceux-là ont intérêt à prolonger la transition ou en tout cas que certains de ses aspects, notamment les questions de justice, ne soient pas réglés.

A côté de ceux-là, il y a tous ceux qui croient que la transition est une occasion pour régler tous leurs problèmes. Ceux-là, à coups de manifestations spontanées, expriment des revendications parfois fondées mais irréalistes au regard du temps et des missions des organes de transition. Ça grogne de partout. Et le gouvernement semble débordé. Malheureusement pour lui, c’est désormais la fin de l’Etat de grâce avec les organisations syndicales. Après les contestations des nominations ou le maintien de certains responsables à leurs postes, voici venu le temps des revendications syndicales. En effet, dès le 4 février prochain, la Coalition contre la vie chère (CCVC) entre en scène. Elle revendique la baisse du prix des hydrocarbures d’au moins 100 à 150 FCFA. Elle dispose des éléments qui montrent que c’est faisable. Mais le gouvernement a déjà opéré une baisse de 25 FCFA jugée insignifiante. Pour se faire entendre, elle annonce un sit-in qui sera suivi d’une grève si rien n’est fait. Bref, le gouvernement Zida va devoir affronter sa véritable première fronde avec les syndicats et les organisations de la société civile réunis au sein de la CCVC.

Deux mois seulement après son installation, le gouvernement de la transition sera confronté à la fois au choc des ambitions des politiques qui auront sans doute des répercussions dans l’animation de la vie politique nationale, d’autant plus que des voix s’élèvent pour exiger la prise des mesures pour interdire certaines candidatures. Mais, il n’y a pas que le terrain politique, le front social va aussi entrer en ébullition et il va falloir trouver des réponses crédibles et concrètes aux revendications. Le dialogue gouvernement-syndicats s’annonce donc très houleux et il faut espérer qu’au bout, chaque camp saura trouver la sagesse pour préserver la transition de tous les poids qui pourraient inutilement la plomber. Mais c’est surtout au gouvernement de faire le choix de la transparence, de la vérité et de la justice.

  • 03
  • Fév

potiondevie2015Adieu 2014, année de gloire et d’honneur pour le peuple burkinabè ; bonjour 2015, année d’espoir mais aussi d’inquiétudes et de craintes. Ainsi donc 2014 a rejoint la vague implacable du temps. En ce début de l’année 2015, nous voudrions, avant tout propos, sacrifier au rituel des vœux de bonne et heureuse année à tous nos lecteurs, à tous les Burkinabè de toutes les conditions et à tous les Africains. Au nom de toute l’équipe du Journal Le Reporter, nous voudrions vous souhaiter une bonne et heureuse année 2015. Nous formulons les vœux que cette année 2015 soit le départ d’une belle histoire de reconstruction de l’Etat de droit dans le respect de la diversité, l’inclusion de tous les acteurs mais surtout l’engagement et la détermination de toutes les filles et tous les fils de ce pays à servir avec loyauté l’intérêt général.

Pour la première fois, depuis 28 ans maintenant, le Burkina entre dans une nouvelle année sans Blaise Compaoré dont le nom et le destin personnel avaient fini par se confondre avec celui de la nation entière. Pourtant, rien au début de l’année 2014 n’indiquait que Blaise Compaoré allait finir ainsi, humilié et chassé de « son » palais de Kosyam. Mais 2014 nous a rappelé que face un peuple déterminé à refuser l’arbitraire, aucun pouvoir si puissant soit-il ne pouvait résister durablement. Il a fallu 10 jours francs pour mettre en déroute toute l’oligarchie Compaoré qui avait installé ses tentacules dans toutes les sphères de l’administration publique, du monde des affaires, de la politique, etc. En 10 jours, l’histoire du Burkina a changé radicalement d’orientation. En effet, jusqu’au 21 octobre 2014, la révision de l’article 37 de la Constitution pour permettre à Blaise Compaoré d’échapper à la limitation des mandats relevait de simples conjectures, parfois même de procès d’intention. Mais depuis ce 21 octobre, le gouvernement est passé à l’acte. Contraignant le peuple à réagir. Après une dizaine de jours d’échauffement, le peuple burkinabè, par une insurrection populaire, a décidé d’écrire une nouvelle page de son histoire les 30 et 31 octobre. Sans Blaise Compaoré.

Pour y arriver, des Burkinabè ont dû sacrifier leurs vies dans cette bataille contre le projet de monarchie que Blaise Compaoré et les siens ont voulu imposer au peuple. D’autres garderont toute leur vie, des séquelles de cette bataille héroïque contre l’imposture et la forfaiture. Hommage au peuple combattant et aux martyrs de la révolution d’octobre 2014. Puisse leur sacrifice contribuer à redonner à leur pays son statut et image de pays des Hommes intègres. Mais la tâche reste ardue. Il reste à définitivement tourner la page du système Compaoré, ce système de gouvernance fondé sur la roublardise, la ruse, les crimes économiques et de sang, le déni de justice, etc. Il faut réussir la transition enclenchée depuis novembre 2014. Il faut à tout prix maintenir la paix et la stabilité en 2015. Cela passe par un accompagnement des organes de la Transition par tous les acteurs. Il ne s’agit pas de poursuivre dans l’hypocrisie et la complaisance qui ont perdu Blaise Compaoré et sa clique qui avaient fini par se croire indispensables. Il s’agit d’assurer une veille citoyenne sur le déroulement de la transition, d’encourager les bonnes pratiques, de dénoncer les travers mais surtout de veiller au respect strict de la Constitution et de la charte.

Burkinabè de toutes les conditions sociales, le pays vous appelle. Cette année 2015 doit être l’année du Burkina Faso. Il l’a entamée avec fierté et bravoure. Il doit la terminer de la même manière en réussissant l’organisation des élections et le transfert du pouvoir à des autorités légitimes, élues démocratiquement. Chaque citoyen doit pouvoir contribuer à l’atteinte de cet idéal qui devrait être commun à tous les Burkinabè. Main dans la main, les Burkinabè doivent résolument se tourner vers l’avenir, tout en ne perdant pas de vue les menaces que font encore peser sur leur pays, les survivances de leur passé très récent.

A tous les citoyens africains qui affronteront une année électorale dans leur pays, nous leur souhaitons de réussir dans la paix et la dignité, le choix démocratique de leurs gouvernants. Nos pays doivent définitivement tourner la page des élections à plusieurs vainqueurs et donc sources de toutes les tensions. Vivement qu’en cette année 2015, l’Afrique puisse donner au reste du monde une image autre que celle de toutes les affres politiques et guerres fratricides.

Pour notre part, nous voudrions rassurer nos lecteurs, que nous resterons fidèles à notre engagement, à notre serment. Tout en apportant notre contribution à la réussite de la Transition, nous ne transigerons pas sur notre devoir et notre liberté d’informer. Nous continueront de fouiller partout où besoin sera et demandons aux Burkinabè de bonne foi de dénoncer tous ceux qui croient qu’ils peuvent se prévaloir de leur turpitude. Nous devons bâtir le Burkina nouveau sur le devoir de vérité et de justice. Car rien de solide ni de durable ne peut se construire dans le mensonge, le double langage et la fourberie. N’en déplaise donc à ceux qui espèrent que la Transition soit une opportunité d’effacer leurs passés troubles et de se faire une nouvelle virginité morale et politique, nous allons poursuivre sans relâche, et quoi que cela nous en coûte, notre mission d’informer l’opinion publique nationale et internationale sur la vie publique de notre pays et au-delà.

Bonne et heureuse année 2015, dans une volonté commune de vivre ensemble en paix et dans un environnement politique et institutionnel stable et porteur d’espoirs !

  • 18
  • Jan

cdpDepuis quelques temps, des partis politiques de l’ancienne majorité présidentielle rivalisent de déclarations de demandes de pardon, d’excuses. Presque tous reconnaissent avoir commis des erreurs politiques ou d’appréciation. D’autres partis de la même mouvance n’ont même plus le courage de donner signe de vie. Curieusement, toutes ses formations politiques ont encore le courage de vouloir participer à la Transition en cours. Certaines d’entre elles-mêmes essaient de noyer leur bêtise dans une responsabilité collective de toute la classe politique. L’un dans l’autre, il y a une reconnaissance de la faute commise. Or, quand on commet une faute politique qui a abouti à un bouleversement sociopolitique de l’ampleur de ce que le Burkina a vécu en fin octobre, l’on ne devrait pas se faire prier.

On en tire les conséquences et on démissionne. En effet, l’insurrection populaire a montré clairement que Blaise Compaoré et tous ses soutiens ramaient à contre-courant des attentes du peuple et s’apprêtaient à violer ses suprêmes aspirations au changement, à plus de démocratie et de liberté.

On peut donc demander pardon pour la faute commise. Mais on ne peut pas espérer continuer à traîner sa bosse indésirable sur l’échiquier politique. Par respect pour leurs militants qu’ils ont trompés et trahis, pour la mémoire des fils de ce pays tombés sur le champ d’honneur et par leur faute, certains politiciens doivent avoir la décence morale de dire définitivement adieu à la politique. Cela s’appelle avoir le sens de la responsabilité, de l’honneur et de la dignité. On ne peut pas avoir vendu son âme au diable et continuer impunément à prêcher l’évangile.

Ironie du sort, ces partis politiques et ces politiciens qui hier encore, n’avaient de projet de société que le soutien de Blaise Compaoré et son projet de monarchie se sont découvert une nouvelle utilité sociale. Ils veulent apporter leur contribution à la Transition. En dehors du culte de la personnalité et de l’indispensabilité de Blaise Compaoré, ces spécialistes du retournement de veste, sans honte ni éthique semblent enfin savoir faire autre chose que de chanter les louanges de Blaise Compaoré. Se rendant à l’évidence que le Burkina Faso n’a pas sombré dans le déluge après Blaise Compaoré, ils sortent progressivement de leurs trous en demandant pardon et ou en s’excusant. Que c’est trop facile.

En vérité, bien de ces entrepreneurs politiques avaient conçu la scène politique comme un marché sur lequel ils investissent en capital de compromissions et même d’indignités. Ça marchait tellement bien puisque des individus sans mérite particulier avaient réussi à se faire des dividendes et des rentes politiques bien plus consistantes que tout autre investissement.

En contraignant Blaise Compaoré à la fuite, le peuple a du même coup mis fin à un vaste marché d’escroquerie qui nourrissait tout un monde. C’est la fin des haricots pour tous les prébendiers politiques accrochés à la générosité bien intéressée du prince et qui ne savent rien faire d’autre que vivre au-dessus de leurs moyens grâce au commerce de leur dignité et de leur honneur. Certes, l’erreur reste humaine et ne commet pas de faute qui n’entreprend. Reconnaître une faute qui a coûté la vie à des dizaines de personnes et espérer les faire passer par pertes et profits pour rebondir sur la scène politique relève purement et simplement d’une indécence morbide et inacceptable. Ne serait-ce que temporairement, tous les leaders politiques qui par leurs compromissions, leur participation active et passive au projet de modification de l’article 37 de la Constitution, doivent avoir la décence morale de se retirer de la scène politique. Les partis politiques concernés, à commencer par le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), doivent, à défaut de s’auto-dissoudre, tout au moins mettre définitivement à la touche tous les leaders qui ont porté et défendu cette initiative de malheur. C’est bien de demander pardon ou de s’excuser. Mais, nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes. Comme l’a si bien écrit Norbert Zongo dans L’Indépendant N°00, «Les peuples comme les hommes finissent par payer leurs compromissions politiques, avec des larmes parfois, du sang souvent, mais toujours dans la douleur». Ceux qui hier encore commerçaient avec Blaise Compaoré, ne peuvent que s’en prendre à eux-mêmes. Ils ne peuvent pas rêver d’impunité pour leurs compromissions. Entre Burkinabè, l’on peut se pardonner.

Mais chacun doit se garder de prendre les autres pour ce qu’ils ne sont pas au risque de raviser inutilement des tensions et des haines. Dans tous les cas, le Burkina Faso a pris un virage vers plus d’espoir d’assainissement et d’apaisement de la scène politique, avec en toile de fond, le bannissement définitif de toute idée de pouvoir à vie. Tous ceux qui aspirent à participer à la vie politique nationale et surtout à y jouer les premiers rôles ne doivent plus être de la race de ces hommes et femmes   sans convictions, prêts à toutes les compromissions.

Les réformes en cours doivent permettre de lutter efficacement contre les entreprises politiques mafieuses.

  • 16
  • Déc

nzongoIl s’était tant battu pour que naisse cette révolution. Mais il peut enfin reposer en paix. Son combat a payé, 16 ans après son assassinat. Le 13 décembre prochain, cela fera effectivement 16 ans que Norbert Zongo et ses compagnons ont été tués et brûlés par une horde de sauvages à quelques encablures de Sapouy, dans la province du Ziro (à 100 km au sud de Ouagadougou). Pour rappel, Norbert enquêtait sur l’assassinat de David Ouédraogo, chauffeur du frère cadet du président déchu, François Compaoré, par des éléments de la garde présidentielle. Norbert est donc tombé sous la plume à la main. Il a consacré sa vie à l’investigation journalistique sur les crimes économiques et de sang, sur la gestion peu orthodoxe des deniers publics par le clan Compaoré. Combattant de la liberté et de la justice, Norbert Zongo se voulait également un aiguilleur des consciences sociales et citoyennes. Il a fallu qu’il fût assassiné pour que s’exprime cet éveil de conscience qu’il a tant souhaité. Sous la conduite du Collectif contre l’impunité, le peuple s’était en effet mobilisé, pour exiger vérité et justice. Le pouvoir Compaoré, au bord de la chute, a dû faire des concessions en termes de réformes politiques et institutionnelles, de promesse de justice, pour se tirer d’affaires. Mais finalement, ce ne fut qu’une ruse pour calmer les tensions et reprendre de la main. Depuis 2001, Blaise Compaoré et les siens, malgré les évidences contenues dans le rapport de la Commission d’enquête indépendante sur les circonstances de la mise à mort du journaliste, les recommandations du Collège de sages, ont travaillé à étouffer la vérité et à obstruer la justice.

En effet, des juges acquis ont travaillé à faire traîner les choses, à décharger les personnes mises en cause, dont François Compaoré et les six suspects sérieux, tous de la garde présidentielle. Un seul élément de ladite garde, Marcel Kafando, sera inculpé en 2001 mais bénéficiera cinq ans après, d’un non-lieu. Finalement, il moura quelques années plus tard. Avant lui, un autre suspect sérieux, Edmond Koama, est mort. Après Marcel, c’est le tour d’un autre suspect sérieux, Ousseni Yaro, de mourir en 2012. Il convient de préciser que des documents retrouvés chez François Compaoré après la chute de son frère et leur fuite, établissent que celui-ci continuait de payer les salaires ou des primes mensuelles à marcel Kafando et Ousséni Yaro, par l’intermédiaire de ses avocats. C’est tout dire. Tout a été mis en œuvre pour que la justice ne se fasse sur ce dossier Norbert Zongo.

Fort heureusement, à la veille du 16e anniversaire de son assassinat, ceux dont il dénonçait les pratiques de gouvernance ont été chassés du pouvoir et du pays par le peuple. Et les nouvelles autorités promettent de tout faire pour que justice soit rendue. Elles ont manqué de peu de trahir la mémoire de Norbert Zongo et de la révolution en propulsant l’un des juges indexés comme les fossoyeurs du dossier, l’ex-procureur du Faso Adama Sagnon, dans le gouvernement de transition. Mais le peuple veille au grain. Ceux qui ont des comptes à solder dans l’affaire Norbert Zongo et dans d’autres affaires ne pourront pas se débiner face à leurs responsabilités. En tout, ils ne pourront plus utiliser le parapluie de l’Etat pour se tirer d’affaire. Le président intérimaire Michel Kafando et son Premier ministre Zida ont promis de rouvrir les dossiers pendants. Alors, l’affaire Norbert Zongo les attend. Les Burkinabè aussi. Les discours, on les a trop entendus sous Blaise Compaoré. Maintenant, on veut des actes et des actes concrets.

Pour la première fois donc, l’affaire Norbert Zongo revient au cœur de l’Etat tout comme l’affaire Thomas Sankara. Pour la première fois, en effet, l’espoir d’une justice pour les suppliciés de Sapouy renait. Mais il faut passer du discours à l’action. Il faut rouvrir le dossier et le confier à des magistrats intègres. Il faut prendre toutes les dispositions pour que les magistrats qui ont travaillé à étouffer l’affaire rendent compte. Norbert Zongo tout comme Thomas Sankara, les martyrs des 30 et 31 octobre, a donné sa vie pour l’intérêt supérieur du Burkina Faso. Son combat était celui de la liberté et de la justice. Il a tracé les sillons de la révolution. Par son sacrifice, il a contribué à « fortifier le peuple courageux et fertiliser sa lutte héroïque vers l’horizon du bonheur et du progrès ». Ce qui est arrivé les 30 et 31 octobre est l’aboutissement d’une longue lutte dont Norbert Zongo est l’un des grands ténors.

En tout état de cause, Norbert Zongo est tombé sur le champ d’honneur. Il fait incontestablement partie des héros de la révolution des 30 et 31 octobre et mérite d’entrer dans le panthéon des martyrs de la révolution. Ceux qui tuaient les autres pour protéger leur festin macabre ont fui. Norbert Zongo a donc pris sa revanche sur ses bourreaux. Ils ont beau courir à travers le monde, leur passé les rattrapera. Hommage aux martyrs ! Hommage à Norbert Zongo !

  • 03
  • Déc

blaiseBlaise Compaoré est resté constant et fidèle à sa culture politique de l’irresponsabilité. Ce sont toujours les autres qui sont responsables de ce qui est mauvais, même quand cela lui est exclusivement favorable. Lui se réserve tout ce qui est positif et beau, ce qui ennoblit. Même dans sa chute, il ne se trouve aucune responsabilité. Si l’on est là, ce n’est pas sa faute à lui. Ce n’est pas parce que défiant la communauté nationale et internationale, les autorités morales et religieuses, il s’est entêté à s’accrocher à un pouvoir déjà perdu. Ce n’est pas non plus parce que la nouvelle génération de burkinabè nés sous son règne, aspirent profondément au changement. Non rien de tout cela. S’il a perdu son fauteuil, c’est seulement du fait d’une partie de l’opposition qui a comploté avec l’armée pour le chasser du pouvoir. Suivez son regard, on sait de qui il parle. Pourtant le 30 octobre dans son dernier discours à la nation, son ultime tentative avortée de sauver son fauteuil, il avait clairement affirmé avoir pris la mesure de la soif de changement de la majorité de ses compatriotes. Il était prêt même à s’engager dans le cadre d’une transition à œuvrer pour l’avènement du changement tant voulu par ses concitoyens. Mais avec Blaise Compaoré les engagements n’ont aucun sens. C’était sans doute une dernière tentative de rouler son peuple dans la farine. Mieux, lui-même avait dit des tenants de cette partie de l’opposition dont accuse aujourd’hui d’être la base de tous ses malheurs, qu’ils n’étaient que des seconds couteaux que lui a formatés et transformés en hommes d’Etat. Mais ils ne sont rien sans lui. C’est à croire que l’élève ou les élèves ont dépassé le maître. Ça c’est du Blaise Compaoré tout fait.

Blaise Compaoré persiste diaboliquement dans l’erreur en refusant de reconnaître l’ampleur de la révolte populaire qui a contraint l’armée et certainement cette partie de l’opposition à saisir leur chance. C’est de bonne guerre. Celui qui règne par les armes périra par les armes. Les roublards aussi finissent par se faire rouler dans leurs propres farines. Blaise Compaoré occulte volontairement l’engagement et la détermination de cette vaillante jeunesse de son pays qui au prix de leur vie ont fait chavirer son bateau battant pavillon monarchie Compaoré, les 30 et 31 octobre. C’est curieux, cette tendance à n’être responsable de rien quand ça ne l’arrange pas. Ni l’âge, ni l’expérience de la fonction de chef d’Etat, ne l’ont fait changer dans sa propension à nier même les évidences quand ça ne l’arrange pas. Comme dit l’adage, le chien ne peut jamais changer sa manière de s’asseoir. Déjà, il dormait quand l’on tuait Sankara pour lui donner le pouvoir en octobre 1987. Il était absent quand ses hommes ont arrêté et exécuté Jean-Baptiste Boukari Lingani et Henri Zongo pour tentative de coup d’Etat en septembre 1989. Il était absent quand des assassins, provenant selon toute vraisemblance de de sa garde rapprochée, ont tué et brûlé Norbert Zongo et ses compagnons en décembre 1998. Ils dormais sans doute ce 30 octobre 2014, lorsque sa garde a tiré sur la foule faisant des morts et des dizaines de blessés. Peut-être aussi que son frère cadet, lui aussi dormait quand ses éléments ont tiré à bout portant sur des manifestants le même jour. Il aurait pu même dire si les choses avaient marché que les députés qui s’apprêtaient tripatouiller la constitution, l’ont fait par excès de zèle. Lui Blaise Compaoré n’est responsable de rien. Mais enfin à force de dormir ou d’être absent à des étapes cruciales et douloureuses de la vie de la nation, Blaise Compaoré a fini par être absent tout simplement dans l’évolution des consciences citoyennes dans son pays. Il n’a donc pas vue venir les choses et s’est entêtés à provoquer et aiguiser les tensions et a été surpris de l’ampleur de la révolte. Il a laissé ses « vouvouzelas » pousser la colère à son paroxysme. Il a fabriqué lui-même la bombe qui explosé son système. Il a beau tenté de continuer à tirer des ficelles par certains partisans cachés, c’est fini. Blaise Compaoré doit accepter qu’il a joué et qu’il a perdu. Il gagnerait à se taire maintenant. Comme on le dit dans le jargon judiciaire, tout ce qu’il dira désormais pourrait être retenu contre lui.

Du reste, la côte d’ivoire notamment le président Ouattara doit contraindre Blaise Compaoré au devoir de réserve. C’est vrai qu’il est remonté et perdu, qu’il a du mal à digérer cette humiliation. Mais nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes. Il ne peut sue s’en prendre à lui-même ! Il ne peut pas continuer à faire des déclarations incendiaires depuis la Côte d’Ivoire. Cela pourrait, à terme, entacher les relations entre les deux pays qui doivent aller au-delà des individus et leurs relations privilégiées. Certes, Alassane Ouattara et son clan sont redevables à Blaise Compaoré pour tout ce qu’il a fait pour eux avant, pendant et après la rébellion. Mais ils ne peuvent pas lui permettre tout, y compris de se moquer de la mémoire de ses compatriotes tombés sur le champ d’honneur.

  • 26
  • Nov

blaisoEn ces moments d’incertitudes mais aussi et surtout d’énormes pour l’avenir de la nation burkinabè, toute l’équipe du Journal Le Reporter voudrait s’incliner devant la mémoire des martyrs morts sous les balles assassines des sicaires de Blaise Compaoré et de son frère François. Combien sont-ils ? Nous n’avons pas encore le nombre exact. Mais l’opposition parle d’une trentaine de morts. Encore des Burkinabè tombés parce qu’ils se sont opposés au pouvoir personnel et patrimonial des Compaoré. Heureusement, et espérons-le, ce sont les dernières victimes du système Compaoré qui pendant 27 longues années, a imposé au Burkina Faso une culture politique de la trahison, de l’indignité, la violence et de l’arrogance. Heureusement, il est tombé celui qui se croyait investi du droit divin de gouverner à vie ce si beau pays des hommes et des femmes intègres qu’il a perverti et travesti. Oui, par son obsession maladive du pouvoir, Blaise Compaoré est entré dans l’histoire petitement, avec la trahison de l’amitié et des convictions politiques en est sorti par une porte dérobée, humilié et chassé du pouvoir pour trouver refuge chez les beaux-parents parce que personne d’autre ne semblait en vouloir. Blaise Compaoré, c’est désormais le passé. Pourtant, il serait encore installé confortablement dans son palais de Kosyam si son obsession ne l’avait pas totalement perdu. Il aurait pu sortir la tête haute malgré son passé entaché de crimes de toutes sortes et de sa réputation peu recommandable de fauteur de troubles dans bien des pays ouest-africains.

Beaucoup de ses compatriotes croyaient jusqu’à la dernière minute, qu’il ne franchirait pas le rubicond. On le croyait suffisamment stratège et lucide pour prendre toute la mesure de la colère populaire qui montait et comprendre que c’était la ligne rouge à ne pas franchir. Mais Blaise Compaoré, fidèle à son attitude de mépris vis-à-vis de son peuple et à sa boulimie du pouvoir, s’estimait trop fort et pouvoir imposer ses désirs et sa volonté à son peuple. Avec ses courtisans zélés, ses partisans insouciants et irresponsables, son gouvernement de pantins, il est passé outre toutes les mises en garde. En effet, depuis bientôt plus d’un an, tout ce que la presse burkinabè compte de sérieux, les observateurs et animateurs avisés et sincères de la vie sociopolitique nationale n’ont cessé de l’interpeller sur les risques d’un nouveau tripatouillage de la Constitution et pire, d’un passage en force.

La communauté internationale, notamment les Etats-Unis et la France, lui ont demandé de renoncer à son ambition de pouvoir à vie. Même ses derniers soutiens internationaux ont fini par prendre acte de cet entêtement obsessionnel et l’ont interpellé. Pour l’encourager et l’inciter à respecter la Constitution de son pays, la France et certainement les USA lui ont manifesté leur soutien pour mettre ses compétences et ses talents au service de la communauté africaine et internationale. Il avait réussi à se donner, malgré tout, l’image d’un grand homme d’Etat africain.

Mais hélas ! La boulimie du pouvoir l’a perdu. Les sirènes des courtisans l’ont trompé et il s’est trompé sur lui-même et sur son peuple. Il a cru, par une corruption à grande échelle d’une certaine classe politique veule et assoiffée de gains faciles, pouvoir se sortir d’affaire. Des élus du peuple ont vendu leurs âmes et leur dignité en se livrant à ce jeu avec une insouciance et une arrogance insoutenables, accentuant la colère du peuple. Emmuré dans son palais, il a laissé ses vouvouzelas se charger d’aiguiser cette colère populaire qui s’est finalement transformée en une bombe sociale qui allait leur exploser à la face.

Blaise Compaoré a ainsi accéléré sa chute. Les choses sont allées même trop vite. En 10 jours (entre le 21 et le 31 octobre), Blaise Compaoré a tout ruiné, tout ce qu’il a construit de bon en 27 ans : son image, son parti politique mais surtout son pouvoir. Blaise Compaoré donc est parti comme il est venu : dans le sang de jeunes Burkinabè. Il a fui comme ces dirigeants indignes que les peuples vomissent et conduisant son pays dans les risques de menaces avec une transition des plus fragile et difficile à négocier. Désormais, c’est au pays de Houphouët Boigny, celui-là même qui l’avait fait roi, que Blaise Compaoré a trouvé refuge.

Enfin et après 27 ans d’humiliations de marche aux pas forcés, une démocratie maquillée et taillée à la mesure des ambitions boulimiques du chef et de sa cour, le peuple s’est libéré de sa peur, des indignités. L’histoire a rattrapé Blaise Compaoré. Le faux héro qui a voulu sauver la révolution du 4 août 1983 a fini en zéro, chassé par le peuple et contraint à fuir en exil avec désormais le risque d’être recherché bientôt par la Justice nationale et /ou internationale ! Quelle que soit la longueur de la nuit, le jour viendra. Un soleil nouveau s’est levé au Burkina Faso. Vivement que ce soit le début d’une « marche triomphale vers l’horizon du bonheur » et du progrès partagé ! Honneur au peuple combattant du Faso !

"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite