• 15
  • Oct

urnesC’est désormais clair ! Le Conseil constitutionnel a tranché ou tranchera. Toutes les supputations sur la validité on non du Code électoral ainsi que sur l’éligibilité ou non de certains dignitaires, relèvent désormais du passé. Le Conseil constitutionnel a dit le droit ! Dure est la loi mais c’est cela la loi. La liste finale des candidatures qui interviendra sans doute dans les jours à venir après les recours certains contre les candidatures de Djibrill Bassolé, Yacouba Ouédraogo (tous deux officiers de l’armée et membres du dernier gouvernement de Blaise Compaoré) et probablement Ram Ouédraogo et Salvador Yaméogo (anciens responsables du Front républicain qui a soutenu la modification de l’article 37). Le CDP et les autres partis vont devoir remplacer les candidats recalés aux législatives. Et les listes définitives de candidatures à la présidentielle et aux législatives couplées du 11 octobre seront donc connues des électeurs. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) est aussi prête. Toutes les conditions semblent donc réunies pour les premières élections ouvertes de la IVe République. L’esprit de l’insurrection sera théoriquement respecté.

  • 08
  • Oct

blaiseLe 23 juillet 2015, 9 députés représentant l’ex-majorité ont saisi le Conseil constitutionnel d’une requête aux fins d’annulation de la mise en accusation de Blaise Compaoré et des membres de son dernier gouvernement par le Conseil national de la Transition (CNT) ainsi que des dispositions de la loi organique portant composition et fonctionnement de la Haute Cour de justice et de la procédure applicable devant elle. Ces 9 députés ont demandé au Conseil constitutionnel de déclarer «inconstitutionnelles» les résolutions de mise en accusation. Cette démarche de l’ex-majorité est, disons-le, régulière et légale conformément aux articles 152 et 157 de la Constitution aux termes desquels un «dixième (1/10) au moins des membres de l’Assemblée nationale» peut saisir le Conseil constitutionnel ». Cependant, ce recours de l’ex-majorité est interpellateur à plus d’un titre.

D’abord, il pose un problème éthique et moral. La mise en accusation porte sur la responsabilité individuelle des mis en cause. Il s’agit des faits qui leur sont reprochés à titre personnel, notamment pour haute trahison, attentat à la Constitution, assassinats et complicité d’assassinat, détournements de deniers publics pour certains, etc. En clair, ce sont les individus et non les partis politiques ou les regroupements de partis qui sont concernés. Pourquoi faut-il donc que les partis politiques ou leurs représentants au CNT décident de ramener cette bataille judiciaire sur le terrain politique ? Blaise Compaoré et ses anciens ministres ne peuvent-ils pas se donner les moyens de plaider leurs causes devant la Haute Cour de justice ? Au fonds, cette affaire de recours ressemble bien à une tentative désespérée des soutiens de Blaise Compaoré et des membres de son gouvernement de se soustraire de la justice. D’autant plus que les questions de procédures peuvent être prises en compte dans la défense des mis en cause. Nul ne pouvant être condamné suite à des procédures irrégulières, même devant la Haute Cour de justice, l’on ne comprend pas pourquoi des députés de l’ex-majorité décident de jouer les avocats du diable. Heureusement, le Conseil constitutionnel s’est déclaré incompétent pour apprécier la constitutionnalité de résolution et des votes de l’Assemblée. Blaise Compaoré et ses soutiens vont devoir répondre de leurs actes devant la Haute Cour de justice.

Ensuite, une autre curiosité du recours qui frise la mauvaise foi comme l’a si bien écrit un citoyen (Ludovic LANKOANDE) dans le quotidien Le Pays, c’est cet argument selon lequel « Blaise Compaoré et les membres de son gouvernement ne peuvent être mis en accusation que par le vote d’une Assemblée nationale élue au suffrage universel par l’ensemble du peuple burkinabè et non par des représentants des Organisations de la société civile (OSC), de l’Armée, des insurgés eux-mêmes et des autres formations politiques ». La question que l’on est en droit de se poser est de savoir : d’où eux tiennent-ils leur légitimité pour saisir le Conseil constitutionnel ? La réponse ne souffre d’aucune ambigüité. Sans leur présence au CNT et leur statut de députés désignés et non élus au suffrage universel, ils n’ont aucune qualité pour saisir le Conseil constitutionnel. En clair, voici des messieurs qui utilisent une position dans une institution qui leur donne des droits dont ils usent et abusent, tout en contestant à ladite institution l’exercice de ses attributions. Quelle logique extraordinaire ! Mais il y a bien d’autres aberrations dans les arguments de ces députés pas comme les autres.

Bref, l’on peut comprendre la gêne, pour ne pas dire le désarroi de l’ex-majorité face à la mise en branle de la justice qui pourrait rattraper chacun de ceux qui ont des choses à se reprocher dans les 27 ans de règne des Compaoré. Tout ce qui peut leur permettre de jouer les victimes d’une justice des vainqueurs est bon à prendre. Mais à ce jeu de recours intempestifs contre toutes les décisions et textes de loi qui ne les arrangent pas, ils vont finir par convaincre tout le monde, même ceux qui doutaient encore, qu’ils veulent à tout prix se soustraire de la justice.

Mais qu’à cela ne tienne ! Plus rien ne s’oppose aux poursuites contre Blaise Compaoré et certains de ses anciens collaborateurs devant la Haute Cour de justice. Il faut se féliciter que cette Haute Cour, de par son Procureur général, affirme déterminée à aller jusqu’au bout des procédures engagées. Si ça peut rassurer les derniers soutiens de Blaise Compaoré et ses ministres, tous ceux qui sont mis en accusation restent innocents jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie. S’ils n’ont rien à se reprocher, ils pourraient le démontrer aisément lors des procès s’ils ont lieu. Ce n’est que le début des procédures. Vivement qu’elles aboutissent le plus rapidement possible à des procès équitables et exemplaires à tout point de vue.

Boureima OUEDRAOGO

  • 01
  • Oct

consEntre fin juin et mi-juillet 2015, la Transition a été sérieusement secouée par des revendications politiques d’éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) qui exigeaient le débarquement du Premier ministre Yacouba Isaac Zida et des autres ministres militaires du gouvernement. A l’arrivée, ils ont eu la tête du ministre Denise Barry de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité. Dans la foulée, le ministère a été scindé en deux départements : ministère de l’Administration territoriale et celui de la Sécurité. Le Président Kafando lui-même s’attribue le portefeuille de la Sécurité tout comme celui de la Défense qui a été délesté au Premier ministre Zida. Le RSP et le reste de l’armée peuvent se réjouir. Ils ont réussi à déconnecter le Premier ministre Isaac Zida de la gestion de l’armée. Mieux, ils ont eu la tête de celui qui était présenté comme l’éminence grise de l’entourage de Zida. Peu importe si cela l’a été au détriment de l’efficacité. En effet, le Président Kafando a dû, dans un premier temps, cumuler deux portefeuilles trop stratégiques avec ses fonctions de président du Faso. Rapidement, il s’est déchargé des Affaires étrangères qu’il gérait avec un ministre délégué depuis le début de la Transition.

Dans ce réajustement technique, l’on a assisté à un départ et deux arrivées, le département de l’Administration territoriale et de la Décentralisation étant désormais dirigé par Youssouf Ouattara, un ministre délégué en charge de la sécurité a été nommé en la personne du Colonel Sidi Paré. Du coup, le nombre de ministres dépasse désormais celui prévu par la Charte. Pourquoi a-t-il fallu scinder ce département et débarquer son titulaire. Ne suffisait-il pas de remplacer Barry par l’un des nouveaux venus ? Ou alors, celui-ci a-t-il refusé de rester dans un ministère amputé du volet qu’il connaît le mieux, à savoir la sécurité ?

Bref, il semblerait que ce réajustement du gouvernement a permis de ramener la sérénité et que les militaires, notamment du RSP, se seraient engagés à ne plus perturber la Transition. La crise serait donc terminée. C’est ce qu’affirment les autorités de la Transition, notamment le président du Faso. Mais personne n’a jusque-là dit au peuple le fond du problème. Or, c’est avec un air très grave que le Président Kafando s’était présenté à ses concitoyens le 10 juillet dernier, pour les informer de la grave menace contre la Transition et leur annoncer qu’il a mis en place un cadre de concertation des sages qui devrait lui faire des propositions en vue de prendre des décisions. Les sages lui auraient effectivement conseillé de déconnecter Zida de la Défense tout comme Barry de la Sécurité. Moins d’une semaine plus tard, le président revient à la charge, déclarant avoir trouvé une issue à cette bien curieuse crise. Une fois de plus, il n’a pas dit de quoi il s’agit.

Tant mieux si la crise est derrière nous. Mais quelle garantie les protagonistes ont-ils donnée au président du Faso ? Qu’est-ce qui s’est réellement passé pour que des officiers de l’armée défient toute la République ? Y-a-t-il eu complot contre le PM ou non ? Quelles sont ces informations compromettantes que les éléments du RSP prétendent avoir contre Zida ? Qui sont les individus dont les intérêts égoïstes sont si importants au point de prendre toute la République en otage ? Bref, il y a autant de questionnements que suscite cette crise dont on cache les tenants et les aboutissants au peuple. Ce qui est certain, et les discours du président du Faso l’attestent éloquemment, cette crise n’a rien à voir avec l’intérêt général. Ce sont les humeurs, les peurs et les intérêts individuels de quelques officiers qui ont failli mettre la Transition en péril. Peut-être que l’objectif était justement de prendre prétexte de certaines revendications pour faire échouer la Transition. C’est peut-être pour cela que personne n’ose avouer les vraies raisons de cette crise. Car ce qui est avancé, notamment que le PM voulait discréditer le RSP au sein de l’opinion ou qu’il s’est taillé une loi à sa mesure pour pouvoir passer de Lieutenant-Colonel à Général, est tellement ridicule que l’on ne peut pas y croire. Toute la campagne d’intoxication et de désinformation lancée contre le PM et son ex-bras droit Denise Barry montre à souhait qu’il y avait une tentative de déstabilisation savamment montée avec des réseaux constitués à cet effet. Tout a été fait pour créer des blocages institutionnels : la démission des représentants des forces de défense et de sécurité (FDS) du gouvernement et du Conseil national de la Transition. Bref, c’était l’effondrement de la Transition. Fort heureusement, cette entreprise a échoué. Les vrais comploteurs ont échoué. Sauront-ils en tirer toutes les leçons et se résoudre à assumer leur responsabilité par rapport à leur passé ? Ont-ils trouvé un compromis avec le Président Kafando pour qu’il mette le pied sur certains dossiers sales qui hantent désormais leur sommeil ? C’est possible, mais pour combien de temps ? Il n’y a pas d’issue. Chacun va devoir répondre de ses actes. Et mieux vaut le faire courageusement et dans la dignité. Aucune intrigue, aucune compromission ne pourra leur tirer définitivement d’affaire. Il va falloir assumer. Tôt ou tard. Mais enfin, à quelque chose malheur est bon. Le Président Kafando a pris tous les pouvoirs de chef d’Etat. Il faudra maintenant l’exercer pleinement.

  • 23
  • Aoû

eddieChasser le naturel, il revient au Galop ! Ils avaient inventé le concept de remplir les stades recto verso ! Ce fut effectivement des moments de grande mobilisation à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso où ils avaient effectivement fait stades combles. Mais ça n’a pas empêché le peuple insurgé de les balayer en deux jours. Ils ont rasé les murs pendant quelques mois et sont progressivement ressortis du bois. Ils se sont réorganisés et retrouvent progressivement du tonus. Malheureusement, ils reprennent la même stratégie : la mobilisation des citoyens contre espèces sonnantes et trébuchantes. Mieux encore, ils restent dans les alliances contreproductives. Ils, ce sont les nouveaux patrons du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) avec à leur tête le nouveau président et candidat pour la présidentielle d’octobre, Eddie Komboïgo. Lui au moins, c’est une nouvelle tête (même si elle est si nouvelle que ça), un nouveau style, un nouveau discours, parfois enfantin, mais essentiellement axé sur l’apaisement, la réconciliation.

  • 14
  • Aoû

logo 2Sommes-nous nés tard dans un monde où tout a été déjà dit et inventé ? A ce qu’on dit, il n’y a plus de place sur l’échiquier médiatique burkinabè pour de nouveaux venus. D’aucuns ont tenté de nous décourager de nous lancer dans cette aventure. Car, de leur point de vue, sans moyens financiers colossaux ni de soutiens politiques puissants, c’est un saut périlleux dans une arène infernale. Après de longs mois de réflexion, nous avons choisi de surpasser nos craintes de l’échec et de franchir le pas pour prendre le risque de nous soumettre au jugement de l’histoire sur le bien-fondé ou non de notre engagement.

Après tout, il n’y a pas que sur le plan médiatique que « la vie est dure au Faso ». Pour autant, des initiatives se développent par des acteurs dans des domaines et secteurs divers avec des fortunes diverses. Il n’y a que ceux qui n’entreprennent rien qui ne connaissent pas l’échec ». C’étaient les premiers mots que nous avions couchés dans votre Journal qui venait de naître, il y a 8 ans. Oui, votre Journal a huit ans aujourd’hui. Huit ans après, nous avons la certitude que nous ne nous sommes pas trompés ; mieux, qu’il y a encore de l’espace et de la place à prendre sur l’échiquier médiatique burkinabè.

Notre ambition était d’offrir un nouvel espace et un nouveau support d’informations aux Burkinabè. Notre conviction était que notre pays était à un tournant décisif de son histoire. Et dans ce tournant, l’information plurielle, juste et indépendante était plus qu’un impératif pour contribuer à forger des postures citoyennes par rapport au bien public.

Notre rêve était de participer à l’avènement d’une société plus démocratique, plus juste et surtout plus respectueuse des valeurs, principes et règles du vivre ensemble dans l’équité et la solidarité. C’était sans doute un saut dans l’inconnue mais ce saut a été, pensons-nous, très salvateur, au regard non seulement du positionnement du Journal sur l’échiquier médiatique, mais surtout sur sa contribution à la lutte contre la mal gouvernance et l’impunité des crimes économiques et de sang.

En 8 petites années, nous pensons avoir été de tous les combats justes et loyaux à notre serment. Ce serment est consigné dans l’éditorial du N°001 de juillet 2007 en page 2. Nous avons décidé d’en reprendre un extrait dans chacune de nos éditions en vue de toujours rassurer nos lecteurs et tous ceux qui nous font confiance que rien, ni personne ne pourra nous dévier du sens de notre engagement.

Ce huitième anniversaire de votre Journal intervient dans un contexte post-insurrectionnel avec une transition politique des plus précaires et fragiles. Il intervient surtout après la chute de Blaise Compaoré. Edition après édition, nous n’avions eu de cesse d’interpeller le pouvoir Compaoré sur le fait qu’il avait emprunté une trajectoire suicidaire. Nous avons plusieurs fois révélé des cas concrets de dérives mafieuses du système Compaoré. Certains nous ont accusés de tous les péchés d’Israël. Pour ne pas tenir compte de nos interpellations, on nous a collé des étiquettes politiques. Certains petits esprits, incapables de réfléchir par eux-mêmes, de prendre des initiatives ou de refuser les compromissions continuent de nous associer à des officines politiques qui nous dicteraient nos investigations et nos productions de toutes sortes. Mais c’est certainement méconnaître toute la soif de vérité et de justice qui nous anime. Si ça peut les rassurer, nous n’avons pas peur de nous engager. Le jour où nous estimerons que c’est sur le terrain politique que nous serons plus utiles, il n’y a pas doute, nous nous y engagerons les deux pieds joints.

Au Journal Le Reporter, nous sommes des hommes et des femmes de conviction. Nous avons fait le choix de l’information, car c’est là que nous nous sentons plus utiles à notre société. Ce n’est pas faute de pouvoir faire autre chose. Huit ans après, notre conviction reste intacte.

A tous nos lecteurs, nous voudrions leur renouveler notre engagement, notre serment de servir la vérité de toutes nos forces et en toute indépendance. Nous leur demandons, en toute humilité, d’excuser les imperfections (car nous sommes des humains donc imparfaits). Nous sollicitons encore et toujours leurs accompagnements, leurs soutiens et bénédictions. Nous faisons une fois de plus, la promesse de rester libres et indépendants de tous les bords politiques et leurs réseaux mafieux ou d’affaires.

En cette période cruciale de la vie de la nation, avec cette transition si fragile que certains se plaisent à torpiller, nous voudrions demander à tous les Burkinabè de se mobiliser comme un seul homme pour sortir le pays de cette situation, en oeuvrant à la tenue effective des élections présidentielle et législatives le 11 octobre prochain. Mieux, chacun doit travailler à son niveau individuel et collectif à ne poser aucun acte susceptible de remettre en cause la marche chancelante de l’Etat vers sa pleine et entière réhabilitation. En cette période de turbulences politiques, il n’est pas superflu d’interpeler tous ces politiques qui s’agitent et s’excitent. Nous resterons droits dans nos bottes et dénoncerons toutes les dérives d’où qu’elles viennent, quoique cela nous coûte.

L’aventure continue.

  • 05
  • Aoû

zidLe vendredi 12 juin dernier, le Premier ministre Yacouba Isaac Zida était au Conseil national de transition (CNT) pour sa déclaration de politique générale. 64 pages de texte, deux heures d’horloge de lecture, parfois laborieuse. Passons sous silence, le caractère décousu du discours qui fait un amalgame volontaire entre le bon bilan du régime déchu et les quelques acquis de la Transition. Le Premier ministre, sur certaines questions, notamment de la gouvernance politique et institutionnelle, a fait le bilan des actions entreprises par son gouvernement pour corriger les égarements du régime de Blaise Compaoré. Mais en ce qui concerne le reste, c’est-à-dire l’économie et la gouvernance administrative et locale, le bilan concerne l’année 2014. En réalité, cet exercice d’équilibrisme temporel résulte du fait que le Premier ministre a refusé de se sacrifier à la première obligation constitutionnelle de faire devant le CNT, sa déclaration de politique générale à sa prise de fonction.

Peut-être avait-il peur que le CNT invalide sa nomination conformément à l’article 63 de la Constitution qui stipule que : « Dans les trente jours qui suivent sa nomination, le Premier ministre fait une déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Cette déclaration est suivie de débats et donne lieu à un vote. L’adoption de cette déclaration vaut investiture. Si la déclaration de politique générale ne recueille pas la majorité absolue des membres composant l’Assemblée nationale, le président du Faso met fin aux fonctions du Premier ministre dans un délai de huit jours.»

En sautant donc d’étape, Zida a certainement évité que son parachutage à la tête du gouvernement ne soit remis en cause. Il a donc enfreint à une disposition constitutionnelle, et mieux, s’est dérobé de cette obligation minimale de définir une feuille de route de la Transition qui devait en préciser les priorités, la stratégie et le chronogramme de mise en oeuvre ainsi que les indicateurs qui permettront l’évaluation. Il a préféré naviguer à vue. Et cela a donné lieu à la théâtralisation que l’on a vue le vendredi dernier au CNT. Après avoir violé cette disposition constitutionnelle qui n’est pas contraire à la Charte de la Transition, Zida aurait dû continuer dans sa logique en oubliant cet exercice complètement inutile de discours sur l’état de la nation.

Qu’est-ce que cet exercice apporte concrètement à la gouvernance de la Transition ? Rien ! Mais le plus laborieux aura été, sans conteste, les réponses aux quelques questions des députés de la Transition. Retenons seulement la question relative au Régiment de sécurité présidentielle (RSP). L’on se souviendra que le 13 décembre 2014, seulement 2 semaines après sa nomination au poste de Premier ministre, Yacouba Issac Zida annonçait à la Place de la nation, les poings levés et fermes comme un révolutionnaire, que le RSP sera dissout. Lui-même étant officier issu de ce corps, l’on avait cru qu’il avait la maîtrise des réalités quand il faisait ces déclarations péremptoires. Mais mal lui en a pris. Deux semaines après cette sortie, soit le 30 décembre de la même année, tout lieutenant-colonel et ministre de la Défense qu’il est, ci-devant numéro deux du RSP jusqu’à l’insurrection, il a été convoqué par ses frères d’armes, pour se voir sommé de renoncer à son projet et d’annuler des nominations qui avaient été opérées dans ce régiment. Le 4 février 2015, il a dû se réfugier chez le Moro Naaba pour éviter d’affronter le courroux des soldats du RSP. Depuis, le RSP est devenu une épine dans les rangers du Soldat Zida. Le tout-puissant Premier ministre s’est alors ramolli et se fait de moins en moins tranché dans ses prises de positions. Il est revenu dans les rangs. Mieux, il est devenu l’avocat du RSP. Et il ne s’en cache pas.

A la tribune du CNT, il se dédie publiquement en affirmant clairement qu’il n’était plus question de dissoudre le RSP. Pire, non content de se dédire devant le peuple ou ses représentants, il affirme sans aucune gêne : « Je voudrais préciser devant votre Auguste assemblée que l’armée a besoin du RSP, le pays a besoin du RSP. Nous sommes en train de travailler pour lui donner beaucoup plus d’importance, lui donner une bonne place au sein de la nation. On ne peut dissoudre un régiment de cette façon. Comme le dirait quelqu’un, si vous tuez votre chien parce qu’il n’aboie pas, c’est la chienne du voisin qui va vous mordre. Ça fait 20 ans que je suis au RSP, je connais les capacités de ce régiment, je confirme que nous en avons besoin ». L’on tombe des nues. Tous ceux qui avaient accouru à son secours le 4 février pour le sauver du RSP, n’ont désormais que leurs yeux pour pleurer. Mais de qui se moque Yacouba Zida ? Du peuple ? Des députés du CNT ? Du RSP ? Du Président Michel Kafando ? N’est-ce pas à ce dernier, qui a mis en place une commission pour réfléchir sur l’avenir du RSP et qui a entre ses mains les propositions de réformes, qu’appartient la décision ? Ou alors doit-on croire que la commission a recommandé le maintien en l’état du RSP ?

Finalement, Zida vient d’apporter la preuve qu’avec lui, tout est comme avant. Ça pourra même être pire si ça continue. En quelques mois, il a montré toutes ses limites en tant que chef du gouvernement. Vivement que le calendrier électoral soit respecté afin que le pays se dote d’un gouvernement légitime et responsable. Il faut vite en finir avec ces louvoiements catastrophiques qui tirent le pays vers le bas.

  • 13
  • Juil

ouattaraIl était le plus adulé des leaders politiques ivoiriens par les Burkinabè, qui ne supportaient l’exclusion dont il était victime. Considéré pendant longtemps comme victime de « l’ivoirité », la loi d’exclusion inventée et mise en œuvre par son associé d’aujourd’hui, Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara a usé de tous les moyens et tous ses réseaux et ses soutiens nationaux et internationaux pour parvenir à ses fins : la conquête du pouvoir d’Etat. Après une rébellion armée qui a coupé le pays en deux pendant près de 10 ans (2002 – 2010), une crise post-électorale qui a fait près de 3000 morts, Alassane Ouattara a pu finalement accéder à la magistrature suprême en Côte d’Ivoire. Passons sur sa responsabilité personnelle, ne serait-ce que morale dans ce drame ! Passons également sur le rôle incontestable de ses hommes dans le massacre post-électoral, notamment pendant et après la prise d’Abidjan en mars 2011.

Les conditions dans lesquelles il a accédé au pouvoir, exigeaient qu’il œuvre à réconcilier la société ivoirienne avec elle-même à travers un processus sincère de vérité, justice puis le pardon. Mais, à peine installé qu’Alassane Ouattara a sollicité de la Cour pénale internationale qu’elle ouvre une enquête sur la crise post-électorale. Mais en fait d’enquête, l’on n’a vu jusque-là qu’une justice des vainqueurs. Seuls Laurent Gbagbo, l’ancien président, et son bras droit Blé Goudé, ont été extradés à la Haye. Des dizaines de partisans de l’ancien président, dont son épouse Simone Gbagbo, ont été pendant longtemps déportés à l’intérieur du territoire dans des casernes gardées par d’anciens chefs rebelles dont certains sont mis en cause dans divers rapports de l’ONU comme auteurs de crimes abominables. Mais Ouattara au pouvoir, la justice est à double vitesse : d’une part, une impunité garantie pour tous « ses » anciens rebelles impliqués dans des crimes et de sang et des trafics en tous genres et, d’autre part, une chasse aux sorcières maquillée par une justice dont l’impartialité et l’indépendance sont plus que douteuses.

En ce qui concerne la gestion quotidienne de l’Etat, Alassane Ouattara a inventé le « rattrapage ethnique » qui vise à permettre aux cadres originaires de la région Nord de la Côte d’Ivoire, hier victimes de l’ivoirité, d’être prioritairement promus aux postes de hautes fonctions dans l’administration et dans les institutions publiques. Et ce n’est pas tout ! Sur le plan politique, Ouattara travaille à exclure systématiquement les pro-Gbagbo, allant jusqu’à instrumentaliser la Justice pour récupérer le parti de Gbagbo ou tout au moins, aider des leaders plus conciliants à son égard à le récupérer. Tout est mis en œuvre pour le bannissement politique de certains Ivoiriens qui ont commis le crime de rester fidèles à Gbagbo.

Après donc un long processus d’auto-victimisation, Alassane Ouattara au pouvoir devient maître dans l’exclusion. Mais depuis que celui par qui il est devenu roi (Blaise Compaoré) a été chassé du pouvoir par son peuple, Alassane Ouattara dévoile définitivement son vrai visage. Il se moque de la démocratie et de la morale politique. En effet, après avoir soutenu son ancien mentor dans sa boulimie, il semble en vouloir au peuple burkinabè d’avoir fait capoter leurs plans et ses tentatives de médiation intéressées. Depuis le début de la Transition, il semble afficher un certain mépris pour le processus en cours et est même suspecté d’être du côté de ceux qui tentent de le saboter et de le faire échouer. Comme si cela ne suffisait pas, il a profité du sommet de la CEDEAO où, avec ses semblables du syndicat des chefs d’Etat qui ont été incapables d’imposer le principe de la limitation des mandats présidentiels dans tous les pays membres de la communauté, pour s’ériger en donneur de leçons d’inclusion au Burkina Faso. C’est l’hôpital qui se moque de charité. Quand un maître de l’exclusion exige des autres l’inclusion, c’est à perdre son latin, surtout quand le ton utilisé frise l’injonction. En effet, de retour du sommet et rendant compte de leurs travaux, le Président Ouattara affirme à la presse ivoirienne que : « En ce qui concerne le Burkina Faso, le sommet a demandé la tenue d’élections inclusives, sans discrimination dans les meilleurs délais, c’est-à-dire comme prévu par les Burkinabè eux-mêmes, le 11 octobre 2014. Et nous avons insisté sur le fait que l’exclusion ne sera pas acceptable. Nous considérons que tout ce qui doit être fait doit être conforme à la Constitution du Burkina- Faso. » Voilà un monsieur qui a encouragé Blaise Compaoré à tripatouiller la Constitution du Burkina Faso et qui veut s’ériger en défenseur de la même Constitution, plus que ceux qui ont risqué leur vie pour la défendre.

Au lieu de se mêler de ce qui ne le regarde pas, Ouattara gagnerait à pratiquer l’inclusion dans son pays en rompant avec cette justice des vainqueurs (en faisant poursuivre Guillaume Soro, ses « com’zones » et tous les mercenaires de son camp) et d’autre part, en mettant finn à cette honteuse pratique du rattrapage ethnique dans l’administration. Après, il pourrait être digne de donner des leçons aux autres. Pour le moment, il est très mal placé pour parler d’inclusion. L’élégance et le respect de la dignité du peuple burkinabè commandaient que Ouattara se contente du communiqué final du sommet qui est loin de ses propos belliqueux. Du reste, il peut crier comme il veut, mais il ne changera rien au processus en cours. Le Burkina Faso sera ce que les Burkinabè voudraient qu’il soit, et rien d’autre ! N’en déplaise aux chantres de l’inclusion et de l’irresponsabilité !

  • 02
  • Juil

CSCDécidément, on verra tout dans cette Transition. Le 07 mai 2015, soit seulement 4 jours après la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse, le Conseil supérieur de la communication (CSC) a rendu publique une décision portant suspension des émissions d’expression directe sur les médias audiovisuels (radio et télé) sur toute l’étendue du territoire national pour une période de 3 mois. Le collège des conseillers prend prétexte de dérapages commis par des radios identifiées et connues d’eux pour justifier une telle punition collective digne des périodes d’Etat d’exception. Cette décision appelle, d’emblée, deux observations majeures. Premièrement, le CSC a manqué de courage d’assumer pleinement ses responsabilités en sanctionnant les organes de presse fautifs comme le lui permet la loi. Il a plutôt préféré le confort de mettre tout le monde dans le même sac. Deuxièmement, c’est une offense à l’ensemble des médias, notamment audio-visuels qui font des efforts pour conduire ces émissions interactives dans le strict respect de l’éthique et de la déontologie. Le CSC décourage donc leurs efforts tout en encourageant et déresponsabilisant les organes de presse fautifs.

Si une radio ou une télé ou encore un journaliste a fauté, le CSC doit sanctionner individuellement les organes fautifs. Mais une mesure générale de cette nature et de cette ampleur s’apparente à une atteinte grave à la liberté de presse et d’expression garantie par la Constitution. Naturellement, la réaction des organisations professionnelles des médias ne s’est pas fait attendre. Dans une déclaration commune rendue publique le 12 mai dernier, elles ont unanimement et fermement condamné cette mesure liberticide qu’elles rejettent avec force. Elles ont donc exigé du collège des conseillers qu’il revienne sur cette décision inique prise en violation de la Constitution en son article 8 qui stipule que « les libertés d’opinion, de presse et le droit à l’information sont garantis.

Finalement, des concertations sont engagées entre les deux parties en vue de parvenir à une entente pour résoudre la question de la qualité technique et éthique des émissions interactives. Ce dialogue aurait pu s’engager avant la prise de la mesure. Ce qui aurait eu le mérite de créer les conditions d’une saine mobilisation des professionnels des médias autour de leurs responsabilités sociales. Mais le CSC, mu par on ne sait quel intérêt, a décidé de sanctionner avant de discuter. Il semblerait que c’est pour l’exemple. Cependant, l’on ne peut empêcher les observateurs de s’interroger sur les visées réelles de cette mesure inattendue et bien curieuse. D’aucuns ont commencé à faire un lien entre cette décision et une prétendue volonté des autorités de la Transition de repousser les échéances. Mais l’on peut constater que la plupart des conseillers sont loin d’être des amis de la Transition. Bien au contraire, presque tous ont plus une proximité avec le pouvoir déchu qui les a propulsés là où ils sont. En tous les cas, quelles que soient les motivations du collège des conseillers, leur décision est inconcevable et inacceptable dans un Etat de droit qui garantit la liberté d’expression et de presse comme faisant partie des piliers essentiels du vivre ensemble. Elle marque, comme le soutiennent les organisations professionnelles des médias, « un recul démocratique par la restriction de la participation de la population à la gestion des affaires publiques ». Dans le contexte actuel post-insurrection où les citoyens sont de plus en plus prompts à exprimer leur opinion sur la conduite des affaires publiques et à dénoncer les inconduites des uns et des autres, il faudrait plutôt créer les conditions d’un meilleur encadrement de l’exercice de liberté d’expression et non de se lancer dans une tentative de les bâillonner.

Le CSC semble donc en retard d’un combat. Il gagnerait à mobiliser tous les acteurs pour l’accompagner dans la régulation des médias et leur production. La régulation ne suffit pas droit de fouetter dans le tas et sans discernement. Cette situation créée par le CSC relance le débat sur sa refonte en vue de repenser sa composition et le mode de désignation de ses membres. Si l’utilité de cet organe de régulation des médias n’est plus à démontrer, il faut œuvrer à en faire un organisme indépendant dont les membres ne tirent pas leur légitimité des officines politiques ou du bon vouloir des gouvernants. Il faut surtout rompre avec cette image d’instrument politique de répression des médias indépendants que traîne l’institution depuis sa création. Cette décision du collège des conseillers n’est pas pour changer les choses. Bien au contraire.

Il faut espérer que des travaux de la Commission de réconciliation nationale et des réformes (CRNR), émergeront des propositions conformes aux exigences de l’éthique de la régulation. Dans le contexte actuel où la presse privée occupe une place indiscutable sur l’échiquier médiatique, il apparaît aberrant que la régulation reste encore l’affaire des fonctionnaires de l’information, pire, les journalistes politiciens et autres envoyés des politiques. Il faut veiller à ce que seuls des acteurs jouissant d’une réputation professionnelle (dans leurs domaines) accèdent au collège des conseillers. Cela crédibilisera davantage l’institution aux yeux des professionnels, mais aussi de l’opinion publique et rendra ses décisions moins suspectes. En attendant, il faut vite lever cette décision du 7 mai dans de plus brefs délais !

"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite