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Assemblée nationale: Bala Sakandé, un outsider au perchoir

30 janvier 2018 Auteur :  

Depuis le vendredi 8 septem­bre 2017, le perchoir laissé vacant par Salifou Diallo, décédé le 19 août dernier, est occupé par Alassane Bala Sakandé, l'un des fidèles lieutenants du Président Kaboré depuis les années 90. Jusqu'à la veille de cette propul­sion inattendue, il était un vrai out­sider parmi les successeurs poten­tiels à ce poste de deuxième person­nage de l'Etat.

Même si son nom apparaissait dans les pronostics de certains analystes, Alassane Sakandé ne présentait pas, en tout cas du point de vue de plusieurs observateurs, l'image d'un potentiel président de l'Assemblée nationale au point que dans notre précédente édition, nous n'avons nullement fait cas de sa candidature. Nous avons eu tort de ne pas prendre cette can­didature au sérieux. Finalement, c'est donc l'outsider qui a été dési­gné par le président du Faso et adoubé par la majorité et une bonne partie de l'opposition. Candidat unique et élu avec 104 voix sur 127 (2 nul, 2 contre et 19 abstentions), le nouvel occupant du perchoir peut se targuer d'avoir une légitimité incontestable. C'est une bonne base pour démarrer et sur­tout pour succéder à un Salifou Diallo, considéré comme un barou- deur doublé d'un fin négociateur et qui avait réussi à créer une dyna­mique parlementaire qui fonctionne avec des contradictions de principes mais bien plus sur des ententes taci­tes. Saura-t-il maintenir cette dyna­mique comme il l'a promis dans son discours d'investiture ou se tour­nera-t-il régulièrement vers Kosyam pour prendre des instructions sur des questions importantes. En le propulsant à ce poste, Roch Kaboré a, certes, une certaine idée du type de rapports qu'il voudrait entretenir avec le législatif et s'est surtout ras­suré d'y avoir quelqu'un qui ne devrait nullement pouvoir lui porter la contradiction. En somme, par le choix de Sakandé, le président du Faso semble vouloir reprendre tous les pouvoirs. Il veut enfin être le chef que la présence d'un Salifou Diallo ne permettait pas.

Seulement, a-t-il fait le bon choix ? Là est toute la question. Car le contexte national est tel qu'il aurait été plus judicieux de se saisir du coup du sort pour élargir la majorité, remobiliser tou­tes les forces de changement autour de l'impératif d'un renouveau poli­tique, institutionnel, économique et social. A moins que le président ne veuille désormais se donner les moyens d'être le seul qui engage et contrôle le processus de reconstruc­tion du pacte républicain et du vivre ensemble, malmené ces derniers mois par tant de soubresauts, notamment des vagues de contesta­tions, de débrayages tous azimuts ainsi que des attaques terroristes qui ont fini par mettre à mal le fragile équilibre politico-institutionnel.

En tous les cas, les jours et mois à venir, notamment l'examen des dos­siers en attente à la prochaine ses­sion parlementaire, donneront quelques éléments d'appréciation sur la nouvelle dynamique portée par le « poulain » du président, pour reprendre l'expression de notre confrère L'Evénement. Quoiqu'il en soit, Bala Sakandé va devoir impri­mer sa marque et montrer qu'il n'est pas qu'un pion placé là par la seule volonté du chef de l'Etat dont il doit exécuter les ordres ou les désidéra- tas. L'Assemblée nationale ne peut pas redevenir une caisse de réson­nance de l'Exécutif. Elle doit pour­suivre son émancipation vers son positionnement véritable de pouvoir indépendant de l'Exécutif dont elle doit contrôler sans complaisance l'action. Mais tout cela ne dépendra pas du seul Président Sakandé, mais de l'ensemble des députés, surtout de l'opposition. En attendant donc la toute prochaine session parle­mentaire qui verra le nouveau pré­sident prendre véritablement les commandes du Parlement, l'on ne peut espérer que comme pour son élection, il surprenne ses conci­toyens par une capacité à incarner une Assemblée nationale à la hau­teur des enjeux du renouveau. Pour cela, il doit commencer par créer les conditions d'un contrôle de la ges­tion du Parlement par les institutions et structures indépendantes habili­tées. Bon vent, Président Sakandé !

Boureima Ouédraogo

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