-->

GOUVERNEMENT THIEBA II L’espoir du renouveau s’éloigne dangereusement !

10 juillet 2017 Auteur :  

Ceux qui avaient espéré un véritable chamboulement doivent déchanter. Du reste, l’important c’est moins le changement d’hommes que le renforcement de la réactivité, des capacités et l’efficacité du gouvernement dans la recherche de réponses aussi bien conjoncturelles que structurantes aux immenses attentes sociales.

Par Boureima OUEDRAOGO

« La rupture c’est maintenant ou jamais ! » Ainsi écrivions-nous dans notre édition du 15 au 31 janvier 2017, en partant du constat que « sur presque tous les plans de la vie publique, le nouveau pouvoir a fait montre d’un incompréhensible attentisme qui frise parfois l’irresponsabilité ou tout le moins l’incapacité à prendre des mesures à la hauteur des défis et des situations » au cours de l’année 2016. « L’année 2017 s’annonce comme celui de tous les défis. Si le régime Kaboré persiste dans son louvoiement et son incapacité à traduire dans les faits les aspirations du peuple au changement, il risque de compromettre définitivement ses chances d’un deuxième mandat. Les premiers mois de l’année seront déterminants. L’on attend de voir le réaménagement annoncé de l’équipe du Premier ministre Paul Kaba Thiéba pour donner plus de tonus à l’action gouvernementale ; les réformes de l’armée en vue de sécuriser le territoire national ; des mesures fortes dans le sens de dépolitiser l’administration publique et d’assainir la gestion publique. En tous les cas, le pouvoir n’a plus d’excuses. 2017 doit être l’année de l’action concrète pour répondre aux attentes des Burkinabè. Roch « la réponse », c’est maintenant ou jamais ! » Ajoutions-nous.

Le réaménagement du gouvernement devrait donc permettre de répondre à toutes ces exigences du contexte sociopolitique et sécuritaire actuel du Burkina Faso et traduire la volonté réelle de sortir de cette gouvernance bien singulière de l’Etat.

On prend les mêmes et on continue

Ça y est donc ! Le gouvernement Paul Kaba Thiéba II est déjà sur pied. La plus grosse surprise dans ce remaniement, c’est qu’il n’y a pratiquement pas eu de changement. L’on a enregistré deux départs (Pr Filga Michel Sawadogo des Enseignements secondaires, supérieurs et de la Recherche scientifique et Aminata Sana/Congo de l’Economie numérique et des Postes) ; 5 entrées (Nicolas Meda à la Santé, Oumarou Idani aux Mines et Carrières, Pr Alakassou Maïga en remplacement de Filga Sawadogo, Adja Fatimata Ouatarra à la place de Aminata Sana ; et Siméon Sawadogo à l’Administration territoriale et de la Décentralisation). Le gouvernement a connu également deux mutations : Smaïla Ouédraogo de la Santé à la Jeunesse, de l’Emploi et de la Formation professionnelle en remplacement de Jean-Claude Bouda promu à la Défense nationale et des Anciens combattants, portefeuille abandonné par le président du Faso. Deux autres ministres ont vu leurs départements scindés en deux. Il s’agit de l’ancien, Simon Compaoré, toujours ministre d’Etat, chargé de la sécurité (qui a été délesté de l’Administration territoriale et de la Décentralisation) et du jeune Oumar Dissa qui devrait se contenter désormais de l’Energie ; les Mines et Carrières étant érigées en département plein. Au passage, ce réajustement a permis d’augmenter le nombre des membres du gouvernement à 28 ministres (contre 25 dans le précédent), avec toujours les 4 Secrétaires d’Etat. Il a aussi permis de régler des questions de géopolitique nationale avec l’entrée de la région de l’Est et du Sahel dans le gouvernement à travers respectivement Oumarou Idani et Alkassoum Maiga. Et voilà, le tour est joué. L’on prend presque les mêmes et on continue. Du reste, le président du Faso n’avait pas annoncé une refonte du gouvernement mais plutôt un réajustement.

Ce réajustement est-il à la hauteur des espoirs ?

Pour le chef du gouvernement, Paul Kaba Thiéba, il s’agit juste d’un réajustement technique pour opérationnaliser le Plan national de développement économique et social (PNDES). Ce réajustement visait essentiellement, entre autres, à ériger un département plein pour la sécurité, au regard de la situation sécuritaire du pays et permettre au président du Faso de se décharger du portefeuille de la défense qu’il n’aurait pas dû s’octroyer dans le premier gouvernement. Car, en tant que chef de l’Etat, il est, de par la Constitution, le chef suprême des armées. Avait-il vraiment besoin de s’encombrer d’un portefeuille ministériel, quoiqu’il ait besoin de contrôler la grande muette ? En tout cas, il lui a fallu une année pour se rendre à l’évidence, après le drame de Nassoumbou (attaque meurtrière des positions des forces armées en décembre qui a causé la mort de 12 jeunes soldats) que le commandement de l’armée burkinabè avait véritablement besoin d’un réel changement en vue de renforcer sa crédibilité et sa légitimité auprès des officiers, sous-officiers et hommes de rangs. Désormais donc, c’est à un de ses proches que le portefeuille de la Défense a échu. Ce choix suscite d’ailleurs beaucoup d’interrogations, tant pour bien des Burkinabè, le promu n’a ni le profile, ni la carrure pour l’emploi. Il ne justifie pas non plus d’une expérience et d’une connaissance particulière des questions militaires. Mais bon, le Président Kaboré et son PM Thiéba ont voulu qu’il en soit ainsi. C’est d’ailleurs l’une des surprises de ce gouvernement. En tout cas, Jean-Claude Bouda a déjà revêtu sa tunique de ministre de la Défense et promet de terroriser les terroristes. Vivement qu’il y arrive. Mais en attendant, et moins d’une semaine après cette sortie à l’emporte pièce, ce sont les populations du Sahel, précisément de Tongmael, Diguel et Baraboulé dans la province du Soum, qui sont terrorisées par Malam Dicko et sa horde de terroristes avec les attaques simultanées dans la nuit du 27 au 28 février.

L’on ne peut s’empêcher de marquer une halte sur l’érection du ministère de la Sécurité en département plein. Cela n’est pas une surprise, puisque le chef de l’Etat l’avait annoncé. Ce qui est surprenant, c’est que ce poste reste la chose de Simon Compaoré. La question est certes sensible par ces temps qui courent avec la permanence des menaces terroristes. Mais comme nous l’avons toujours écrit, le contexte exige justement que l’on évite de faire de la politique avec la sécurité. Or Simon Compaoré a montré toutes ses limites, donnant parfois l’impression d’être plus soucieux des enjeux politiques que ceux sécuritaires. C’est l’une des grosses inquiétudes et déceptions de ce remaniement. Simon Compaoré se serait contenté de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (où il a tout pour réussir) que bien des observateurs auraient applaudi. Mais il dira que c’est la nouvelle robe que lui a taillée le président du Faso. Seulement, à ce niveau, chacun doit désormais assumer entièrement ses responsabilités. Il n’est pas obligé d’accepter tout ce que le président lui propose. Il va devoir trouver d’autres arguments et montrer par des actes concrets que malgré son apparence d’un homme fatigué et usé par tant d’épreuves, il est encore capable de gérer un département aussi stratégique que la sécurité. Tout le mal que nous lui souhaitons, c’est de réussir brillamment sa mission. Mais déjà, les nouvelles attaques dans le Sahel inquiètent fortement.

Quid de Smaïla Ouédraogo ? Pour bien des Burkinabè, il paie ainsi sa gestion de l’affaire CAMEG qui a défrayé la chronique toute l’année 2016, avec d’interminables feuilletons judiciaires. Pourtant, depuis le début de cette affaire, le jeune ministre a toujours bénéficié du soutien politique au plus haut niveau. Mais un ministre c’est toujours un fusible. C’est lui qui saute quand politiquement le pouvoir échoue à convaincre de la justesse de ses choix. Mais Smaïla Ouédraogo n’aura peut-être pas de regret en quittant la Santé. Non seulement, selon des sources dignes de foi, il se retrouve dans le ministère où il aurait souhaité être lorsqu’il a été contacté pour être membre du gouvernement, mais également, il se met à l’abri de l’inimitié de ses maîtres et autres collègues de la santé, parce qu’étant lui-même du secteur. Il ne reste plus à espérer qu’il ait tiré leçon de cette première année d’exercice de la fonction ministérielle. En tous les cas, il est vivement attendu dans son nouveau département.

En réalité, ce réajustement gouvernemental ressemble fort à l’issue d’un dialogue de sourd au sommet de l’Etat. Rarement un remaniement ministériel n’aura suscité autant de débats et de controverses. Même l’opposition n’a pu s’empêcher de s’y mêler. Pour le moment, son chef de file de l’opposition ne s’est pas prononcé sur ce « nouveau ancien » gouvernement.

Ce remaniement intervient à quelques semaines avant le congrès du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) prévu pour s’ouvrir le 10 mars prochain. Pourtant, d’aucuns avaient vite fait d’affirmer que le remaniement annoncé était en veilleuse en attendant le congrès. Pour d’autres encore, c’est la triarchie au sommet de l’Etat qui bloquerait le processus. Il en est jusqu’à la « très informée » Lettre du continent qui annonce un blocage du fait de Salif Diallo qui voudrait une refonte totale du gouvernement alors que le président du Faso serait favorable à un réajustement technique. Ce remaniement annoncé a tellement alimenté les controverses et des débats que l’on a tout entendu et lu. Chacun y allait de son interprétation et parfois, certains semblaient même vouloir enjoindre le président du Faso de concrétiser le remaniement annoncé. Que d’encre et de salive ont coulé au cours de ces dernières semaines sur ce fameux remaniement ministériel. Que d’appétits aiguisés ! Que de tentatives de manipulations et d’instrumentalisations ! Bref, voici donc le gouvernement Thiéba II. Est-il à la hauteur des attentes ? Que faut-il en attendre ?

Pour certains, c’est une grosse déception. Ablassé Ouédraogo, président de Le Faso Autrement, qui voit du noir depuis que Roch Kaboré a pris place à Kosyam, n’est pas passé par quatre chemins pour affirmer que c’est une provocation du peuple. Pour Me Gilbert Nöel Ouédraogo, président de l’ADF/RDA et actuel président de la CODER (Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale), c’est un non-évènement car il n’y a rien de nouveau dans ce gouvernement.

Ironie du sort, comme le gouvernement Thiéba I, le second est accueilli par des attaques terroristes, même si cette ci, ce n’est plus Ouagadougou qui est attaqué mais encore le Sahel, et surtout sans pertes en vies humaines.

Ce gouvernement Thiéba II sera-t-il la concrétisation de « Roch la Réponse » ? Vivement qu’il en soit ainsi. Car le Burkina souffre déjà trop de l’inefficacité de l’action gouvernementale face à l’immensité des attentes. Si ça continue, le Président Kaboré et le MPP peuvent dire adieu au rêve du deuxième mandat, mais pire, vont devoir batailler ferme pour terminer le premier. On ne peut plus gouverner le Burkina avec des promesses sans suite. Les Burkinabè attendent mieux. Il faut du concret et du solide. En attendant, l’espoir du renouveau maigrit chaque jour un peu plus.

Boureima Ouédraogo

E-mail Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Votre commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

"Nous rêvons d'un Burkina Faso où le pauvre suscite chez le riche, compassion et solidarité; où le faible bénéficie de la protection des forts; où la solidarité n'est pas seulement un slogan mais une valeur essentielle dans nos rapports avec les autres; où toute vie humaine est sacrée;...Lire la suite