• 03
  • Juil

KoglweogoDepuis le début de l’année, nous n’avons eu cesse d’interpeller le nouveau pouvoir sur les conséquences fâcheuses de leur complaisance vis-à-vis des Koglweogo ou ces groupes dits d’auto-défense qui se permettent tout et presque partout sur le territoire national. Ils vont même jusqu’à défier l’autorité de l’Etat en instaurant des lois et une justice parallèles. Le ministre en charge de la sécurité, Simon Compaoré, les avait encouragés en affirmant publiquement que ce sont ceux qui sont à Ouagadougou, protégés par les forces de sécurité, qui ne veulent pas des Koglweogo.

  • 23
  • Nov

urnesLe 29 novembre prochain, le peuple burkinabè est appelé aux urnes pour des élections présidentielle et couplées inédites. Pour la première fois dans son histoire, le Burkina Faso organise des élections sans un président sortant et candidat à sa propre succession. Mieux encore, les favoris sont des leaders de partis d’opposition. L’on pourrait même dire sans se tromper que le vainqueur sera un opposant. Car, après l’invalidation des candidatures de l’ex-majorité aussi bien à la présidentielle qu’aux législatives, le coup d’Etat de Gilbert Diendéré et ses soubresauts, il ne reste plus véritablement des candidatures qui puissent inquiéter les poids lourds de l’opposition. A la présidentielle, il y aura, comme nous l’avions déjà écrit, des outsiders : Ram Ouédraogo et Salvador Yaméogo. Est-ce vers eux que le CDP va se tourner ? Rien n’est moins sûr car soutenir ces deux outsiders c’est courir le risque de se faire harakiri parce qu’il est fort à parier que le report sera quasi nul. Non seulement le CDP n’a plus les moyens financiers et logistiques de l’Etat, des soutiens de Blaise Compaoré, les opérateurs économiques et autres pour mettre en branle une machine électorale aussi puissante, mais surtout ces candidats n’en disposent pas eux-mêmes des moyens pour permettre à des militants CDP de battre campagne pour eux. Sauf bien sûr si Blaise Compaoré et son frère François se décident enfin à leur venir au secours. Ce qui risque fort de ne pas arriver parce que l’un et l’autre devraient avoir compris que le CDP a atteint ses limites et a amorcé le chemin du déclin. Certains s’y accrochent mais pour combien de temps et avec quel moyen ?

En somme, l’absence de candidats à la présidentielle, l’invalidation de certaines candidatures et surtout la décapitation du parti par les conséquences judiciaires du putsch avorté de Gilbert Diendéré vont jouer sur les résultats du CDP et de ses alliés aux législatives. Malgré les professions de foi, il est clair que l’investissement humain et même financier des différents leaders ne sera pas à la hauteur du challenge.

Sauf donc par extraordinaire revirement, comme le prévoient certains prédicateurs, la présidentielle départagera principalement : Zéphirin Diabré de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), l’ex-chef de file de l’opposition, et Roch Marc Christian Kaboré du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Ironie du sort, ce dernier était, il y a quelques années, le président du CDP sous la bannière duquel il aurait pu se présenter à cette présidentielle si Blaise Compaoré ne s’était pas entêté à conserver son fauteuil.

Contrairement aux précédentes élections présidentielles, ce sera donc la première fois et peut-être la dernière, sous la 4e République, que le vainqueur ne soit pas connu avant l’échéance, même si les pronostics et les sondages donnent déjà l’un ou l’autre favori vainqueur. Mieux, les Burkinabè rêvent déjà d’un second tour. En effet, selon les analystes politiques, au regard des forces politiques en présence, un second tour serait inévitable. Mais à regarder de très près, si les tendances se maintiennent, il y a de fortes chances que la chose soit pliée dès le premier tour pour l’un ou l’autre. Et à cet exercice-là, l’on peut prendre le risque de dire que Roch a plus de chance que Zéphirin de l’emporter dès le premier tour. A contrario, celui-ci a plus de chance de l’emporter au second tour où le tout sauf MPP pourrait faire ses effets.

A côté de ces deux gros calibres, il y a d’autres enjeux pour les autres candidats, notamment Bénéwendé Sankara, qui sera à sa troisième candidature et doit faire mieux. Pour lui, le challenge est d’autant plus grand qu’il doit laver l’affront que lui a porté ses frères ennemis sankaristes qui ont pratiquement (osons le dire) saboté sa candidature. Il y a aussi Saran Séré, qui doit faire honneur aux femmes. Tahirou Barry, Adama Kanazoé doivent relever le défi de la jeunesse. Jean-Baptiste Natama aussi. Il n’est pas si jeune mais ses partisans sont majoritairement jeunes et il s’en revendique. Pour ces quatre, ça pourrait être le début d’une carrière qui devrait les conduire demain au sommet. Mais ce premier pas est des plus importants. Une débâcle pourrait compromettre la suite. Il y a Ablassé Ouédraogo qui joue gros dans cette campagne. Lui qui se prévaut de trop d’atouts qui se sont révélés être ses points faibles. L’autre curiosité ce sera tous ces candidats indépendants inconnus pour la plupart jusqu’au dépôt de leurs candidatures. Combien atteindront le seuil des 1% ? Rendez-vous après le 29 novembre. Que le meilleur gagne pour le Faso. Bonne campagne à toutes et à tous !

  • 17
  • Nov

ministreUne fois n’est pas coutume ! Pour l’une des rares fois, la communauté nationale, à commencer par le gouvernement, a reconnu et salué le travail des médias avec à la clef, des engagements à l’accompagner. Les médias burkinabè, hormis quelques exceptions bien négligeables, ont joué un rôle déterminant dans la résistance. Défiant les dangers de la répression féroce ainsi que des actes de vandalisme et de saccages des locaux et installations des organes de presse par des éléments de l’ex-RSP, les journalistes-reporters ont assuré leur mission de services publics. Usant parfois des réseaux sociaux et leurs sites web pour pallier à la fois à l’absence de circuits de distribution (absence de revendeurs à la criée dans les rues, administration publique, boutiques et alimentations fermées) pour la presse et aux difficultés de diffusion pour les radios et télé du fait des saccages des installations ou des menaces de toutes sortes, les médias publics et privés ont tout fait pour assumer leur part de responsabilité dans cette résistance. Ils ont refusé que les putschistes enferment le pays et l’éloigne des regards du monde pour mieux museler le peuple en résistance.

C’est donc tout naturellement que dès la première apparition du Président Michel Kafando après l’échec de la tentative du coup d’Etat, il n’a pas manqué de citer les médias parmi les acteurs dont le combat a contribué à la victoire. Ce fut ensuite au tour du chef du gouvernement, Isaac Zida, lui aussi sorti de sa séquestration par les putschistes, de recevoir les responsables d’organes de presse pour leur transmettre de vive voix, les chaleureuses félicitations du gouvernement. Au cours de cette rencontre, trois engagements forts ont été pris : le dédommagement des organes de presse saccagés par les putschistes ; l’augmentation de la subvention à la presse privée et la création d’un Fonds d’appui à la presse privée.

Mais en dehors du premier engagement, les deux autres ne sont pas nouveaux. Ils ne datent pas du putsch. La création du Fonds d’appui date même du régime Compaoré. Cependant, si le gouvernement de transition parvient à les concrétiser en reconnaissance au travail abattu par les médias au cours de ces folles journées, c’est tout à son honneur. Il faudra d’ailleurs rendre justice au gouvernement en reconnaissant qu’il n’a pas attendu le coup d’Etat pour lancer le Fonds d’appui à la presse privée. Le processus devait faire l’objet d’un atelier de validation le 23 septembre. Cet atelier a finalement eu lieu après le putsch. Le processus est presque bouclé.

En tous les cas, la presse burkinabè a confirmé, au cours de cette période trouble, tout le bien que l’on dit d’elle. Ce qui est réconfortant, c’est surtout cette formidable jeune génération de journalistes qui aiment le métier, y mettent tout leur cœur. L’on peut dire que la relève est assurée. Au niveau de la presse, le Burkina Faso peut donc rêver de l’émergence de journalistes de talents jaloux de leur indépendance, expriment leur liberté et leur droit à la différence, quelles que soient les circonstances. Et sous ce registre, l’on ne peut s’empêcher d’ouvrir une parenthèse pour féliciter le jeune Hyacinthe Sanou de L’Observateur qui a décroché le Prix CNN du meilleur journaliste africain. Bref, cette jeunesse de la presse burkinabè peut nous valoir beaucoup de lauriers. Il faut surtout savoir les encourager et les accompagner sans les gâter.

Ce fort moment de solidarité avec les médias doit être saisi pour réfléchir sur les voies et moyens d’encourager le professionnalisme dans la durée et surtout sur les conditions de contribuer à l’émergence d’entreprises de presse solides, porteuses de valeurs et créatrices de richesses et d’emplois. Cet accompagnement doit être débarrassé de tout calcul politique à court terme. Tout comme les autres secteurs de la vie publique nationale, le monde des médias doit avoir ses grands noms (qui existent depuis longtemps déjà et sont même assez nombreux) et ses grandes entreprises. Celles-ci sont rares pour le moment. Le Burkina pourra ainsi renforcer la crédibilité et la viabilité économique des entreprises de presse. En cette période où le vent semble favorable, il faudra faire le maximum. Il ne faut pas que les erreurs ou la mauvaise foi de quelques brebis galeuses prennent le pas sur l’appréciation globale du travail des médias. Il ne faut surtout pas que les égos de certains gouvernants obstruent leur bon sens. La presse est ainsi faite. Elle n’est pas une amie ni un ennemi. Elle donne l’information, dénonce mais aussi encourage à sa manière les bonnes pratiques de gestion publique. Elle ne cherche ni à plaire, ni à déplaire.

  • 09
  • Nov

coupLe Burkina Faso, patrie des femmes et des hommes intègres, a vécu, au cours de cette deuxième décade de septembre 2015, l’une des graves tragédies de son histoire. Cette tragédie aura permis de révéler à la face du monde que le peuple burkinabè tient à sa dignité retrouvée depuis l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2015. Que plus qu’un slogan, ce peuple a fait le serment qu’effectivement, plus rien ne sera comme avant. Cette tragédie orchestrée par une poignée de médiocres mus par les forces du mal et des intérêts boulimiques a contraint le peuple notamment dans sa frange jeune à entrer en résistance. Les mains nues faces à des soldats qui se vantent d’être l’élite de l’Armée nationale mais qui tuent les enfants du peuple qu’ils sont censés protéger, les Burkinabè ont une fois de plus, leur attachement aux valeurs et principes de l’Etat de droit. Cette résistance populaire réprimée dans le sang a fait écho dans les casernes des différentes garnisons du pays où des officiers ont entendu l’appel au secours du peuple. L’armée a donc décidé de prendre le relais pour protéger le peuple mais surtout restaurer la discipline et le sens des valeurs militaires dans ses rangs en désarmant le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), cette créature immonde de Blaise Compaoré et son fidèle serviteur jusqu’à sa chute. Et le Burkina Faso a été définitivement débarrassé de ce corps aux relents de mercenaires et de miliciens.

Au moment où le pays sort de cette tragédie, nous nous voudrions, au nom de toute l’équipe du Journal Le Reporter, nous incliner très respectueusement sur la mémoire de nos frères et sœurs tombés sous les balles assassines des putschistes du 16 septembre. Hommage aux martyrs de la résistance. A tous les fils tombés dans cette résistance contre ce coup d'Etat le plus stupide de l'histoire des nations du monde moderne, le Burkina de vos ancêtres vous doit hommage et respect.

A la jeunesse patriote de Ouagadougou, toutes conditions sociales confondues, les mots nous manquent pour saluer votre bravoure et votre intrépidité. Vous avez fait du bon boulot!
A notre confrère et grand frère Chérif Sy, président du Conseil national de transition, merci pour le courage et l'intelligence politique de donner un cachet institutionnel à la résistance et d'en avoir vaillamment assuré la conduite républicaine!

La lutte aurait été vaine si vous aviez abdiqué, Mba Michel ! Merci monsieur le Président pour la résistance !
Aux organisations de la société civile qui étaient sur le terrain (elles se reconnaîtront) et au mouvement syndical, félicitations pour votre engagement sans faille pour la démocratie et vos actions diverses et multiformes qui ont mis en échec cette barbarie indigne de notre cher Burkina. A tous les vaillants résistants des quatre coins du Burkina Faso, qui par leur mobilisation et leur détermination ont montré au monde entier que les putschistes et leurs soutiens politiques ne représentent qu’une minorité d’aventuriers, nous vous disons bravo pour votre mobilisation exceptionnelle!

Aux officiers, chefs de corps des différentes garnisons et leurs troupes, armée de patriotes, qui ont entendu le cri de détresse et l’appel au secours, nous sommes au garde-à-vous ! Le pays vous doit une fière chandelle. Merci d’avoir libéré votre pays et remis certains à leur vraie place dans notre société. Honte à ceux qui ont trahi leur peuple.

A tous les hommes et femmes de médias qui, malgré les agressions et autres attaques ignobles des terroristes, ont abattu un travail colossal contre l’imposture, recevez nos salutations confraternelles. A tous les acteurs de la vie publique nationale qui d’une manière ou d’une autre ont contribué à cette résistance, nous saluons votre action.

A l’Union africaine, merci d’avoir soutenu le combat du peuple contre le terrorisme. A la CEDEAO, nous exprimons notre déception de voir qu’aujourd’hui encore, certains dirigeants veulent imposer aux peuples africains la barbarie et l’impunité, juste pour satisfaire leurs petits copains.

A tous les amis du Burkina Faso qui d’une manière ou d’une autre ont contribué à mettre fin à cette tentative de putsch et à mettre en déroute ses auteurs, le pays vous en saura gré.

Bref, une fois n’est pas coutume. Et Le Reporter voudrait saluer le courage de ce peuple qui force l’admiration, même de ceux qui rêvent de le dompter. Nous sommes des Burkinabè et devons le rester en toute circonstance !

  • 04
  • Nov

cdeaoTrois pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) organisent des élections à risques au mois d’octobre prochain. En effet, le Burkina Fao et la Guinée Conakry tiendront des présidentielles le 11 octobre. En Côte d’Ivoire, ce sera pour le 25 du même mois. Les précédentes élections présidentielles en 2010 ont été calamiteuses dans deux des pays, à savoir la Guinée et la Côte d’Ivoire où la crise post-électorale avait fait plus de 3 000 morts. La CEDEAO avait tellement tergiversé lors de ces élections que pour bien des Africains, elle avait abandonné les Ivoiriens à leur triste sort.

Cette fois, la CEDEAO semble vouloir prendre le taureau par les cornes en convoquant un sommet extraordinaire le 12 septembre dernier pour se pencher sur ces élections à risques. Elle semble avoir pris toute la mesure de la situation, notamment l’urgence d’envisager des solutions préventives à toute dérive. Mais la CEDEAO s’y prend tellement mal que certaines de ses initiatives ressemblent, à bien des égards, à une tentative plus de mettre le feu aux poudres qu’à calmer les situations. C’est le cas par exemple du Burkina où avant même que le sommet ne se tienne, un médiateur pour les élections a été désigné en la personne de Yayi Boni, le président béninois. Alors que les Burkinabè de tous bords ont décidé de se ranger dans le seul et unique camp de la paix et de la stabilité, l’initiative de la CEDEAO ressemblait plus à une sorte de pyromane-pompier et suscitait déjà des interrogations et même des réprobations chez bien des Burkinabè. Il faut dire que depuis le début de la Transition, cette instance régionale n’a pas réussi à se faire une bonne image aux yeux de certains Burkinabè, notamment les insurgés. En effet, non seulement ceux-ci reprochent à l’organisation régionale son mutisme pour ne pas dire son silence complice sur le projet de modification de la clause limitative des mandats présidentiels de Blaise Compaoré, mais en plus, les insurgés n’ont pas digéré les déclarations intempestives de certains chefs d’Etat sur l’inclusion de tous au processus électoral. Pire, ces discours provenaient de chefs d’Etat qui ne sont pas des modèles en la matière, notamment l’Ivoirien Alassane Ouattara dont la proximité avec Blaise Compaoré est bien connue à Ouagadougou. Du coup, la décision de nommer un médiateur a été reçue par les insurgés comme une énième tentative de l’institution régionale de s’immiscer dans les affaires intérieures du Burkina et pire, de remettre en scène les dignitaires du pouvoir déchu. D’autant plus que les élections en Côte d’Ivoire et en Guinée semblaient plus explosives qu’au Burkina Faso, mais la CEDEAO n’a pas jugé utile d’y nommer des médiateurs.

C’est donc avec beaucoup d’attention que les Burkinabè attendaient les conclusions du sommet de Dakar qui se tenait au lendemain de la publication de la liste définitive des candidatures à la présidentielle et surtout de l’acceptation de cette décision par tous. Fort heureusement, le Président Michel Kafando et sa délégation ont su convaincre les chefs d’Etat de la CEDEAO que le pays des Hommes intègres n’a pas besoin d’une médiation. Sauf revirement extraordinaire et mortel de certains acteurs, tout est en ordre pour des élections apaisées. La CEDEAO et certains chefs d’Etat doivent enfin se rendre à l’évidence que les Burkinabè ont décidé d’écrire une nouvelle page de leur histoire en tournant définitivement celle de Blaise Compaoré. A défaut de les accompagner, il faut se garder de perturber le processus par des décisions et des initiatives risquées et porteuses de divisions. Il faut espérer donc que les faux chantres de l’inclusion (maîtres de l’exclusion chez eux) dont l’attitude a failli encourager la division entre Burkinabè à certains moments, vont enfin laisser les Burkinabè préparer et organiser en toute quiétude leur sortie de transition, sans immixtion ni tentative de déstabilisation.

Boureima OUEDRAOGO

  • 15
  • Oct

urnesC’est désormais clair ! Le Conseil constitutionnel a tranché ou tranchera. Toutes les supputations sur la validité on non du Code électoral ainsi que sur l’éligibilité ou non de certains dignitaires, relèvent désormais du passé. Le Conseil constitutionnel a dit le droit ! Dure est la loi mais c’est cela la loi. La liste finale des candidatures qui interviendra sans doute dans les jours à venir après les recours certains contre les candidatures de Djibrill Bassolé, Yacouba Ouédraogo (tous deux officiers de l’armée et membres du dernier gouvernement de Blaise Compaoré) et probablement Ram Ouédraogo et Salvador Yaméogo (anciens responsables du Front républicain qui a soutenu la modification de l’article 37). Le CDP et les autres partis vont devoir remplacer les candidats recalés aux législatives. Et les listes définitives de candidatures à la présidentielle et aux législatives couplées du 11 octobre seront donc connues des électeurs. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) est aussi prête. Toutes les conditions semblent donc réunies pour les premières élections ouvertes de la IVe République. L’esprit de l’insurrection sera théoriquement respecté.

  • 08
  • Oct

blaiseLe 23 juillet 2015, 9 députés représentant l’ex-majorité ont saisi le Conseil constitutionnel d’une requête aux fins d’annulation de la mise en accusation de Blaise Compaoré et des membres de son dernier gouvernement par le Conseil national de la Transition (CNT) ainsi que des dispositions de la loi organique portant composition et fonctionnement de la Haute Cour de justice et de la procédure applicable devant elle. Ces 9 députés ont demandé au Conseil constitutionnel de déclarer «inconstitutionnelles» les résolutions de mise en accusation. Cette démarche de l’ex-majorité est, disons-le, régulière et légale conformément aux articles 152 et 157 de la Constitution aux termes desquels un «dixième (1/10) au moins des membres de l’Assemblée nationale» peut saisir le Conseil constitutionnel ». Cependant, ce recours de l’ex-majorité est interpellateur à plus d’un titre.

D’abord, il pose un problème éthique et moral. La mise en accusation porte sur la responsabilité individuelle des mis en cause. Il s’agit des faits qui leur sont reprochés à titre personnel, notamment pour haute trahison, attentat à la Constitution, assassinats et complicité d’assassinat, détournements de deniers publics pour certains, etc. En clair, ce sont les individus et non les partis politiques ou les regroupements de partis qui sont concernés. Pourquoi faut-il donc que les partis politiques ou leurs représentants au CNT décident de ramener cette bataille judiciaire sur le terrain politique ? Blaise Compaoré et ses anciens ministres ne peuvent-ils pas se donner les moyens de plaider leurs causes devant la Haute Cour de justice ? Au fonds, cette affaire de recours ressemble bien à une tentative désespérée des soutiens de Blaise Compaoré et des membres de son gouvernement de se soustraire de la justice. D’autant plus que les questions de procédures peuvent être prises en compte dans la défense des mis en cause. Nul ne pouvant être condamné suite à des procédures irrégulières, même devant la Haute Cour de justice, l’on ne comprend pas pourquoi des députés de l’ex-majorité décident de jouer les avocats du diable. Heureusement, le Conseil constitutionnel s’est déclaré incompétent pour apprécier la constitutionnalité de résolution et des votes de l’Assemblée. Blaise Compaoré et ses soutiens vont devoir répondre de leurs actes devant la Haute Cour de justice.

Ensuite, une autre curiosité du recours qui frise la mauvaise foi comme l’a si bien écrit un citoyen (Ludovic LANKOANDE) dans le quotidien Le Pays, c’est cet argument selon lequel « Blaise Compaoré et les membres de son gouvernement ne peuvent être mis en accusation que par le vote d’une Assemblée nationale élue au suffrage universel par l’ensemble du peuple burkinabè et non par des représentants des Organisations de la société civile (OSC), de l’Armée, des insurgés eux-mêmes et des autres formations politiques ». La question que l’on est en droit de se poser est de savoir : d’où eux tiennent-ils leur légitimité pour saisir le Conseil constitutionnel ? La réponse ne souffre d’aucune ambigüité. Sans leur présence au CNT et leur statut de députés désignés et non élus au suffrage universel, ils n’ont aucune qualité pour saisir le Conseil constitutionnel. En clair, voici des messieurs qui utilisent une position dans une institution qui leur donne des droits dont ils usent et abusent, tout en contestant à ladite institution l’exercice de ses attributions. Quelle logique extraordinaire ! Mais il y a bien d’autres aberrations dans les arguments de ces députés pas comme les autres.

Bref, l’on peut comprendre la gêne, pour ne pas dire le désarroi de l’ex-majorité face à la mise en branle de la justice qui pourrait rattraper chacun de ceux qui ont des choses à se reprocher dans les 27 ans de règne des Compaoré. Tout ce qui peut leur permettre de jouer les victimes d’une justice des vainqueurs est bon à prendre. Mais à ce jeu de recours intempestifs contre toutes les décisions et textes de loi qui ne les arrangent pas, ils vont finir par convaincre tout le monde, même ceux qui doutaient encore, qu’ils veulent à tout prix se soustraire de la justice.

Mais qu’à cela ne tienne ! Plus rien ne s’oppose aux poursuites contre Blaise Compaoré et certains de ses anciens collaborateurs devant la Haute Cour de justice. Il faut se féliciter que cette Haute Cour, de par son Procureur général, affirme déterminée à aller jusqu’au bout des procédures engagées. Si ça peut rassurer les derniers soutiens de Blaise Compaoré et ses ministres, tous ceux qui sont mis en accusation restent innocents jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie. S’ils n’ont rien à se reprocher, ils pourraient le démontrer aisément lors des procès s’ils ont lieu. Ce n’est que le début des procédures. Vivement qu’elles aboutissent le plus rapidement possible à des procès équitables et exemplaires à tout point de vue.

Boureima OUEDRAOGO

  • 01
  • Oct

consEntre fin juin et mi-juillet 2015, la Transition a été sérieusement secouée par des revendications politiques d’éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) qui exigeaient le débarquement du Premier ministre Yacouba Isaac Zida et des autres ministres militaires du gouvernement. A l’arrivée, ils ont eu la tête du ministre Denise Barry de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité. Dans la foulée, le ministère a été scindé en deux départements : ministère de l’Administration territoriale et celui de la Sécurité. Le Président Kafando lui-même s’attribue le portefeuille de la Sécurité tout comme celui de la Défense qui a été délesté au Premier ministre Zida. Le RSP et le reste de l’armée peuvent se réjouir. Ils ont réussi à déconnecter le Premier ministre Isaac Zida de la gestion de l’armée. Mieux, ils ont eu la tête de celui qui était présenté comme l’éminence grise de l’entourage de Zida. Peu importe si cela l’a été au détriment de l’efficacité. En effet, le Président Kafando a dû, dans un premier temps, cumuler deux portefeuilles trop stratégiques avec ses fonctions de président du Faso. Rapidement, il s’est déchargé des Affaires étrangères qu’il gérait avec un ministre délégué depuis le début de la Transition.

Dans ce réajustement technique, l’on a assisté à un départ et deux arrivées, le département de l’Administration territoriale et de la Décentralisation étant désormais dirigé par Youssouf Ouattara, un ministre délégué en charge de la sécurité a été nommé en la personne du Colonel Sidi Paré. Du coup, le nombre de ministres dépasse désormais celui prévu par la Charte. Pourquoi a-t-il fallu scinder ce département et débarquer son titulaire. Ne suffisait-il pas de remplacer Barry par l’un des nouveaux venus ? Ou alors, celui-ci a-t-il refusé de rester dans un ministère amputé du volet qu’il connaît le mieux, à savoir la sécurité ?

Bref, il semblerait que ce réajustement du gouvernement a permis de ramener la sérénité et que les militaires, notamment du RSP, se seraient engagés à ne plus perturber la Transition. La crise serait donc terminée. C’est ce qu’affirment les autorités de la Transition, notamment le président du Faso. Mais personne n’a jusque-là dit au peuple le fond du problème. Or, c’est avec un air très grave que le Président Kafando s’était présenté à ses concitoyens le 10 juillet dernier, pour les informer de la grave menace contre la Transition et leur annoncer qu’il a mis en place un cadre de concertation des sages qui devrait lui faire des propositions en vue de prendre des décisions. Les sages lui auraient effectivement conseillé de déconnecter Zida de la Défense tout comme Barry de la Sécurité. Moins d’une semaine plus tard, le président revient à la charge, déclarant avoir trouvé une issue à cette bien curieuse crise. Une fois de plus, il n’a pas dit de quoi il s’agit.

Tant mieux si la crise est derrière nous. Mais quelle garantie les protagonistes ont-ils donnée au président du Faso ? Qu’est-ce qui s’est réellement passé pour que des officiers de l’armée défient toute la République ? Y-a-t-il eu complot contre le PM ou non ? Quelles sont ces informations compromettantes que les éléments du RSP prétendent avoir contre Zida ? Qui sont les individus dont les intérêts égoïstes sont si importants au point de prendre toute la République en otage ? Bref, il y a autant de questionnements que suscite cette crise dont on cache les tenants et les aboutissants au peuple. Ce qui est certain, et les discours du président du Faso l’attestent éloquemment, cette crise n’a rien à voir avec l’intérêt général. Ce sont les humeurs, les peurs et les intérêts individuels de quelques officiers qui ont failli mettre la Transition en péril. Peut-être que l’objectif était justement de prendre prétexte de certaines revendications pour faire échouer la Transition. C’est peut-être pour cela que personne n’ose avouer les vraies raisons de cette crise. Car ce qui est avancé, notamment que le PM voulait discréditer le RSP au sein de l’opinion ou qu’il s’est taillé une loi à sa mesure pour pouvoir passer de Lieutenant-Colonel à Général, est tellement ridicule que l’on ne peut pas y croire. Toute la campagne d’intoxication et de désinformation lancée contre le PM et son ex-bras droit Denise Barry montre à souhait qu’il y avait une tentative de déstabilisation savamment montée avec des réseaux constitués à cet effet. Tout a été fait pour créer des blocages institutionnels : la démission des représentants des forces de défense et de sécurité (FDS) du gouvernement et du Conseil national de la Transition. Bref, c’était l’effondrement de la Transition. Fort heureusement, cette entreprise a échoué. Les vrais comploteurs ont échoué. Sauront-ils en tirer toutes les leçons et se résoudre à assumer leur responsabilité par rapport à leur passé ? Ont-ils trouvé un compromis avec le Président Kafando pour qu’il mette le pied sur certains dossiers sales qui hantent désormais leur sommeil ? C’est possible, mais pour combien de temps ? Il n’y a pas d’issue. Chacun va devoir répondre de ses actes. Et mieux vaut le faire courageusement et dans la dignité. Aucune intrigue, aucune compromission ne pourra leur tirer définitivement d’affaire. Il va falloir assumer. Tôt ou tard. Mais enfin, à quelque chose malheur est bon. Le Président Kafando a pris tous les pouvoirs de chef d’Etat. Il faudra maintenant l’exercer pleinement.

"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite