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La Justice au Burkina des paradoxes

03 août 2017 Auteur :  

 

 

Pour les premiers, il faut saluer ce réveil de la Justice longtemps attendue sur des dossiers impliquant de hautes personnalités du monde des affaires et de la politique. Ceux-ci estiment que « dure est la loi mais c’est la loi » et elle doit s’appliquer dans toute sa rigueur à tous (pauvres, riches, puissants, faibles, etc.)

Pour les autres, pour avoir été ministres ou milliardaire, la Justice ne peut les inquiéter sans qu’il n’y ait une main politique invisible derrière. Devenir milliardaire ou dignitaire de la République vous met définitivement au-dessus des lois. Pour ceux-là, Inoussa Kanazoé (KANIS), Luc Adolphe Tiao et les membres de son dernier gouvernement ne sont que des victimes de machinations politiques. De leur point de vue donc, tout milliardaire qu’il est, le sieur Kanazoé n’est pas un justiciable comme le petit commerçant de rodwooko ou le petit menuisier du quartier. C’est donc l’humilier que de le convoquer à la gendarmerie, le garder à vue et finalement l’inculper pour tous les chefs d’accusation (fraudes fiscales, tromperie de consommateurs, faux et usages de faux, usage de faux Numéro d’identifiant financier unique (IFU), etc.) soulignés par le Procureur du Faso. Certains ont même marché pour exiger sa libération. D’autres, s’appuyant uniquement sur les accusations de fraudes fiscales, soutiennent que l’affaire Kanis aurait pu trouver une solution dans un redressement fiscal. S’agissant du procès du gouvernement Tiao, l’on aura également tout entendu. C’est un procès politique. C’est une justice des vainqueurs contre les vaincus.

Finalement, c’est à ne rien comprendre. Pendant longtemps, la Justice burkinabè a été accusée d’être le véritable maillon faible du processus démocratique et surtout de la moralisation de la gouvernance au Burkina Faso. Accusée de ne s’intéresser qu’aux petits voleurs qui commettent peccadilles juste pour joindre les deux bouts, elle se retrouve objet de toutes les suspicions quand elle se décide enfin à pêcher du gros poisson. C’est cela aussi le Burkina des paradoxes où l’on exige une chose et son contraire et où l’on ne reconnaît la portée des actions des institutions qu’à l’aune des intérêts individuels du moment.

Dans tous les cas, il appartiendra à la Justice de montrer, à travers un traitement diligent et impartial de ces dossiers, sans interférence aucune, qu’elle n’obéit à aucune puissance politique ou financière. Ces dossiers doivent servir d’exemples afin de réhabiliter l’appareil judiciaire. Ils doivent ouvrir la voie à d’autres qui ne feront que renforcer la crédibilité de la Justice. La Justice burkinabè tient là, une occasion unique de prouver qu’elle est capable d’assumer son rôle de gardienne du temple. Vivement qu’elle y arrive. C’est tout le mal que nous lui souhaitons.

Boureima OUEDRAOGO

Boureima Ouédraogo

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