• 06
  • Sep

blaiseDans notre édition N°192 du 15 au 30 juin 2016, nous écrivions : « Blaise Compaoré est, selon la loi, un fugitif recherché par la Justice de son pays puisqu’un mandat d’arrêt international a été émis contre lui. (…) Dans le principe donc, il ne devrait pas être autorisé que des Burkinabè aillent le voir et revenir s’asseoir comme si de rien n’était. Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et ses dirigeants gagneraient à éviter cette défiance vis-à-vis des institutions et couper les ponts avec un fugitif qui a honteusement renoncé à la nationalité de son pays. En continuant à flirter avec Compaoré, les dirigeants actuels du CDP montrent non seulement qu’ils sont incapables de faire survivre le parti à Blaise Compaoré, mais confirment que sans la manne financière du clan Compaoré, il ne résistera plus longtemps dans les luttes politiques qui s’annoncent rudes pour lui. Que le CDP veuille ou non, il va devoir couper le cordon ombilical avec Blaise Compaoré tant que celui-ci sera en position de fugitif ». Le président par intérim du CDP, Achille Tapsoba, et le trésorier, Zambendé Sawadogo, avaient alors été débarqués de l’avion alors qu’ils se rendaient à Abidjan pour rencontrer Blaise Compaoré. Quelques jours plus tard, ils ont subi le même refus. Finalement, le président du Faso, après une protestation du chef de file de l’opposition, s’était confondu en excuses. La suite, on la connaît. Achille Tapsoba et Zambendé Sawadogo ont pu effectuer le déplacement d’Abidjan et ils y ont effectivement rencontré Blaise Compaoré. Achille Tapsoba ne s’en cache pas d’ailleurs. Sur les antennes de Radio Oméga, il affirme que « le Président Blaise Compaoré se porte très bien. Nous l’avons trouvé très jovial, très détendu. Le fondateur de notre parti a encore confiance en son parti. Il a affirmé qu’il continuerait à nous soutenir pour le renforcement du jeu démocratique au Burkina. La démocratie au Burkina peut nous emmener encore très loin. Il nous a encouragés à relever le défi qui se présente à nous. Il a le regard tourné sur le Burkina Faso ». Avis donc au juge d’instruction en charge du dossier Thomas Sankara dans le cadre duquel Blaise Compaoré est inculpé et recherché.

En clair, Achille Tapsoba confirme que depuis son exil, Blaise Compaoré, naturalisé Ivoirien, continue à s’ingérer dans les affaires politiques au Burkina Faso. L’on sait que depuis sa chute et son exil en Côte d’Ivoire, Blaise Compaoré a longtemps pesé sur les relations entre les deux pays. Il a tout fait et continue de tout faire pour garder le contrôle de la situation politique au Burkina. Et il semble bénéficier de l’appui ou tout le moins de l’indifférence suspecte de ses hôtes ivoiriens. Il reçoit et discute avec des acteurs politiques, notamment des membres de son clan et de son parti politique. Il a tourné le dos au Burkina Faso en prenant la nationalité ivoirienne mais il « a le regard tourné vers le Burkina », nous apprend Achille Tapsoba. Normalement, en tant qu’exilé politique, désormais naturalisé Ivoirien, il ne devrait plus continuer à se mêler des affaires intérieures du Burkina Faso. Il doit être soumis au devoir de réserve et interdit d’entreprendre des activités subversives et de déstabilisation du Burkina.

Comme nous l’avons toujours écrit, le CDP confirme que sans Blaise Compaoré, il n’a pas d’âme et ne lui survivra pas. Les résultats des élections municipales qui consacrent la perte incontestable du terrain et la disparition pratiquement consommée dans plusieurs régions du pays indiquent clairement qu’il a amorcé un tournant décisif. Au lieu d’en tirer toutes les leçons et de se réorganiser pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être, la Direction intérimaire du CDP préfère continuer à jouer les courtisans. Le président du parti, empêtré dans le dossier du putsch manqué, ne semble plus vouloir poursuivre son expérience politique qui lui laissera certainement un goût très amer. Peut-être aussi que pour cette nécessaire réorganisation, les dirigeants du CDP ont toujours besoin d’aller prendre les instructions de Blaise Compaoré qui, depuis la création du parti, décide de qui doit en être responsable, sauf, dit-on, le cas d’ Eddie Komboigo qui aurait été propulsé par les Diendéré (Fatou et Gilbert) en débandade aujourd’hui. Le CDP repart donc à son papa, comme un enfant immature, désorienté, voire perdu face aux dures réalités du vrai combat politique. Le prétexte du fondateur irremplaçable cache mal le désarroi et l’incapacité des dirigeants actuels du CDP qui ont du mal à assumer courageusement leur rôle et statut d’opposants.

Ils refusent de grandir. Ils vont incontestablement mettre mal à l’aise le chef de file de l’opposition et tous les partis d’opposition qui ont participé à l’insurrection populaire. Mais, sont-ils capables de faire autrement ? Rien n’est moins sûr!

  • 21
  • Aoû

bfAu Burkina Faso, aussi bien en ville qu’en campagne, accéder à la propriété foncière est une aspiration quasi générale de tous les citoyens. C’est le minimum prioritaire qu’il faut assurer. Le foncier représente donc un enjeu majeur de gouvernance. L’effondrement des mécanismes traditionnels et communautaristes de sécurisation foncière a ouvert la voie à toutes les incertitudes. Cette situation s’est aggravée depuis l’avènement de la décentralisation, avec l’installation d’autorités locales dotées de pouvoirs de gestion des lotissements. Ces nouveaux pouvoirs ont vite instauré une monétarisation excessive des terres, notamment les parcelles dans les centres urbains. L’Etat central qui avait compétence pour gérer la terre et tous les conflits qui en résultaient a cédé un grand nombre de ses prérogatives en la matière aux communes (rurales et urbaines). Le pouvoir local (les maires et les conseils municipaux) devient de plein droit, le régulateur de la gestion du foncier.

Les différents textes fixant le cadre légal de la gestion des affaires foncières prévoient une gestion des terres par les conseils municipaux selon les principes de transparence, d’équité, de participation, d’imputabilité, de responsabilité, etc. En somme, selon les nécessités de la bonne gouvernance. Cependant, en dépit des prescriptions de ces textes, peu d’exécutifs locaux ont su conduire les affaires foncières selon les exigences de l’intérêt général. Dans de nombreuses communes, les lotissements, les attributions de terres rurales et autres ont été à la base de graves crises au sein des conseils municipaux ou ont opposé des élus locaux aux populations. Cette situation résulte de diverses raisons parmi lesquelles on peut citer : l’absence ou l’insuffisance d’encadrement des collectivités territoriales dans la pratique de lotissement, la spéculation foncière et immobilière, etc. Ces situations entraînent parfois, des blocages dans leur fonctionnement, des suspensions ou révocations de maires avec ou sans poursuites judiciaires.

Par ailleurs, l’émergence de nouveaux acteurs dans le domaine de l’agriculture, notamment avec l’agro-business, a suscité l’apparition de vastes propriétés foncières dans les communes rurales au point de susciter des inquiétudes quant à la sécurisation des terres rurales et les droits de leurs usagers (les paysans) ne disposant pas de droits fonciers autres que coutumiers.

Lors du point de presse du gouvernement du 13 juillet dernier, le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Maurice Dieudonné Bonanet, a dressé un état critique de la gestion foncière en milieu urbain. De son réquisitoire, il ressort que le phénomène des habitats spontanés, la spéculation foncière, le retard en équipement urbain, les inondations, l’anarchie dans l’occupation spatiale, le nonrespect de la réglementation en matière de construction, l’insuffisance en logement, l’absence de planification urbaine sont autant de maux qui minent la gouvernance du foncier urbain au Burkina.

Cette situation « a occasionné un gaspillage foncier énorme. On en est arrivé à la situation où les extensions des lotissements ne sont pas toujours en adéquation avec les besoins réels », affirmet-il. Pour lui, il faut donc rectifier le tir. Et il promet que des actions fortes seront menées en vue de vérifier la régularité des lotissements, le respect des normes en matière de construction. Il n’exclut pas le retrait des parcelles attribuées dans l’illégalité ou objet de spéculation, la destruction des constructions ne respectant pas les textes en la matière. Bref, le ministre promet un redressement dans ce secteur.

A cela s’ajoute l’épineuse question de la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs. La problématique des zones cultivables et celles pastorales constitue une urgence en matière de sécurisation foncière ou de sécurité tout court. Au-delà donc des lotissements, il apparaît aussi important de faire un bilan sans complaisance des pratiques d’expropriation à grande échelle opérées par les anciens dignitaires du pouvoir Compaoré dans les campagnes. Les départements ministériels concernés par le foncier rural, notamment le ministère de l’Agriculture, doivent aussi entrer en scène afin de trouver des solutions durables à ces conflits fonciers récurrents et qui risquent de compromettre durablement la paix et la quiétude sociales dans plusieurs communes, surtout avec l’installation des nouveaux élus locaux qui ne tarderont certainement pas à vouloir leur part du gâteau foncier.

En attendant les conclusions de la commission d’enquête parlementaire sur le foncier et la nouvelle législation annoncée, l’Etat central doit être ferme avec les nouveaux exécutifs locaux. Le maire qui se transforme en spéculateur vendeur de parcelles doit être poursuivi et sanctionné à la hauteur de la faute commise. De même, les dossiers des maires déjà poursuivis doivent aboutir à des procès équitables afin que toute la lumière soit faite sur la gestion mafieuse des parcelles urbaines, surtout de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso depuis l’installation des conseils municipaux en 1995. Sur ce point, la Justice burkinabè est vivement attendue.

  • 06
  • Aoû

logo 2Votre Journal a soufflé ses 9 bougies ce 1er juillet 2016.

Cela fait donc 9 ans déjà que l’aventure a commencé avec un serment que nous avions intitulé « Le sens de notre engagement » dont un extrait est repris dans chaque édition à la page 2. D’aucuns avaient cru l’aventure très éphémère, parce que l’option que nous avions prise n’était pas porteuse d’avenir. Ils n’avaient pas tort. Né dans un environnement politique et économique austère pour ceux qui refusent toute compromission, Le Reporter devait compter d’abord sur ces capacités à fournir au public des informations fiables qui bousculent les pratiques et les cultures politiques et économiques de la prédation, de l’insouciance et de l’appropriation privée du bien public.

C’était le seul espoir de se constituer un lectorat dans un pays où, dit-on, les gens lisent peu. Lentement mais sûrement, Le Reporter s’est frayé son chemin et a conquis sa place sur l’échiquier médiatique burkinabè.

Grâce à un lectorat vite fidélisé et de plus en plus grandissant. Avec une équipe modeste mais très enthousiaste, dévouée et déterminée à toujours donner le meilleur d’ellemême, nous sommes encore débout et pensons le rester encore longtemps, pour toujours, en ce sens que nous comptons maintenir haut ce flambeau et le léguer à la postérité.

Au moment où nous célébrons ce neuvième anniversaire, nous sommes animés du double sentiment d’un parcours difficile mais fortement exaltant et surtout d’une mission qui ne cesse de se renouveler chaque jour avec de nouveaux défis. Nous ne retiendrons que les défis. Car, quel que soit le palmarès réalisé ou le parcours accompli en 9 ans, nous restons convaincus que le plus grand reste à accomplir. C’est cette foi qui nous pousse à aller de l’avant, à rester constants et déterminés dans l’effort.

C’est cette même foi qui nous a permis de tenir face à des obstacles et des épreuves qui ont parfois éprouvé et remis en cause bien des certitudes. Dès le départ, nous étions convaincus de l’émergence progressive de nouvelles consciences citoyennes attachées aux principes républicains et prêtes à défendre la patrie contre les dérives monarchiques et patrimoniales. Nous avons toujours pris fait et cause pour l’Etat de droit. Nous avons alimenté à notre manière le rêve du renouveau que nous avions toujours appelé et que nous continuerons d’appeler de toutes nos forces.

Après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, les élections présidentielle et législatives de novembre 2015 et les municipales du 22 mai 2016, l’on peut dire qu’il y a une recomposition du paysage politique national et des prémisses du renouveau.

Mais l’on en est encore loin. Le chemin à parcourir pour y arriver reste presqu’entier. Ce n’est donc pas le moment de baisser la garde. Bien au contraire, aujourd’hui plus qu’- hier, nous devons ouvrir l’oeil et le bon, afin qu’effectivement, plus rien ne soit comme avant. C’est pourquoi, nous renouvelons l’engagement de rester intransigeants dans la défense de notre indépendance éditoriale et notre volonté de toujours fournir aux lecteurs des informations justes et crédibles afin de leur permettre de mieux suivre la gestion des affaires publiques. A tous les lecteurs du journal Le Reporter, nous voudrions les rassurer que leur Journal sera toujours indépendant ou ne sera. Nous refuserons toujours de nous prostituer aux milieux politiques et aux puissances d’argent prêts à tout pour se payer des éloges et des propagandes flatteuses.

Nous ne serons le corbeau ou le perroquet de personne. Aujourd’hui comme hier et demain encore plus, nous resterons guidés par le devoir et la liberté d’informer. Nous ne sommes pas infaillibles. Nous avons nos limites bien humaines. Nous pouvons parfois nous tromper, de bonne foi. Mais jamais, nous ne prendrons volontairement des libertés avec la vérité, la justice et les droits humains fondamentaux.

Encore une fois, merci à tous les lecteurs et toutes ces femmes et ces hommes de bonne foi qui ne cessent de nous soutenir et de nous encourager.

Nous avons encore besoin de leurs appuis et leurs conseils éclairés pour continuer à toujours mériter de la confiance que beaucoup de lecteurs ont placée en nous. Rendez-vous au 10e anniversaire pour faire le bilan du parcours réalisé en une décennie.

  • 03
  • Juil

KoglweogoDepuis le début de l’année, nous n’avons eu cesse d’interpeller le nouveau pouvoir sur les conséquences fâcheuses de leur complaisance vis-à-vis des Koglweogo ou ces groupes dits d’auto-défense qui se permettent tout et presque partout sur le territoire national. Ils vont même jusqu’à défier l’autorité de l’Etat en instaurant des lois et une justice parallèles. Le ministre en charge de la sécurité, Simon Compaoré, les avait encouragés en affirmant publiquement que ce sont ceux qui sont à Ouagadougou, protégés par les forces de sécurité, qui ne veulent pas des Koglweogo.

  • 23
  • Nov

urnesLe 29 novembre prochain, le peuple burkinabè est appelé aux urnes pour des élections présidentielle et couplées inédites. Pour la première fois dans son histoire, le Burkina Faso organise des élections sans un président sortant et candidat à sa propre succession. Mieux encore, les favoris sont des leaders de partis d’opposition. L’on pourrait même dire sans se tromper que le vainqueur sera un opposant. Car, après l’invalidation des candidatures de l’ex-majorité aussi bien à la présidentielle qu’aux législatives, le coup d’Etat de Gilbert Diendéré et ses soubresauts, il ne reste plus véritablement des candidatures qui puissent inquiéter les poids lourds de l’opposition. A la présidentielle, il y aura, comme nous l’avions déjà écrit, des outsiders : Ram Ouédraogo et Salvador Yaméogo. Est-ce vers eux que le CDP va se tourner ? Rien n’est moins sûr car soutenir ces deux outsiders c’est courir le risque de se faire harakiri parce qu’il est fort à parier que le report sera quasi nul. Non seulement le CDP n’a plus les moyens financiers et logistiques de l’Etat, des soutiens de Blaise Compaoré, les opérateurs économiques et autres pour mettre en branle une machine électorale aussi puissante, mais surtout ces candidats n’en disposent pas eux-mêmes des moyens pour permettre à des militants CDP de battre campagne pour eux. Sauf bien sûr si Blaise Compaoré et son frère François se décident enfin à leur venir au secours. Ce qui risque fort de ne pas arriver parce que l’un et l’autre devraient avoir compris que le CDP a atteint ses limites et a amorcé le chemin du déclin. Certains s’y accrochent mais pour combien de temps et avec quel moyen ?

En somme, l’absence de candidats à la présidentielle, l’invalidation de certaines candidatures et surtout la décapitation du parti par les conséquences judiciaires du putsch avorté de Gilbert Diendéré vont jouer sur les résultats du CDP et de ses alliés aux législatives. Malgré les professions de foi, il est clair que l’investissement humain et même financier des différents leaders ne sera pas à la hauteur du challenge.

Sauf donc par extraordinaire revirement, comme le prévoient certains prédicateurs, la présidentielle départagera principalement : Zéphirin Diabré de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), l’ex-chef de file de l’opposition, et Roch Marc Christian Kaboré du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Ironie du sort, ce dernier était, il y a quelques années, le président du CDP sous la bannière duquel il aurait pu se présenter à cette présidentielle si Blaise Compaoré ne s’était pas entêté à conserver son fauteuil.

Contrairement aux précédentes élections présidentielles, ce sera donc la première fois et peut-être la dernière, sous la 4e République, que le vainqueur ne soit pas connu avant l’échéance, même si les pronostics et les sondages donnent déjà l’un ou l’autre favori vainqueur. Mieux, les Burkinabè rêvent déjà d’un second tour. En effet, selon les analystes politiques, au regard des forces politiques en présence, un second tour serait inévitable. Mais à regarder de très près, si les tendances se maintiennent, il y a de fortes chances que la chose soit pliée dès le premier tour pour l’un ou l’autre. Et à cet exercice-là, l’on peut prendre le risque de dire que Roch a plus de chance que Zéphirin de l’emporter dès le premier tour. A contrario, celui-ci a plus de chance de l’emporter au second tour où le tout sauf MPP pourrait faire ses effets.

A côté de ces deux gros calibres, il y a d’autres enjeux pour les autres candidats, notamment Bénéwendé Sankara, qui sera à sa troisième candidature et doit faire mieux. Pour lui, le challenge est d’autant plus grand qu’il doit laver l’affront que lui a porté ses frères ennemis sankaristes qui ont pratiquement (osons le dire) saboté sa candidature. Il y a aussi Saran Séré, qui doit faire honneur aux femmes. Tahirou Barry, Adama Kanazoé doivent relever le défi de la jeunesse. Jean-Baptiste Natama aussi. Il n’est pas si jeune mais ses partisans sont majoritairement jeunes et il s’en revendique. Pour ces quatre, ça pourrait être le début d’une carrière qui devrait les conduire demain au sommet. Mais ce premier pas est des plus importants. Une débâcle pourrait compromettre la suite. Il y a Ablassé Ouédraogo qui joue gros dans cette campagne. Lui qui se prévaut de trop d’atouts qui se sont révélés être ses points faibles. L’autre curiosité ce sera tous ces candidats indépendants inconnus pour la plupart jusqu’au dépôt de leurs candidatures. Combien atteindront le seuil des 1% ? Rendez-vous après le 29 novembre. Que le meilleur gagne pour le Faso. Bonne campagne à toutes et à tous !

  • 17
  • Nov

ministreUne fois n’est pas coutume ! Pour l’une des rares fois, la communauté nationale, à commencer par le gouvernement, a reconnu et salué le travail des médias avec à la clef, des engagements à l’accompagner. Les médias burkinabè, hormis quelques exceptions bien négligeables, ont joué un rôle déterminant dans la résistance. Défiant les dangers de la répression féroce ainsi que des actes de vandalisme et de saccages des locaux et installations des organes de presse par des éléments de l’ex-RSP, les journalistes-reporters ont assuré leur mission de services publics. Usant parfois des réseaux sociaux et leurs sites web pour pallier à la fois à l’absence de circuits de distribution (absence de revendeurs à la criée dans les rues, administration publique, boutiques et alimentations fermées) pour la presse et aux difficultés de diffusion pour les radios et télé du fait des saccages des installations ou des menaces de toutes sortes, les médias publics et privés ont tout fait pour assumer leur part de responsabilité dans cette résistance. Ils ont refusé que les putschistes enferment le pays et l’éloigne des regards du monde pour mieux museler le peuple en résistance.

C’est donc tout naturellement que dès la première apparition du Président Michel Kafando après l’échec de la tentative du coup d’Etat, il n’a pas manqué de citer les médias parmi les acteurs dont le combat a contribué à la victoire. Ce fut ensuite au tour du chef du gouvernement, Isaac Zida, lui aussi sorti de sa séquestration par les putschistes, de recevoir les responsables d’organes de presse pour leur transmettre de vive voix, les chaleureuses félicitations du gouvernement. Au cours de cette rencontre, trois engagements forts ont été pris : le dédommagement des organes de presse saccagés par les putschistes ; l’augmentation de la subvention à la presse privée et la création d’un Fonds d’appui à la presse privée.

Mais en dehors du premier engagement, les deux autres ne sont pas nouveaux. Ils ne datent pas du putsch. La création du Fonds d’appui date même du régime Compaoré. Cependant, si le gouvernement de transition parvient à les concrétiser en reconnaissance au travail abattu par les médias au cours de ces folles journées, c’est tout à son honneur. Il faudra d’ailleurs rendre justice au gouvernement en reconnaissant qu’il n’a pas attendu le coup d’Etat pour lancer le Fonds d’appui à la presse privée. Le processus devait faire l’objet d’un atelier de validation le 23 septembre. Cet atelier a finalement eu lieu après le putsch. Le processus est presque bouclé.

En tous les cas, la presse burkinabè a confirmé, au cours de cette période trouble, tout le bien que l’on dit d’elle. Ce qui est réconfortant, c’est surtout cette formidable jeune génération de journalistes qui aiment le métier, y mettent tout leur cœur. L’on peut dire que la relève est assurée. Au niveau de la presse, le Burkina Faso peut donc rêver de l’émergence de journalistes de talents jaloux de leur indépendance, expriment leur liberté et leur droit à la différence, quelles que soient les circonstances. Et sous ce registre, l’on ne peut s’empêcher d’ouvrir une parenthèse pour féliciter le jeune Hyacinthe Sanou de L’Observateur qui a décroché le Prix CNN du meilleur journaliste africain. Bref, cette jeunesse de la presse burkinabè peut nous valoir beaucoup de lauriers. Il faut surtout savoir les encourager et les accompagner sans les gâter.

Ce fort moment de solidarité avec les médias doit être saisi pour réfléchir sur les voies et moyens d’encourager le professionnalisme dans la durée et surtout sur les conditions de contribuer à l’émergence d’entreprises de presse solides, porteuses de valeurs et créatrices de richesses et d’emplois. Cet accompagnement doit être débarrassé de tout calcul politique à court terme. Tout comme les autres secteurs de la vie publique nationale, le monde des médias doit avoir ses grands noms (qui existent depuis longtemps déjà et sont même assez nombreux) et ses grandes entreprises. Celles-ci sont rares pour le moment. Le Burkina pourra ainsi renforcer la crédibilité et la viabilité économique des entreprises de presse. En cette période où le vent semble favorable, il faudra faire le maximum. Il ne faut pas que les erreurs ou la mauvaise foi de quelques brebis galeuses prennent le pas sur l’appréciation globale du travail des médias. Il ne faut surtout pas que les égos de certains gouvernants obstruent leur bon sens. La presse est ainsi faite. Elle n’est pas une amie ni un ennemi. Elle donne l’information, dénonce mais aussi encourage à sa manière les bonnes pratiques de gestion publique. Elle ne cherche ni à plaire, ni à déplaire.

  • 09
  • Nov

coupLe Burkina Faso, patrie des femmes et des hommes intègres, a vécu, au cours de cette deuxième décade de septembre 2015, l’une des graves tragédies de son histoire. Cette tragédie aura permis de révéler à la face du monde que le peuple burkinabè tient à sa dignité retrouvée depuis l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2015. Que plus qu’un slogan, ce peuple a fait le serment qu’effectivement, plus rien ne sera comme avant. Cette tragédie orchestrée par une poignée de médiocres mus par les forces du mal et des intérêts boulimiques a contraint le peuple notamment dans sa frange jeune à entrer en résistance. Les mains nues faces à des soldats qui se vantent d’être l’élite de l’Armée nationale mais qui tuent les enfants du peuple qu’ils sont censés protéger, les Burkinabè ont une fois de plus, leur attachement aux valeurs et principes de l’Etat de droit. Cette résistance populaire réprimée dans le sang a fait écho dans les casernes des différentes garnisons du pays où des officiers ont entendu l’appel au secours du peuple. L’armée a donc décidé de prendre le relais pour protéger le peuple mais surtout restaurer la discipline et le sens des valeurs militaires dans ses rangs en désarmant le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), cette créature immonde de Blaise Compaoré et son fidèle serviteur jusqu’à sa chute. Et le Burkina Faso a été définitivement débarrassé de ce corps aux relents de mercenaires et de miliciens.

Au moment où le pays sort de cette tragédie, nous nous voudrions, au nom de toute l’équipe du Journal Le Reporter, nous incliner très respectueusement sur la mémoire de nos frères et sœurs tombés sous les balles assassines des putschistes du 16 septembre. Hommage aux martyrs de la résistance. A tous les fils tombés dans cette résistance contre ce coup d'Etat le plus stupide de l'histoire des nations du monde moderne, le Burkina de vos ancêtres vous doit hommage et respect.

A la jeunesse patriote de Ouagadougou, toutes conditions sociales confondues, les mots nous manquent pour saluer votre bravoure et votre intrépidité. Vous avez fait du bon boulot!
A notre confrère et grand frère Chérif Sy, président du Conseil national de transition, merci pour le courage et l'intelligence politique de donner un cachet institutionnel à la résistance et d'en avoir vaillamment assuré la conduite républicaine!

La lutte aurait été vaine si vous aviez abdiqué, Mba Michel ! Merci monsieur le Président pour la résistance !
Aux organisations de la société civile qui étaient sur le terrain (elles se reconnaîtront) et au mouvement syndical, félicitations pour votre engagement sans faille pour la démocratie et vos actions diverses et multiformes qui ont mis en échec cette barbarie indigne de notre cher Burkina. A tous les vaillants résistants des quatre coins du Burkina Faso, qui par leur mobilisation et leur détermination ont montré au monde entier que les putschistes et leurs soutiens politiques ne représentent qu’une minorité d’aventuriers, nous vous disons bravo pour votre mobilisation exceptionnelle!

Aux officiers, chefs de corps des différentes garnisons et leurs troupes, armée de patriotes, qui ont entendu le cri de détresse et l’appel au secours, nous sommes au garde-à-vous ! Le pays vous doit une fière chandelle. Merci d’avoir libéré votre pays et remis certains à leur vraie place dans notre société. Honte à ceux qui ont trahi leur peuple.

A tous les hommes et femmes de médias qui, malgré les agressions et autres attaques ignobles des terroristes, ont abattu un travail colossal contre l’imposture, recevez nos salutations confraternelles. A tous les acteurs de la vie publique nationale qui d’une manière ou d’une autre ont contribué à cette résistance, nous saluons votre action.

A l’Union africaine, merci d’avoir soutenu le combat du peuple contre le terrorisme. A la CEDEAO, nous exprimons notre déception de voir qu’aujourd’hui encore, certains dirigeants veulent imposer aux peuples africains la barbarie et l’impunité, juste pour satisfaire leurs petits copains.

A tous les amis du Burkina Faso qui d’une manière ou d’une autre ont contribué à mettre fin à cette tentative de putsch et à mettre en déroute ses auteurs, le pays vous en saura gré.

Bref, une fois n’est pas coutume. Et Le Reporter voudrait saluer le courage de ce peuple qui force l’admiration, même de ceux qui rêvent de le dompter. Nous sommes des Burkinabè et devons le rester en toute circonstance !

  • 04
  • Nov

cdeaoTrois pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) organisent des élections à risques au mois d’octobre prochain. En effet, le Burkina Fao et la Guinée Conakry tiendront des présidentielles le 11 octobre. En Côte d’Ivoire, ce sera pour le 25 du même mois. Les précédentes élections présidentielles en 2010 ont été calamiteuses dans deux des pays, à savoir la Guinée et la Côte d’Ivoire où la crise post-électorale avait fait plus de 3 000 morts. La CEDEAO avait tellement tergiversé lors de ces élections que pour bien des Africains, elle avait abandonné les Ivoiriens à leur triste sort.

Cette fois, la CEDEAO semble vouloir prendre le taureau par les cornes en convoquant un sommet extraordinaire le 12 septembre dernier pour se pencher sur ces élections à risques. Elle semble avoir pris toute la mesure de la situation, notamment l’urgence d’envisager des solutions préventives à toute dérive. Mais la CEDEAO s’y prend tellement mal que certaines de ses initiatives ressemblent, à bien des égards, à une tentative plus de mettre le feu aux poudres qu’à calmer les situations. C’est le cas par exemple du Burkina où avant même que le sommet ne se tienne, un médiateur pour les élections a été désigné en la personne de Yayi Boni, le président béninois. Alors que les Burkinabè de tous bords ont décidé de se ranger dans le seul et unique camp de la paix et de la stabilité, l’initiative de la CEDEAO ressemblait plus à une sorte de pyromane-pompier et suscitait déjà des interrogations et même des réprobations chez bien des Burkinabè. Il faut dire que depuis le début de la Transition, cette instance régionale n’a pas réussi à se faire une bonne image aux yeux de certains Burkinabè, notamment les insurgés. En effet, non seulement ceux-ci reprochent à l’organisation régionale son mutisme pour ne pas dire son silence complice sur le projet de modification de la clause limitative des mandats présidentiels de Blaise Compaoré, mais en plus, les insurgés n’ont pas digéré les déclarations intempestives de certains chefs d’Etat sur l’inclusion de tous au processus électoral. Pire, ces discours provenaient de chefs d’Etat qui ne sont pas des modèles en la matière, notamment l’Ivoirien Alassane Ouattara dont la proximité avec Blaise Compaoré est bien connue à Ouagadougou. Du coup, la décision de nommer un médiateur a été reçue par les insurgés comme une énième tentative de l’institution régionale de s’immiscer dans les affaires intérieures du Burkina et pire, de remettre en scène les dignitaires du pouvoir déchu. D’autant plus que les élections en Côte d’Ivoire et en Guinée semblaient plus explosives qu’au Burkina Faso, mais la CEDEAO n’a pas jugé utile d’y nommer des médiateurs.

C’est donc avec beaucoup d’attention que les Burkinabè attendaient les conclusions du sommet de Dakar qui se tenait au lendemain de la publication de la liste définitive des candidatures à la présidentielle et surtout de l’acceptation de cette décision par tous. Fort heureusement, le Président Michel Kafando et sa délégation ont su convaincre les chefs d’Etat de la CEDEAO que le pays des Hommes intègres n’a pas besoin d’une médiation. Sauf revirement extraordinaire et mortel de certains acteurs, tout est en ordre pour des élections apaisées. La CEDEAO et certains chefs d’Etat doivent enfin se rendre à l’évidence que les Burkinabè ont décidé d’écrire une nouvelle page de leur histoire en tournant définitivement celle de Blaise Compaoré. A défaut de les accompagner, il faut se garder de perturber le processus par des décisions et des initiatives risquées et porteuses de divisions. Il faut espérer donc que les faux chantres de l’inclusion (maîtres de l’exclusion chez eux) dont l’attitude a failli encourager la division entre Burkinabè à certains moments, vont enfin laisser les Burkinabè préparer et organiser en toute quiétude leur sortie de transition, sans immixtion ni tentative de déstabilisation.

Boureima OUEDRAOGO

"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite