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Démission de Tahirou Barry: l'on attend toujours les vraies raisons

31 janvier 2018 Auteur :  

L'affaire à fait grand bruit et a même suscité des levers de boucliers. En effet, au moment où la capitale burkinabè s'apprêtait à accueillir la 7e édition du Festival international de la liberté d'expression et de presse (FILEP), les confrères de la Télévision nationale, par une note de la Rédaction que l'on peut qualifier d'historique, dénonçaient l'immixtion du politique, notamment du ministre en charge de la communication, Rémis Fulgance Dandjinou, dans la gestion et le traitement de l'informa­tion. C'était suite au rendez-vous manqué de l'émission « Sur la brè­che » qui devait recevoir le ministre démissionnaire, Tahirou Barry. Tous les défenseurs de la liberté de presse, profondément attachés à l'indépen­dance des médias y compris publics, ne peuvent que condamner toute entrave à l'exercice de cette liberté, notamment l'immixtion du politique dans les contenus des médias publics.

 

Stratégiquement, les raisons avan­cées, notamment le contexte national et le passage du président du Faso sur une chaîne internationale au même moment, ne sont pas suffisantes pour empêcher un journaliste de recevoir le ministre démissionnaire. Bien au contraire, c'était l'occasion de le lais­ser « se griller » tout seul. Parfois, l'on a du mal à comprendre le manque de discernement chez les autorités poli­tiques qui les empêche à se saisir uti­lement des opportunités qui existent dans l'expression de la différence, d'autant plus qu'aujourd'hui, avec l'ouverture des espaces publics d'ex­pression de la diversité, l'on ne peut plus bâillonner un citoyen, décidé à s'exprimer. En effet, une semaine après, Tahirou Barry est passé à la télévision privée BF1. Et il n'est pas allé du dos de la cuillère pour « fouetter » le président du Faso et son gouverne­ment. L'un de nos journalistes l'avait déjà rencontré auparavant. Nous en avons fait l'écho dans notre précé­dente édition. Lui-même s'était exprimé sur les réseaux sociaux et dans la presse, lors de la passation de charges avec son remplaçant. Le moins que l'on puisse dire, c'est que jusqu'à présent, Tahirou Barry n'a pas encore dit la véritable raison de sa démission. Les arguments qu'il déve­loppe sont peu convaincants. Il tente maladroitement un repositionnement politique en enfonçant des portes déjà ouvertes. Que le Président Roch Marc Kaboré semble endormi au milieu d'un immense feu de brousse, ce n'est pas nouveau. Que le PNDES ne sem­ble pas être la solution aux problèmes qui assaillent la jeunesse, ce n'est pas une information. Nous l'avons tou­jours écrit depuis l'année dernière.

En tout état de cause, il n'y a vraiment pas de quoi fouetter un chat. Cela n'enlève rien au mérite de Tahirou Barry d'avoir eu le courage de faire partie de ces rares Burkinabè à oser démissionner, surtout du gouverne­ment. Bravo donc à Tahirou Barry d'a­voir décidé de partir d'un gouverne­ment dont il ne partageait plus la vision, les méthodes de travail et sur­tout dont il ne veut plus être compta­ble des résultats, notamment des échecs ! Mais à force de foncer comme un buffle sur le gouvernement auquel l'on a appartenu pendant 22 mois sans avoir un seul instant mani­festé (en tout cas pas publiquement) un quelconque désaccord et de vou­loir surfer sur les vagues de déceptions généralisées, Tahirou Barry risque de se brûler les ailes. Et c'est peu dire. Bref, s'il a librement choisi de régler ses comptes au gouvernement, c'est son problème. Et c'est son droit le plus absolu. Mais, il doit se souvenir que lui et son ex-mentor Laurent Bado avaient promis l'enfer au Burkina si le MPP arrivait au pouvoir. Mais finalement, ils ont rallié la majorité quand le MPP a gagné l'élection présidentielle de 2015. L'on sait qu'il veut retrouver son siège à l'Assemblée nationale et a déjà fait entamer les démarches.

Si Tahirou est réellement convaincu de ce qu'il avance, il doit quitter la majo­rité et rejoindre l'opposition ou faire bande à part. S'il va à l'Assemblée et s'inscrit dans un groupe parlemen­taire de la majorité, comme Laurent Bado, c'est que la démission du gou­vernement ne rime à rien du tout, sauf s'il y a été contraint. Attendons de voir ! La suite des évènements appor­tera davantage de précisions. Pour le moment, les discours aux relents populistes manquent cruellement de proposition et d'offre d'alternative.

Boureima Ouédraogo

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