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Thomas Sankara, un mythe inoxydable !

15 novembre 2016 Auteur :   Boureima OUEDRAOGO

 

Mais 29 ans se sont écoulés et le mythe reste comme l’avait prédit son ami Senen Andriamirado : « inoxydable ». Il le restera encore pendant longtemps. En tuant Sankara, ils l’ont immortalisé de fait. 29 ans après, son fantôme semble prendre sa revanche sur Blaise Compaoré, chassé du pouvoir, il y a bientôt deux ans. D’abord, c’est avec les posters de Sankara en main et scandant des slogans révolutionnaires que les insurgés d’octobre 2014 l’ont chassé du pouvoir. Il est désormais condamné à se cacher chez ses beaux-parents pour espérer échapper à la Justice qui le recherche pour l’assassinat de Thomas Sankara. Comme tous les observateurs l’avaient prédit, la Justice ne pouvait pas prospérer dans ce dossier tant que Blaise Compaoré, le suspect N°1, était au pouvoir. En effet, pendant 17 longues années (c’est en 1997 que la famille a porté plainte contre X pour l’assassinat de Sankara), la Justice a tergiversé pour finir par ranger le dossier dans les tiroirs de l’impunité.

Il a fallu attendre la Transition pour que les autorités d’alors, notamment le Président Kafando, décide du fait du prince d’autoriser l’exhumation et l’expertise des restes du Président Sankara. Ensuite le Premier ministre et ministre de la Défense, Yacouba Isaac Zida, a signé l’ordre de poursuite que tous ses prédécesseurs sous Blaise Compaoré avaient refusé de faire.

Depuis, le dossier connaît des avancées importantes. Blaise Compaoré fait l’objet d’un mandat d’arrêt international et d’une procédure de demande d’extradition. Ses amis ivoiriens lui ont octroyé la nationalité ivoirienne pour lui permettre d’échapper à la Justice de son pays. Bafouant l’honneur de l’officier, du chef d’Etat qu’il a été, Blaise Compaoré ne semble plus se soucier de sa dignité. 29 ans après sa mise à mort, le mythe de Thomas Sankara est en train de triompher sur l’imposture.

Pendant que Blaise Compaoré qui s’était entretemps cru homme fort est contraint à l’exil, Sankara est célébré en héros au pays. Comme en 2015, la Télévision nationale a encore fait fort le 15 octobre 2016 en consacrant d’abord une vingtaine de minutes du journal de 20 heures à Thomas Sankara, organisé des débats réunissant des partisans du président assassiné, diffusé un témoignage poignant de l’un des amis de l’illustre disparu, en l’occurrence l’ex-président ghanéen, John Jerry Rawlings.

Comme le dit bien le proverbe, aussi longue que soit la nuit, le jour viendra. Tout porte à croire que le jour est en train de se lever progressivement sur cette date fatidique du 15 octobre 1987. Il ne reste plus qu’à espérer que dans un sursaut d’orgueil et de sagesse, Blaise Compaoré accepte de revenir au pays pour répondre courageusement de ses actes. Pour ce qu’il a été, quelles que soient les fautes commises, il peut encore se montrer digne de l’homme d’Etat qu’il a été et de la confiance aveugle que certains de ses compatriotes lui ont vouée et continuent de lui vouer. Ce sera une énième trahison de sa part de continuer à fuir la Justice et à chercher à déstabiliser son pays comme beaucoup le suspectent aujourd’hui.

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