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Août 2017: un mois à vite oublier !

29 janvier 2018 Auteur :  

Le mois d'août 2017 aura été marqué par plusieurs drames pour le Burkina Faso. Tout com­mence avec des accidents mortels à Ouagadougou et sur des axes rou­tiers ayant causé la mort de plus d'une dizaine de personnes. Ensuite, c'est le front social qui entre en ébul­lition avec le bras de fer entre le gou­vernement et les routiers qui a bloqué le pays et une bonne partie de l'éco­nomie nationale pendant plusieurs jours. Et le 13 août, Ouagadougou a de nouveau été frappé en plein cœur par le terrorisme, à travers l'attaque du café Aziz Istanbul sur l'avenue Kwamé Nkrumah, à seulement deux cent mètres du café Cappuccino qui avait été la cible de la première attaque terroriste à Ouagadougou, 1 8 mois plus tôt.

 

Pendant que le pays était encore sous le choc, c'est le président de l'Assemblée nationale, Salifou Diallo, qui tire brusquement sa révérence. Pendant le deuil national, un véhicule militaire saute sur une mine dans le Sahel, faisant trois morts et plusieurs blessés. Les attaques de postes des Forces de défense et de sécurité ont repris ainsi que les irruptions meur­trières dans certains villages fronta­liers avec le Mali. La dernière en date est l'attaque de la gendarmerie de Djibasso qui a causé la mort d'un douanier.

D'un malheur à un autre, le pays semble plongé dans une loi des séries macabres. Faut-il croire que les dieux ont lâché le Faso ? Doit-on voir dans cette succession de malheurs, des signaux que la divine providence ne peut continuer à protéger ceux qui ne se donnent pas les moyens de mériter le bénéfice de cette protec­tion.

Ces dernières années, le Burkina Faso a largement bénéficié de la pro­tection divine. Mais ses fils et ses gou­vernants ne semblent pas encore prendre toute la mesure de cette bénédiction. Les évènements s'en­chaînent mais le pays est resté débout. Chaque fois que des situa­tions dramatiques frappent la Nation, tout le monde crie à l'unité, au patriotisme et à la primauté de l'inté­rêt général sur les rivalités individuel­les ou claniques. Hypocritement, l'on embouche la même trompette du dis­cours convenu. Mais une fois l'émo­tion passée, l'on reprend les mêmes

habitudes mesquines et les mêmes gourmandises. Comme dirait le chanteur jamaïcain, Peter Tosh, tout le monde veut le paradis mais per­sonne ne veut mourir. On parle de démocratie mais on ne conçoit de démocratique que ce qui nous arrange. Personne ne veut renoncer à ses ambitions ou ses intérêts au profit du bien commun et de la quiétude nationale.

Bref, ce mois d'août 2017 est à vite oublier. Mais il faudra tirer les leçons de tous ces drames afin de prémunir le pays d'autres à venir ou au moins de leurs conséquences fâcheuses. Il apparaît urgent de repenser les fon­dements de l'Etat, de la gouvernance et de l'unité nationale. Il faut enfin traduire dans les faits, la rupture d'a­vec le système politique de la préda­tion et du copinage, des réseaux et clans mafieux, des arrangements entre politiciens. Il faut enfin mettre fin à la prise d'otage du pays par une génération de politiciens qui ont épuisé toutes leurs capacités phy­siques et intellectuelles à servir la cause nationale. D'autant plus que presque tous ont, malheureusement, fini par confondre leurs intérêts indi­viduels ou de groupes à l'intérêt supérieur de la Nation. En effet, les oppositions entre les différents acteurs politiques sont de plus en plus nourries par des intérêts individuels, parfois même par des ambitions mal contenues, des sentiments ou des vel­léités de revanche pour avoir perdu le pouvoir, des postes ou des avan­tages. Il y a tant de rancœurs, tant de haines, tant d'incivisme, de défiances qui ont pris le dessus sur le désir de « vivre ensemble ». Comme diraient les artistes, il y a trop de vibrations négatives dans le pays. Si on n'y prend garde, cette situation risque de favoriser l'installation durable des forces du mal dans le pays. Si rien n'est fait, le pire est encore à venir. Les Burkinabè de toutes les condi­tions, du président du Faso au pay­san du village le plus reculé du Burkina profond sont interpellés. Mais c'est surtout les prétendues éli­tes intellectuelles et politiques, aveu­glées par leurs boulimies et leurs gourmandises, qui doivent enfin pen­ser au pays et à leurs parents. Le pays va mal et même très mal. Ça suffit.

Boureima Ouédraogo

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