• 23
  • Aoû

eddieChasser le naturel, il revient au Galop ! Ils avaient inventé le concept de remplir les stades recto verso ! Ce fut effectivement des moments de grande mobilisation à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso où ils avaient effectivement fait stades combles. Mais ça n’a pas empêché le peuple insurgé de les balayer en deux jours. Ils ont rasé les murs pendant quelques mois et sont progressivement ressortis du bois. Ils se sont réorganisés et retrouvent progressivement du tonus. Malheureusement, ils reprennent la même stratégie : la mobilisation des citoyens contre espèces sonnantes et trébuchantes. Mieux encore, ils restent dans les alliances contreproductives. Ils, ce sont les nouveaux patrons du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) avec à leur tête le nouveau président et candidat pour la présidentielle d’octobre, Eddie Komboïgo. Lui au moins, c’est une nouvelle tête (même si elle est si nouvelle que ça), un nouveau style, un nouveau discours, parfois enfantin, mais essentiellement axé sur l’apaisement, la réconciliation.

  • 14
  • Aoû

logo 2Sommes-nous nés tard dans un monde où tout a été déjà dit et inventé ? A ce qu’on dit, il n’y a plus de place sur l’échiquier médiatique burkinabè pour de nouveaux venus. D’aucuns ont tenté de nous décourager de nous lancer dans cette aventure. Car, de leur point de vue, sans moyens financiers colossaux ni de soutiens politiques puissants, c’est un saut périlleux dans une arène infernale. Après de longs mois de réflexion, nous avons choisi de surpasser nos craintes de l’échec et de franchir le pas pour prendre le risque de nous soumettre au jugement de l’histoire sur le bien-fondé ou non de notre engagement.

Après tout, il n’y a pas que sur le plan médiatique que « la vie est dure au Faso ». Pour autant, des initiatives se développent par des acteurs dans des domaines et secteurs divers avec des fortunes diverses. Il n’y a que ceux qui n’entreprennent rien qui ne connaissent pas l’échec ». C’étaient les premiers mots que nous avions couchés dans votre Journal qui venait de naître, il y a 8 ans. Oui, votre Journal a huit ans aujourd’hui. Huit ans après, nous avons la certitude que nous ne nous sommes pas trompés ; mieux, qu’il y a encore de l’espace et de la place à prendre sur l’échiquier médiatique burkinabè.

Notre ambition était d’offrir un nouvel espace et un nouveau support d’informations aux Burkinabè. Notre conviction était que notre pays était à un tournant décisif de son histoire. Et dans ce tournant, l’information plurielle, juste et indépendante était plus qu’un impératif pour contribuer à forger des postures citoyennes par rapport au bien public.

Notre rêve était de participer à l’avènement d’une société plus démocratique, plus juste et surtout plus respectueuse des valeurs, principes et règles du vivre ensemble dans l’équité et la solidarité. C’était sans doute un saut dans l’inconnue mais ce saut a été, pensons-nous, très salvateur, au regard non seulement du positionnement du Journal sur l’échiquier médiatique, mais surtout sur sa contribution à la lutte contre la mal gouvernance et l’impunité des crimes économiques et de sang.

En 8 petites années, nous pensons avoir été de tous les combats justes et loyaux à notre serment. Ce serment est consigné dans l’éditorial du N°001 de juillet 2007 en page 2. Nous avons décidé d’en reprendre un extrait dans chacune de nos éditions en vue de toujours rassurer nos lecteurs et tous ceux qui nous font confiance que rien, ni personne ne pourra nous dévier du sens de notre engagement.

Ce huitième anniversaire de votre Journal intervient dans un contexte post-insurrectionnel avec une transition politique des plus précaires et fragiles. Il intervient surtout après la chute de Blaise Compaoré. Edition après édition, nous n’avions eu de cesse d’interpeller le pouvoir Compaoré sur le fait qu’il avait emprunté une trajectoire suicidaire. Nous avons plusieurs fois révélé des cas concrets de dérives mafieuses du système Compaoré. Certains nous ont accusés de tous les péchés d’Israël. Pour ne pas tenir compte de nos interpellations, on nous a collé des étiquettes politiques. Certains petits esprits, incapables de réfléchir par eux-mêmes, de prendre des initiatives ou de refuser les compromissions continuent de nous associer à des officines politiques qui nous dicteraient nos investigations et nos productions de toutes sortes. Mais c’est certainement méconnaître toute la soif de vérité et de justice qui nous anime. Si ça peut les rassurer, nous n’avons pas peur de nous engager. Le jour où nous estimerons que c’est sur le terrain politique que nous serons plus utiles, il n’y a pas doute, nous nous y engagerons les deux pieds joints.

Au Journal Le Reporter, nous sommes des hommes et des femmes de conviction. Nous avons fait le choix de l’information, car c’est là que nous nous sentons plus utiles à notre société. Ce n’est pas faute de pouvoir faire autre chose. Huit ans après, notre conviction reste intacte.

A tous nos lecteurs, nous voudrions leur renouveler notre engagement, notre serment de servir la vérité de toutes nos forces et en toute indépendance. Nous leur demandons, en toute humilité, d’excuser les imperfections (car nous sommes des humains donc imparfaits). Nous sollicitons encore et toujours leurs accompagnements, leurs soutiens et bénédictions. Nous faisons une fois de plus, la promesse de rester libres et indépendants de tous les bords politiques et leurs réseaux mafieux ou d’affaires.

En cette période cruciale de la vie de la nation, avec cette transition si fragile que certains se plaisent à torpiller, nous voudrions demander à tous les Burkinabè de se mobiliser comme un seul homme pour sortir le pays de cette situation, en oeuvrant à la tenue effective des élections présidentielle et législatives le 11 octobre prochain. Mieux, chacun doit travailler à son niveau individuel et collectif à ne poser aucun acte susceptible de remettre en cause la marche chancelante de l’Etat vers sa pleine et entière réhabilitation. En cette période de turbulences politiques, il n’est pas superflu d’interpeler tous ces politiques qui s’agitent et s’excitent. Nous resterons droits dans nos bottes et dénoncerons toutes les dérives d’où qu’elles viennent, quoique cela nous coûte.

L’aventure continue.

  • 05
  • Aoû

zidLe vendredi 12 juin dernier, le Premier ministre Yacouba Isaac Zida était au Conseil national de transition (CNT) pour sa déclaration de politique générale. 64 pages de texte, deux heures d’horloge de lecture, parfois laborieuse. Passons sous silence, le caractère décousu du discours qui fait un amalgame volontaire entre le bon bilan du régime déchu et les quelques acquis de la Transition. Le Premier ministre, sur certaines questions, notamment de la gouvernance politique et institutionnelle, a fait le bilan des actions entreprises par son gouvernement pour corriger les égarements du régime de Blaise Compaoré. Mais en ce qui concerne le reste, c’est-à-dire l’économie et la gouvernance administrative et locale, le bilan concerne l’année 2014. En réalité, cet exercice d’équilibrisme temporel résulte du fait que le Premier ministre a refusé de se sacrifier à la première obligation constitutionnelle de faire devant le CNT, sa déclaration de politique générale à sa prise de fonction.

Peut-être avait-il peur que le CNT invalide sa nomination conformément à l’article 63 de la Constitution qui stipule que : « Dans les trente jours qui suivent sa nomination, le Premier ministre fait une déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Cette déclaration est suivie de débats et donne lieu à un vote. L’adoption de cette déclaration vaut investiture. Si la déclaration de politique générale ne recueille pas la majorité absolue des membres composant l’Assemblée nationale, le président du Faso met fin aux fonctions du Premier ministre dans un délai de huit jours.»

En sautant donc d’étape, Zida a certainement évité que son parachutage à la tête du gouvernement ne soit remis en cause. Il a donc enfreint à une disposition constitutionnelle, et mieux, s’est dérobé de cette obligation minimale de définir une feuille de route de la Transition qui devait en préciser les priorités, la stratégie et le chronogramme de mise en oeuvre ainsi que les indicateurs qui permettront l’évaluation. Il a préféré naviguer à vue. Et cela a donné lieu à la théâtralisation que l’on a vue le vendredi dernier au CNT. Après avoir violé cette disposition constitutionnelle qui n’est pas contraire à la Charte de la Transition, Zida aurait dû continuer dans sa logique en oubliant cet exercice complètement inutile de discours sur l’état de la nation.

Qu’est-ce que cet exercice apporte concrètement à la gouvernance de la Transition ? Rien ! Mais le plus laborieux aura été, sans conteste, les réponses aux quelques questions des députés de la Transition. Retenons seulement la question relative au Régiment de sécurité présidentielle (RSP). L’on se souviendra que le 13 décembre 2014, seulement 2 semaines après sa nomination au poste de Premier ministre, Yacouba Issac Zida annonçait à la Place de la nation, les poings levés et fermes comme un révolutionnaire, que le RSP sera dissout. Lui-même étant officier issu de ce corps, l’on avait cru qu’il avait la maîtrise des réalités quand il faisait ces déclarations péremptoires. Mais mal lui en a pris. Deux semaines après cette sortie, soit le 30 décembre de la même année, tout lieutenant-colonel et ministre de la Défense qu’il est, ci-devant numéro deux du RSP jusqu’à l’insurrection, il a été convoqué par ses frères d’armes, pour se voir sommé de renoncer à son projet et d’annuler des nominations qui avaient été opérées dans ce régiment. Le 4 février 2015, il a dû se réfugier chez le Moro Naaba pour éviter d’affronter le courroux des soldats du RSP. Depuis, le RSP est devenu une épine dans les rangers du Soldat Zida. Le tout-puissant Premier ministre s’est alors ramolli et se fait de moins en moins tranché dans ses prises de positions. Il est revenu dans les rangs. Mieux, il est devenu l’avocat du RSP. Et il ne s’en cache pas.

A la tribune du CNT, il se dédie publiquement en affirmant clairement qu’il n’était plus question de dissoudre le RSP. Pire, non content de se dédire devant le peuple ou ses représentants, il affirme sans aucune gêne : « Je voudrais préciser devant votre Auguste assemblée que l’armée a besoin du RSP, le pays a besoin du RSP. Nous sommes en train de travailler pour lui donner beaucoup plus d’importance, lui donner une bonne place au sein de la nation. On ne peut dissoudre un régiment de cette façon. Comme le dirait quelqu’un, si vous tuez votre chien parce qu’il n’aboie pas, c’est la chienne du voisin qui va vous mordre. Ça fait 20 ans que je suis au RSP, je connais les capacités de ce régiment, je confirme que nous en avons besoin ». L’on tombe des nues. Tous ceux qui avaient accouru à son secours le 4 février pour le sauver du RSP, n’ont désormais que leurs yeux pour pleurer. Mais de qui se moque Yacouba Zida ? Du peuple ? Des députés du CNT ? Du RSP ? Du Président Michel Kafando ? N’est-ce pas à ce dernier, qui a mis en place une commission pour réfléchir sur l’avenir du RSP et qui a entre ses mains les propositions de réformes, qu’appartient la décision ? Ou alors doit-on croire que la commission a recommandé le maintien en l’état du RSP ?

Finalement, Zida vient d’apporter la preuve qu’avec lui, tout est comme avant. Ça pourra même être pire si ça continue. En quelques mois, il a montré toutes ses limites en tant que chef du gouvernement. Vivement que le calendrier électoral soit respecté afin que le pays se dote d’un gouvernement légitime et responsable. Il faut vite en finir avec ces louvoiements catastrophiques qui tirent le pays vers le bas.

  • 13
  • Juil

ouattaraIl était le plus adulé des leaders politiques ivoiriens par les Burkinabè, qui ne supportaient l’exclusion dont il était victime. Considéré pendant longtemps comme victime de « l’ivoirité », la loi d’exclusion inventée et mise en œuvre par son associé d’aujourd’hui, Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara a usé de tous les moyens et tous ses réseaux et ses soutiens nationaux et internationaux pour parvenir à ses fins : la conquête du pouvoir d’Etat. Après une rébellion armée qui a coupé le pays en deux pendant près de 10 ans (2002 – 2010), une crise post-électorale qui a fait près de 3000 morts, Alassane Ouattara a pu finalement accéder à la magistrature suprême en Côte d’Ivoire. Passons sur sa responsabilité personnelle, ne serait-ce que morale dans ce drame ! Passons également sur le rôle incontestable de ses hommes dans le massacre post-électoral, notamment pendant et après la prise d’Abidjan en mars 2011.

Les conditions dans lesquelles il a accédé au pouvoir, exigeaient qu’il œuvre à réconcilier la société ivoirienne avec elle-même à travers un processus sincère de vérité, justice puis le pardon. Mais, à peine installé qu’Alassane Ouattara a sollicité de la Cour pénale internationale qu’elle ouvre une enquête sur la crise post-électorale. Mais en fait d’enquête, l’on n’a vu jusque-là qu’une justice des vainqueurs. Seuls Laurent Gbagbo, l’ancien président, et son bras droit Blé Goudé, ont été extradés à la Haye. Des dizaines de partisans de l’ancien président, dont son épouse Simone Gbagbo, ont été pendant longtemps déportés à l’intérieur du territoire dans des casernes gardées par d’anciens chefs rebelles dont certains sont mis en cause dans divers rapports de l’ONU comme auteurs de crimes abominables. Mais Ouattara au pouvoir, la justice est à double vitesse : d’une part, une impunité garantie pour tous « ses » anciens rebelles impliqués dans des crimes et de sang et des trafics en tous genres et, d’autre part, une chasse aux sorcières maquillée par une justice dont l’impartialité et l’indépendance sont plus que douteuses.

En ce qui concerne la gestion quotidienne de l’Etat, Alassane Ouattara a inventé le « rattrapage ethnique » qui vise à permettre aux cadres originaires de la région Nord de la Côte d’Ivoire, hier victimes de l’ivoirité, d’être prioritairement promus aux postes de hautes fonctions dans l’administration et dans les institutions publiques. Et ce n’est pas tout ! Sur le plan politique, Ouattara travaille à exclure systématiquement les pro-Gbagbo, allant jusqu’à instrumentaliser la Justice pour récupérer le parti de Gbagbo ou tout au moins, aider des leaders plus conciliants à son égard à le récupérer. Tout est mis en œuvre pour le bannissement politique de certains Ivoiriens qui ont commis le crime de rester fidèles à Gbagbo.

Après donc un long processus d’auto-victimisation, Alassane Ouattara au pouvoir devient maître dans l’exclusion. Mais depuis que celui par qui il est devenu roi (Blaise Compaoré) a été chassé du pouvoir par son peuple, Alassane Ouattara dévoile définitivement son vrai visage. Il se moque de la démocratie et de la morale politique. En effet, après avoir soutenu son ancien mentor dans sa boulimie, il semble en vouloir au peuple burkinabè d’avoir fait capoter leurs plans et ses tentatives de médiation intéressées. Depuis le début de la Transition, il semble afficher un certain mépris pour le processus en cours et est même suspecté d’être du côté de ceux qui tentent de le saboter et de le faire échouer. Comme si cela ne suffisait pas, il a profité du sommet de la CEDEAO où, avec ses semblables du syndicat des chefs d’Etat qui ont été incapables d’imposer le principe de la limitation des mandats présidentiels dans tous les pays membres de la communauté, pour s’ériger en donneur de leçons d’inclusion au Burkina Faso. C’est l’hôpital qui se moque de charité. Quand un maître de l’exclusion exige des autres l’inclusion, c’est à perdre son latin, surtout quand le ton utilisé frise l’injonction. En effet, de retour du sommet et rendant compte de leurs travaux, le Président Ouattara affirme à la presse ivoirienne que : « En ce qui concerne le Burkina Faso, le sommet a demandé la tenue d’élections inclusives, sans discrimination dans les meilleurs délais, c’est-à-dire comme prévu par les Burkinabè eux-mêmes, le 11 octobre 2014. Et nous avons insisté sur le fait que l’exclusion ne sera pas acceptable. Nous considérons que tout ce qui doit être fait doit être conforme à la Constitution du Burkina- Faso. » Voilà un monsieur qui a encouragé Blaise Compaoré à tripatouiller la Constitution du Burkina Faso et qui veut s’ériger en défenseur de la même Constitution, plus que ceux qui ont risqué leur vie pour la défendre.

Au lieu de se mêler de ce qui ne le regarde pas, Ouattara gagnerait à pratiquer l’inclusion dans son pays en rompant avec cette justice des vainqueurs (en faisant poursuivre Guillaume Soro, ses « com’zones » et tous les mercenaires de son camp) et d’autre part, en mettant finn à cette honteuse pratique du rattrapage ethnique dans l’administration. Après, il pourrait être digne de donner des leçons aux autres. Pour le moment, il est très mal placé pour parler d’inclusion. L’élégance et le respect de la dignité du peuple burkinabè commandaient que Ouattara se contente du communiqué final du sommet qui est loin de ses propos belliqueux. Du reste, il peut crier comme il veut, mais il ne changera rien au processus en cours. Le Burkina Faso sera ce que les Burkinabè voudraient qu’il soit, et rien d’autre ! N’en déplaise aux chantres de l’inclusion et de l’irresponsabilité !

  • 02
  • Juil

CSCDécidément, on verra tout dans cette Transition. Le 07 mai 2015, soit seulement 4 jours après la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse, le Conseil supérieur de la communication (CSC) a rendu publique une décision portant suspension des émissions d’expression directe sur les médias audiovisuels (radio et télé) sur toute l’étendue du territoire national pour une période de 3 mois. Le collège des conseillers prend prétexte de dérapages commis par des radios identifiées et connues d’eux pour justifier une telle punition collective digne des périodes d’Etat d’exception. Cette décision appelle, d’emblée, deux observations majeures. Premièrement, le CSC a manqué de courage d’assumer pleinement ses responsabilités en sanctionnant les organes de presse fautifs comme le lui permet la loi. Il a plutôt préféré le confort de mettre tout le monde dans le même sac. Deuxièmement, c’est une offense à l’ensemble des médias, notamment audio-visuels qui font des efforts pour conduire ces émissions interactives dans le strict respect de l’éthique et de la déontologie. Le CSC décourage donc leurs efforts tout en encourageant et déresponsabilisant les organes de presse fautifs.

Si une radio ou une télé ou encore un journaliste a fauté, le CSC doit sanctionner individuellement les organes fautifs. Mais une mesure générale de cette nature et de cette ampleur s’apparente à une atteinte grave à la liberté de presse et d’expression garantie par la Constitution. Naturellement, la réaction des organisations professionnelles des médias ne s’est pas fait attendre. Dans une déclaration commune rendue publique le 12 mai dernier, elles ont unanimement et fermement condamné cette mesure liberticide qu’elles rejettent avec force. Elles ont donc exigé du collège des conseillers qu’il revienne sur cette décision inique prise en violation de la Constitution en son article 8 qui stipule que « les libertés d’opinion, de presse et le droit à l’information sont garantis.

Finalement, des concertations sont engagées entre les deux parties en vue de parvenir à une entente pour résoudre la question de la qualité technique et éthique des émissions interactives. Ce dialogue aurait pu s’engager avant la prise de la mesure. Ce qui aurait eu le mérite de créer les conditions d’une saine mobilisation des professionnels des médias autour de leurs responsabilités sociales. Mais le CSC, mu par on ne sait quel intérêt, a décidé de sanctionner avant de discuter. Il semblerait que c’est pour l’exemple. Cependant, l’on ne peut empêcher les observateurs de s’interroger sur les visées réelles de cette mesure inattendue et bien curieuse. D’aucuns ont commencé à faire un lien entre cette décision et une prétendue volonté des autorités de la Transition de repousser les échéances. Mais l’on peut constater que la plupart des conseillers sont loin d’être des amis de la Transition. Bien au contraire, presque tous ont plus une proximité avec le pouvoir déchu qui les a propulsés là où ils sont. En tous les cas, quelles que soient les motivations du collège des conseillers, leur décision est inconcevable et inacceptable dans un Etat de droit qui garantit la liberté d’expression et de presse comme faisant partie des piliers essentiels du vivre ensemble. Elle marque, comme le soutiennent les organisations professionnelles des médias, « un recul démocratique par la restriction de la participation de la population à la gestion des affaires publiques ». Dans le contexte actuel post-insurrection où les citoyens sont de plus en plus prompts à exprimer leur opinion sur la conduite des affaires publiques et à dénoncer les inconduites des uns et des autres, il faudrait plutôt créer les conditions d’un meilleur encadrement de l’exercice de liberté d’expression et non de se lancer dans une tentative de les bâillonner.

Le CSC semble donc en retard d’un combat. Il gagnerait à mobiliser tous les acteurs pour l’accompagner dans la régulation des médias et leur production. La régulation ne suffit pas droit de fouetter dans le tas et sans discernement. Cette situation créée par le CSC relance le débat sur sa refonte en vue de repenser sa composition et le mode de désignation de ses membres. Si l’utilité de cet organe de régulation des médias n’est plus à démontrer, il faut œuvrer à en faire un organisme indépendant dont les membres ne tirent pas leur légitimité des officines politiques ou du bon vouloir des gouvernants. Il faut surtout rompre avec cette image d’instrument politique de répression des médias indépendants que traîne l’institution depuis sa création. Cette décision du collège des conseillers n’est pas pour changer les choses. Bien au contraire.

Il faut espérer que des travaux de la Commission de réconciliation nationale et des réformes (CRNR), émergeront des propositions conformes aux exigences de l’éthique de la régulation. Dans le contexte actuel où la presse privée occupe une place indiscutable sur l’échiquier médiatique, il apparaît aberrant que la régulation reste encore l’affaire des fonctionnaires de l’information, pire, les journalistes politiciens et autres envoyés des politiques. Il faut veiller à ce que seuls des acteurs jouissant d’une réputation professionnelle (dans leurs domaines) accèdent au collège des conseillers. Cela crédibilisera davantage l’institution aux yeux des professionnels, mais aussi de l’opinion publique et rendra ses décisions moins suspectes. En attendant, il faut vite lever cette décision du 7 mai dans de plus brefs délais !

  • 23
  • Jui

Le règne des Gnassingbé continue

FaureEt de trois pour Faure Gnassingbé, le fils d’Eyadema, l’homme qui a régné d’une main de fer et à vie sur le Togo. Après un processus électoral laborieux, boycotté par une partie de l’opposition, le président sortant a été proclamé vainqueur de la présidentielle du samedi 25 avril dernier par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Selon des résultats provisoires, il a obtenu 58,75% des voix, contre 34 % pour son poursuivant immédiat et principal concurrent, l’opposant Jean-Pierre Fabre. Cette proclamation des résultats est intervenue après trois jours de blocage et une montée inquiétante des tensions qui a suscité une mission d’urgence de deux chefs d’Etat de la CEDEAO, le Ghanéen John Dramani, président en exercice de l’institution régionale, et l’Ivoirien Alassane Ouattara.

Ces résultats devraient encore être confirmés par la Cour constitutionnelle. Mais en attendant, l’opposition, à travers son chef de file Jean-Pierre Fabre, les rejette et dénonce un coup de force électoral. Celui-ci affirme même avoir gagné les élections. Il disposerait de procès-verbaux de dépouillement dans les bureaux de vote qui confirment sa victoire. Au cours d’une conférence de presse tenue le mercredi 29 avril dernier, il a pratiquement appelé à la résistance face à ce « coup de force qui ne passera pas ». Pour lui, le peuple togolais a pris ses responsabilités en portant son choix sur sa personne. Il appelle donc ce peuple à défendre son choix. Sans nul doute que lui et ses partisans tenteront de se faire entendre dans les jours à venir. Toute chose qui risque de mettre à mal le fragile équilibre politique de ce pays qui cherche ses marques depuis de longues décennies déjà. Dans un pays où les élections sont généralement sources de violences meurtrières, la nouvelle situation engendrée par cette élection risque de précipiter le Togo dans de lendemains incertains.

Pourtant le vote s’est déroulé dans un climat apaisé à la satisfaction des observateurs et des acteurs politiques. En revanche, entre l’étape du dépouillement et l’annonce des résultats provisoires, il s’est passé trois jours de tension avec des résultats qui tombaient au compte-gouttes. Mais les choses se sont accélérées le mardi 28 avril avec une proclamation rocambolesque à l’ivoirienne des résultats par le président de la CENI à l’insu de ses vice-présidents comme s’il avait des choses à cacher. Cette façon cavalière et solitaire de fonctionner a entraîné des contestations et des divisions au sein de la Commission électorale. D’autant plus que l’analyse des résultats laisse entrevoir trois facteurs de risque pour la stabilité politique et institutionnelle. Le premier est que la carte politique togolaise reste encore dominée par des positions régionalistes et ethnicisâtes, avec l’opposition plus dominante au Sud, notamment dans la capitale Lomé incarnée, et une majorité au Nord à la cause des Gnassingbé depuis le défunt père de Faure. Le deuxième est que Faure a été élu par 1,2 millions de citoyens dans un pays qui en compte plus de 7 millions, avec une forte abstention, surtout au Sud. Le troisième facteur concerne la patrimonialisation du pouvoir avec l’instauration d’une famille régnante depuis près d’un demi-siècle.

Au pouvoir depuis 2005, après des élections sanglantes qui avaient fait des centaines de morts, Faure Gnassingbé avait réussi une réélection plus tranquille en 2010. Mais ce troisième mandat risque d’être le mandat de trop. Il confirme les réticences de certains opposants qui avaient décidé de boycotter le scrutin. Ils avaient posé comme préalable à leur participation, des réformes constitutionnelles pour, entre autres, limiter le nombre des mandats présidentiels et instaurer des élections à double tour. Mais finalement, ils n’ont pas obtenu gain de cause. Le rejet du processus électoral par une bonne partie des populations, notamment la jeunesse, relance la nécessité pour ce pays de réformes profondes pour sortir de l’archaïsme démocratique. Cette parodie de démocratie qui se joue sous les yeux de la communauté internationale, les organismes régionaux (CEDEAO, UEMOA, Union africaine) est lourde de menace pour la paix dans ce pays. Il ne faudra pas attendre que le pays brûle un jour avant de courir comme d’habitude en pompiers. Le peuple togolais a besoin du soutien de l’Afrique et de la communauté internationale pour construire un processus démocratique digne de ce nom.

L’organisation régulière des élections ne suffit pas pour construire la démocratie. S’y complaire, c’est accompagner le pays progressivement vers des révoltes violentes et dommageables pour la paix et la stabilité.

  • 07
  • Mai

Les états-majors politiques s’enragent dangereusement !

electIl se passe des choses extrêmement graves dans cette transition, tant dans le discours des politiques que dans le comportement de certains acteurs qui, pour on ne sait quelle raison, tentent de provoquer inutilement des tensions. Chaque jour qui passe interpelle les consciences citoyennes sur les menaces qui pèsent sur la fragile stabilité politique et institutionnelle. Après avoir suscité la sympathie du monde entier avec cette insurrection opérée dans une relative stabilité politique et institutionnelle, le Burkina Faso risque de tomber dans les dérives violentes du fait de certaines officines de la terreur et de la calomnie. Des individus, consciemment ou non tentent de se faire peur en menaçant les autres qu’ils accusent d’être des apatrides on non suffisamment intègres à leurs yeux et contre qui, ils décident de la déchéance de leurs droits élémentaires de l’homme, même à celui d’un procès juste et équitable.

  • 28
  • Avr

camjbLa Constitution du Burkina Faso, en son article 12 stipule que « tous les Burkinabè, sans distinction aucune, ont le droit de participer à la gestion des affaires de l’Etat et de la société… ». L’alinéa 2 de cet article précise qu’ils sont « à ce titre, électeurs et éligibles dans les conditions prévues par la loi ». C’est donc clair comme l’eau de roche. Comme leurs compatriotes de l’intérieur, les Burkinabè de la diaspora ont le droit de voter et même d’être candidats aux différents scrutins. Maintes fois réclamé et toujours renvoyé ultérieurement depuis près de deux décennies maintenant, c’est finalement en 2009 que le vote de la diaspora burkinabè a été reconnu et codifié à travers l’adoption de la Loi N°19-2009/AN du 07 mai 2009 portant révision du Code électoral. L’article 265 précise que les dispositions relatives au vote des Burkinabè résidant à l’étranger n’entreront en vigueur que pour les scrutins à compter de 2015. Mais pratiquement rien n’a été entrepris en dehors de quelques missions de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) dans certains pays où des démembrements ont été mis en place. En Côte d’Ivoire, le gouvernement a passé un marché avec une société d’un des protégés de Guillaume Soro, Adama Bictogo, pour la délivrance de la carte consulaire biométrique, à l’insu de la CENI.

Dans la foulée et dans l’euphorie, la Charte de la Transition a entériné la décision du vote des Burkinabè de l’étranger en 2015. Mais à l’épreuve de la réalité du terrain et après avis technique de la CENI, le gouvernement de la Transition, constatant l’impossibilité d’organiser des élections libres et transparentes au niveau national et avec la participation de la diaspora, a décidé de surseoir au vote des compatriotes de l’étranger. Depuis, les partis politiques de l’ex-majorité crient hypocritement au scandale. Certaines personnalités comme le Pr Albert Ouédraogo, n’ont pas hésité à appeler publiquement les compatriotes de la diaspora à marcher sur les ambassades et consulats pour exiger le respect de leur droit. Mieux, il a même dénoncé une certaine « xénophobie » des Burkinabè de l’intérieur vis-à-vis de leurs frères de la diaspora.

Curieusement, c’est en Côte d’Ivoire que des voix continuent de s’élever pour exiger du gouvernement de la Transition qu’il revienne sur sa décision. Le Collectif des associations et mouvements de jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire (CAMJBCI) propose même de reporter les élections et de prolonger la transition jusqu’à ce que la CENI soit prête à organiser le vote des Burkinabè de l’étranger. C’est une revendication légitime, en ce sens qu’il s’agit d’un droit constitutionnel inaliénable. Cependant, compte tenu de la situation de transition dans laquelle vit le pays, toutes ses filles et tous ses fils devraient œuvrer à un retour rapide de la normalité constitutionnelle.

Malheureusement, le CAMJBCI s’est engagé dans une dynamique maximaliste allant jusqu’à menacer de fermer la représentation diplomatique du Burkina en Côte d’Ivoire et de nommer leurs propres diplomates, si le gouvernement ne revenait pas sur sa décision. Pour se faire comprendre et rassurer les compatriotes, le gouvernement a dépêché une mission dans certains pays. Si l’on peut polémiquer sur l’utilité d’une telle mission, l’on ne peut s’empêcher de dénoncer avec la plus grande énergie les incidents causés par des jeunes du CAMJBCI. Ces derniers ont laissé éclater leur colère vis-à-vis de la décision gouvernementale et empêché la tenue de la rencontre avec la communauté vivant à Abidjan. Ce hooliganisme répréhensible traduit, si besoin était, toute la déception de certaines officines de la fraude de voir leur plan tomber à l’eau. Tout porte à croire, après les incidents d’Abidjan, que derrière ces jeunes semblent se cacher des mains invisibles qui veulent à tout prix perturber la Transition. Mais que ce soit clair. Ce qui s’est passé à Abidjan, le 9 mars dernier, n’est nullement représentatif de la position des Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire. C’est sans doute l’œuvre de quelques éléments incontrôlés ou manipulés qui s’excitent mais qui ne pourront en rien impacter sur la décision gouvernementale. Heureusement que certains compatriotes de l’extérieur et même de Côte d’Ivoire, ont dénoncé ces agissements et ces dérives violentes qui n’honorent ni leurs auteurs, ni le Burkina Faso. Que ce soit donc clair pour le CAMJBCI et ces jeunes incontrôlés : s’ils sont si patriotes, qu’ils organisent une caravane pour venir s’enrôler et revenir voter. Ce sera le signe qu’ils sont attachés à leurs droits de vote. S’ils ne peuvent pas contribuer à redresser le Burkina Faso, qu’ils aient au moins la décence de ne pas traîner son nom dans la boue. Vivement que la majorité des Burkinabè de Côte d’Ivoire se démarquent de ces comportements de brigands pour apporter leur pierre à l’édification du Burkina nouveau. Toutefois, il convient d’ores et déjà d’interpeller les politiques et la CENI sur la nécessité de tout mettre en œuvre dès maintenant pour que le vote des Burkinabè de l’extérieur soit effectif en 2020.

Boureima OUEDRAOGO    

"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite