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CONGRES DU MPP La lucidité a pris le dessus sur les égos surdimensionnés

10 juillet 2017 Auteur :  

Mais au fond, c’est juste une confirmation pour ce dernier qui assurait l’intérim depuis l’accession de Roch Kaboré à la magistrature suprême. En cela, il n’y a pas eu de surprise. La seule surprise est que tous ceux qui ont rêvé de voir le parti présidentiel se disloquer au sortir de ce congrès que l’on annonçait être celui de tous les dangers, vont devoir déchanter. Bien au contraire comme voulu par le thème, ce congrès semble en apparence ramener tous les dirigeants du MPP à la raison. Tout porte à croire que chacun a compris que seul, il ne représente pas grand-chose et que le parti n’est pas la propriété de ses seuls dirigeants. Mais c’est maintenant que les choses sérieuses commencent pour le MPP qui doit assumer sa stature de parti au pouvoir, avec tout ce que cela implique comme valeurs, rigueur et exemplarité.

Par Boureima OUEDRAOGO

Le Président Kaboré a donc tenu parole. En effet, au lendemain de son élection à la Présidence du Faso, il avait annoncé qu’il se déchargera de ses attributs de chef de parti politique pour arborer le costume de président de tous les Burkinabè. Dès son investiture, il a abandonné cette charge au premier vice-président, Salifou Diallo, qui assurait l’intérim jusqu’au congrès. Depuis lors (et peut-être depuis toujours), le maître du MPP, c’est Gorba, du surnom de Salifou Diallo. Le successeur naturel du Président Kaboré à la tête du MPP c’est donc lui. Mais le MPP est ce qu’il est, avec ses multiples courants ou clans, ses militants indisciplinés et trop ambitieux, parfois excessivement zélés. Ainsi, à la veille du congrès, l’on a assisté à des tentatives de remise en cause de cet ordre établi. A la manœuvre, quelques dignitaires, d’incorrigibles intrigants, des professionnels de la manipulation avec leurs courtisans. Mus par une volonté de limiter l’emprise de Salifou Diallo sur le parti et l’appareil d’Etat, ceux-ci auraient souhaité reproduire le schéma CDP sous Blaise Compaoré au MPP. Dans ce schéma, le parti est la propriété du président du Faso et ses dirigeants ne sont que des serviteurs de celui-ci. Pour ces partisans de pouvoir personnel, Salifou Diallo est dangereux pour le naam (pouvoir) du Président Kaboré. Lui laisser la direction du parti c’est en faire le véritable dépositaire de tous les pouvoirs. Il fallait donc supprimer la présidence du parti pour créer un Secrétariat exécutif national. Mais, comme nous l’avons écrit dans notre précédente édition, les temps ont changé. Il n’est plus possible d’instaurer un pouvoir personnel dans ce pays. S’y engager c’est plutôt fragiliser le parti et surtout le pouvoir qui a déjà de sérieux soucis dans la gestion quotidienne de l’Etat.

Du reste, en fin connaisseur de cette faune politique et aidé par la lucidité du Président Kaboré (qui a assez de problèmes avec la situation sociopolitique nationale délétère pour se permettre d’ouvrir un front à l’intérieur de son parti), Gorba a déjoué toutes ces tentatives de musèlement. Finalement, le congrès a entériné une situation de fait. Salifou Diallo est désormais le patron légitime reconnu du parti. Pour ses partisans, c’est un juste retour des choses. Mais c’est un autre challenge pour Salifou Diallo. Jusque-là, il a toujours été en arrière-plan. De l’ODP/MT (Organisation démocratique populaire, Mouvement du travail) dans les années 90 au MPP, en passant par le CDP, Salifou Diallo n’avait jamais assuré la direction d’un parti politique. Il a toujours été parmi les leaders influents mais pas le premier responsable. C’est donc une première pour lui. Il va donc imprimer sa marque au MPP.

Du point de vue du renouvellement des instances du parti, l’on peut noter que la raison a triomphé des ambitions et calculs purement politiciens. Chacun occupe désormais la place qui lui revient. Ainsi, l’ancien Numéro trois, le ministre d’Etat, Simon Compaoré en charge de la sécurité, devient numéro deux, et Clément Sawadogo, jusque-là Secrétaire général, monte en galon et devient numéro 3. Faut-il désormais parler de SSC (Salif, Simon, Clément) au lieu de RSS ? Sans doute pas. Parce que dans cette nouvelle direction, certains agiront par procuration. En somme, Roch reste la locomotive qui doit tirer le wagon MPP. Le nouveau président ne s’en cache d’ailleurs pas. Il affirme même que le parti continuera à fonctionner sous le leadership du Président Kaboré. D’ailleurs, pour lui, il faut « s’élever au-dessus du sectarisme pour construire un vrai parti de gauche ».

Vers un nouveau rouleau compresseur pour les prochains scrutins ?

Au-delà du renouvellement des instances, le congrès a permis aux participants de se pencher sur les voies et moyens de renforcer l’assise du parti au niveau national mais surtout sa responsabilité dans la gestion du pouvoir d’Etat. Pour le nouveau patron du MPP, la « bonne tenue du congrès et les résultats auxquels nous sommes parvenus constituent une victoire de plus pour le MPP (…) Le congrès a vu également l’affirmation d’un parti uni, renforcé et conscient de ses responsabilités devant l’histoire. Il a confirmé et réaffirmé que notre parti n’épargnera aucun effort, aucun sacrifice, visant à conquérir des droits nouveaux, à améliorer les conditions de vie du peuple, en ayant toujours à l’horizon, le but suprême qui anime et justifie notre raison d’être et de lutter : une société de progrès et de justice sociale débarrassée des inégalités ».

Si les congressistes se félicitent d’avoir remporté toutes les élections organisées depuis la création de leur parti, ils n’ont pas oublié qu’ils ont été contraints de construire des coalitions pour former une majorité parlementaire. Sans doute, l’objectif affiché sera désormais de parvenir à obtenir une majorité sans alliance avec d’autres partis politiques. C’est du reste le sens que l’on peut donner à la toute première recommandation du congrès relativement à la vie du parti. En effet, il a recommandé à la direction du parti de « procéder au recadrage nécessaire devant lui permettre d’avoir un contrôle sur les maillons stratégiques de l’appareil d’Etat afin de garantir une mise en œuvre réussie des engagements pris auprès du peuple burkinabè, d’autant plus que nous ne sommes qu’à trois ans des prochaines élections présidentielle et législatives ». Cette recommandation fait déjà jaser, à juste titre, les contempteurs du MPP qui y voient un retour à la politisation à outrance de l’administration publique, avec comme objectif ultime de créer une nouvelle machine électorale, un rouleau compresseur qui écraserait tout sur son passage lors des prochains scrutins. Les thuriféraires d’une telle thèse n’ont certainement pas tort quand on connaît le parcours politique des deux principaux ténors du parti. Au CDP, ils avaient inventé et mis en œuvre le « Tuk Guli ». Vont-ils rééditer cette pratique avec le MPP ? Pour bien des observateurs, il n’y a pas de doute. Après avoir affiché leur unité au cours du congrès, ils vont devoir montrer que le MPP n’a pas perdu du terrain comme d’aucuns le susurrent. Les prochaines municipales partielles du 28 mai seront le premier test.

L’on pourrait également ajouter toutes ces recommandations visant à susciter chez les militants à la base, une participation citoyenne à la gestion des affaires publiques à toutes les échelles de gouvernance (communale et nationale), notamment par la mise en place de « cellules de suivi de la mise en œuvre du PNDES », l’organisation de « comptes rendus périodiques des réalisations du programme au niveau des structures géographiques », etc.

Pour que tout cela ne soit pas que de simples déclarations d’intentions, il faut poser les bases de la rupture et de l’instauration de pratiques de bonne gouvernance, entre autres, par l’application « dans de meilleurs délais de la loi portant règlementation de la commande publique ; la responsabilisation des collectivités territoriales par l’établissement effectif des contrats d’objectifs, l’effectivité du budget-programme, etc. En outre, le congrès a été l’occasion de dresser le bilan de la mise en œuvre du programme présidentiel et surtout d’examiner les perspectives à travers la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES). Tout en soutenant que des avancées ont été réalisées au cours de la première année d’exercice du pouvoir, les congressistes reconnaissent que les Burkinabè vivent encore d’énormes difficultés qui assaillent leur quotidien. Mais ils pensent que celles-ci trouveront des réponses concrètes dans la mise en œuvre du PNDES. Enfin, le congrès a manifesté la solidarité du MPP aux populations du Sahel en proie à la violence aveugle du terrorisme.

En définitive, le MPP a réussi son congrès. La tempête annoncée n’a pas eu lieu. Au cours des trois jours, les milliers de délégués du parti au pouvoir ont donc fait le tour de la vie de leur formation politique, analyser la situation nationale, proposer des recommandations. Pour le reste, il n’y a rien à se mettre sous la dent. Ce fut un congrès ordinaire comme n’importe quel autre. L’essentiel a été fait. L’on a sauvé les formes et l’on a pris les mêmes et on continue. Les dirigeants sont contents. Les militants aussi. Rendez-vous dans trois ans pour le prochain congrès ordinaire.

Boureima Ouédraogo

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