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Yacouba Isaac Zida : Imposteur ou mal aimé ?

30 octobre 2016 Auteur :   Boureima OUEDRAOGO

 

Le 31 octobre 2014 au matin, il était encore le numéro 2 du Régiment de sécurité présidentielle et chef des opérations (disons-le ainsi pour être élégant) sur le terrain. Quelques heures plus tard, le voilà porte-parole de l’armée face à la foule mobilisée à la place de la Nation pour annoncer que les forces armées nationales ont entendu l’appel du peuple et qu’elles ont décidé de prendre leurs responsabilités. Plus tard, il reviendra annoncer la démission du Président Blaise Compaoré. Dans la même soirée, le voilà investi par l’armée, chef de l’Etat. Mais avant, il a contraint le Général Honoré Traoré à ravaler sa déclaration, s’autoproclamant chef d’Etat après l‘annonce de la démission de Blaise Compaoré. Appuyé par le RSP, il s’est imposé au reste de l’armée. Avec d’autres officiers, il a géré le pays pendant 21 jours. Précisons que durant cette période, il n’y avait pas de gouvernement. Blaise Compaoré l’avait déjà dissout le 30 octobre.

De chef de l’Etat, Zida a consenti à être   rétrogradé à la Primature. Il n’avait pas d’autre choix. Mais il restera durant toute la Transition, du moins jusqu’au coup d’Etat, un maillon, pour ne pas dire l’homme fort de la Transition. Comme l’appétit vient en mangeant, Yacouba Zida s’est progressivement cru promis à un grand destin politique. Il récupère certaines organisations de la société civile (OSC) chargées de faire sa propagande. Dans le même temps, il s’est progressivement détaché de sa mission première : celle de récupérer le pouvoir perdu au profit de ses anciens patrons ou tout au moins son ancien mentor, le Général Diendéré. Il s’est ainsi mis à dos certains de ses anciens frères d’armes accrochés aux prébendes que leur distribuait Blaise Compaoré, manipulés par une hiérarchie déterminée à se maintenir dans les hautes sphères de l’Etat. Bref, Zida aura tout connu et vécu en l’espace d’une année. Il a surtout réalisé le parricide parfait. Lui qui a fait toute sa carrière au RSP, pratiquement porté à bout de bras par le Général Gilbert Diendéré, a beaucoup contribué à la dissolution de cette unité dite d’élite. L’on pourrait même dire qu’il a poussé son mentor à la faute. Malheureusement, depuis la fin de la Transition, les dieux semblent avoir abandonné Yacouba Zida. Le ciel lui est pratiquement tombé sur la tête.

D’abord, c’est son élévation au grade de Général de Division et sa nomination comme Ambassadeur aux USA qui a fait le buzz et provoqué l’ire de ses détracteurs. Ensuite, c’est son séjour prolongé hors du pays qui lui a valu d’être déclaré déserteur. On pourrait également ajouter ses parcelles à Ouaga 2000 auxquelles il a fini par renoncer qui ont alimenté les débats.

On ne peut passer sous silence, ses pratiques à la limite du gangstérisme, révélées par le Président Roch Marc Christian Kaboré qui apprend à ses compatriotes que le Général Zida a continué à signer des chèques et faire puiser de l’argent des comptes de la Présidence du Faso alors qu’il était déjà Premier ministre. Enfin, c’est la commission d’enquête sur les évènements des 30 et 31 octobre qui l’épingle pour ses responsabilités présumées dans la répression sanglante de l’insurrection par les éléments du RSP. Pour ne rien arranger, l’instruction du dossier de l’insurrection semble converger vers lui.

Lors de la conférence de presse organisée le mercredi 13 septembre dernier, par la Procureure du Faso près le Tribunal de grande instance de Ouagadougou et le commissaire du gouvernement, près le Tribunal militaire, il ressort clairement que la Justice recherche activement Yacouba Zida pour l’entendre. Tous les moyens auraient été utilisés à cet effet. Mais Zida, exilé volontaire depuis le début de l’année au Canada, se terre dans un silence absolu. De héros, Zida risque de finir zéro. Au regard de tout ce que l’on dit et entend de lui, l’on ne peut s’empêcher de se demander si cet ancien soldat et homme de mission de Blaise et de Diendéré n’est pas finalement un imposteur. Il se faisait passer pour un insurgé alors qu’il ne l’a jamais été. Ça, c’était compréhensible. Peut-être que ce sont les fantômes des martyrs de l’insurrection qui le poursuivent.

Ou alors doit-on croire que Zida est un héros incompris, mal aimé et diabolisé par des adversaires politiques ? S’il n’est donc pas mal aimé, il est peut-être un imposteur que l’histoire rattrape. Mais comme le temps est l’autre nom de Dieu, l’on ne peut qu’espérer que toute la lumière soit faite sur ces sombres affaires dont Zida est accablé depuis la fin de la Transition.

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