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Gouvernement d’union nationale: Que cachent les agitations de certaines OSC ?

10 novembre 2016 Auteur :   Boureima OUEDRAOGO

Depuis, des citoyens organisés en associations ou regroupements de diverses natures, manifestent régulièrement leur volonté de participer activement à la construction de leurs cités ou leur pays par des actions multiformes. Le processus de libéralisation du jeu politique s’est donc accompagné de l’émergence d’une kyrielle de partis politiques et d’organisations de la société civile (OSC). Cette émergence d’OSC concerne à la fois l’échelle locale et le niveau national. Elle se traduit par des actions concrètes accompagnant les pouvoirs publics ou au contraire, dénoncer certaines inconduites de ces derniers : corruption, mauvaise délivrance de services publics, appropriation privée de l’espace public, etc. D’autres organisations ont choisi de s’investir directement dans la réalisation de programmes de développement dans divers domaines de la vie publique. A côté des acteurs politiques dont le rôle premier est de conquérir et de gérer le pouvoir d’Etat, les organisations de la société civile se sont positionnées comme des acteurs d’accompagnement ou d’interface, auto-investis de mission de veille, de participation et de contrôle citoyen de l’action publique.

C’est donc naturellement que le rejet du projet de modification de la Constitution pour consacrer le pouvoir personnel et à vie de Blaise Compaoré a suscité la création et l’émergence d’une flopée d’organisations dont certaines ont joué, à côté de l’opposition politique, un rôle déterminant dans l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. Au cours des 13 mois de Transition, la société civile s’est également illustrée comme un acteur incontournable de veille sur la réussite de cette Transition. Elle était au premier plan de la résistance populaire face au Putsch manqué du RSP.

Cependant, la société civile n’échappe pas à la crise du politique et aux dérives qui en résultent. Bien au contraire, elle s’est progressivement enlisée dans les antagonismes entre acteurs politiques. Au cours de la Transition, la société civile a été au coeur des débats politiques, tant son rôle est diversement apprécié. Loin d’être le rempart contre la mal gouvernance et les dérives des acteurs politiques et leurs réseaux de clientèle, la société civile est traversée par une diversité de pratiques qui complexifie davantage son rôle. Certains de ses leaders ne sont que de vulgaires marchands et des opportunistes notoires pour qui toutes les occasions sont bonnes pour glaner des prébendes en postes ou en espèces sonnantes et trébuchantes. D’autres qui ne sont que des agitateurs sans ancrage et sans poids réel de la société mais qui sont tellement prétentieux qu’ils s’érigent en donneurs de leçons de bonne moralité ou de bonne gouvernance. Pour ces derniers, la société civile est devenue un business. Partis de rien, ils sont aujourd’hui des pachas et sont prêts à tout pour défendre leur « beefsteak ». De toutes les façons, ils n’ont d’autres choix, s’ils veulent maintenir leur train de vie princier. Certaines organisations semblent se donner trop d’importance. En effet, depuis quelques semaines, l’on entend des voix s’élever dans ces milieux pour revendiquer la dissolution du gouvernement Thiéba et la formation d’un gouvernement d’union nationale. C’est en vain que l’on cherche à comprendre leurs motivations réelles. Car, sans vouloir excuser le gouvernement Thiéba dont nous ne ratons aucune occasion de dénoncer les louvoiements et la timidité, l’on ne peut pas comprendre l’esprit qui sous-tend cette demande de formation d’un gouvernement d’union nationale. A moins que les leaders de ces OSC ne prêchent pour leurs chapelles ou pour celles de leurs gourous tapis dans l’ombre, cette exigence est pour le moins incompréhensible et à la limite antidémocratique. Le Président Kaboré a été démocratiquement élu. Personne ne conteste sa légitimité. Il a le droit de former le gouvernement qu’il estime capable de réaliser son programme. L’on peut ne pas être d’accord avec l’action gouvernementale. L’on peut même exiger effectivement qu’il revoie sa copie en nommant les femmes et les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Mais l’on ne saurait lui imposer un gouvernement d’union nationale, sauf si l’on établit la preuve que dans la majorité qui le soutient, il manque des compétences pour former ce gouvernement ou encore que la nation est en péril et qu’il faut mobiliser toutes les forces politiques et sociales.

Le plus inquiétant, c’est que l’argumentaire qui sous-tend la demande de dissolution du gouvernement vole tellement bas (ça ne pouvait pas en être autrement) que l’on se demande si certains prétendus leaders de la société civile ne gagneraient pas à être modestes et à respecter la communauté nationale et l’intelligence de leurs concitoyens. D’autant plus qu’en termes de bonne moralité, ils sont loin d’être des exemples. Ça suffit maintenant !

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