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Commémoration de L’anniversaire du PUTSCH : Manqué L’extraordinaire légèreté du Gouvernement Thiéba

10 novembre 2016 Auteur :   Boureima OUEDRAOGO

Comme si le gouvernement avait été surpris par cet anniversaire, c’est pratiquement à la veille de l’événement que l’opinion nationale découvre le programme gouvernemental de commémoration de l’AN I du « coup d’Etat le plus bête dumonde ». Dépôt de gerbe de fleurs dans le carré des martyrs au cimetière de Gounghin, rencontre entre le Premier ministre et les parents des victimes, déclaration gouvernementale, observation d’une minute de silence, voilà, entre autres, les activités concoctées dans la précipitation et à la dernière minute. Au final, ce fut un fiasco total et un cafouillage digne d’un regroupement d’amateurs en quête de légitimité. Le gouvernement est complètement passé à côté de la plaque. Certes, il a tenté plus tard de rattraper ce qui pouvait encore l’être notamment en reprogrammant la rencontre avec les familles des victimes. Le premier rendez-vous prévu le 16 septembre a été boycotté par ces derniers qui avaient estimé que le gouvernement n’avait de respect ni pour leur souffrance ni pour la mémoire des victimes. C’était simplement effarant de constater ce capharnaüm gouvernemental.

En réalité, en choisissant à la dernière minute, de commémorer ce malheureux anniversaire, le gouvernement a commis une faute impardonnable de jouer en solo là où il pouvait rassembler une bonne partie de l’opinion et du peuple. En effet, la commémoration de ce sinistre évènement devrait avoir une symbolique particulière en ce sens qu’elle devait être l’un des grands moments de l’histoire du Burkina Faso. Et c’est à l’unisson que l’ensemble des forces patriotiques du pays devaient marquer une halte pour saluer cet acte de bravoure d’un peuple débout et mobilisé, déterminé à défendre sa dignité et ses aspirations à l’Etat de droit, à refuser le retour de la terreur comme mode de gouvernance. Dans les rues de Ouagadougou, des jeunes ont pendant plus d’une semaine fait face aux balles assassines des éléments du RSP. Partout à travers le pays, des citoyens de toutes conditions sociales ont déferlé dans les rues et devant les casernes militaires pour pousser le reste de l’armée à rejoindre le peuple en lutte contre l’imposture. Débout comme un seul homme, ces forces patriotiques ont réussi à résister non seulement face aux putschistes mais également aux tentatives de la CEDEAO et autres soutiens extérieurs du pouvoir déchu de Blaise Compaoré qui tentait de reprendre la main par tous les moyens.

Ont-ils déjà oublié d’où ils viennent ?

Le Gouvernement Thiéba a surtout commis la faute de ne pas associer les vrais acteurs et les vrais symboles de la résistance face à ce coup d’Etat foireux de Gilbert Diendéré. En effet, ni le Président Michel Kafando et les membres du gouvernement de Transition qui ont pourtant été les cibles de ce coup d’Etat ni le Président du Conseil national de la transition (CNT), Chérif Sy, résistant en chef contre cette abomination du RSP, qui a eu l’intelligence de donner une caution institutionnelle à la résistance populaire, n’ont été associés à l’initiative du gouvernement. Que dire de tous ces jeunes qui, les mains nues, ont défié les éléments du RSP ? On n’oubliera pas ces jeunes officiers, qui ont bravé les ordres et la volonté de leurs supérieurs pour marcher sur Ouagadougou pour mater les éléments récalcitrants du RSP et restaurer l’autorité et les institutions de l’Etat. Et toutes ces populations mobilisées partout dans les centres urbains du pays pour pousser le reste de l’armée à rejoindre le peuple en lutte ?

Quel hommage a-t-on voulu rendre à tous ces héros connus ou méconnus dont le patriotisme et l’esprit de sacrifice ont permis de sauver le Burkina Faso du chao dans lequel les forces du mal ont failli le plonger ? Bénéficiaires insouciants d’une lutte patriotique au prix du sang de certains fils de ce pays, certains membres du gouvernement et leur chef ne semblent pas réaliser que s’il n’y avait pas eu cet esprit de sacrifice et de patriotisme, il n’y aurait pas eu d’élection présidentielle le 29 novembre 2015 et donc eux ne seraient pas là où ils sont aujourd’hui.

Le gouvernement Thiéba a failli

rebLe gouvernement aurait pu décider d’une commémoration nationale en prévoyant des regroupements symboliques partout à travers le territoire national autour des autorités locales (gouverneurs, Hauts-Commissaires, maires, etc.) pour se remémorer cette lutte victorieuse du peuple contre l’imposture. L’on aurait pu ainsi rendre hommage aux héros et aux martyrs, sublimer l’esprit de sacrifice et de patriotisme, rassurer les familles que leurs proches ne sont pas morts pour rien. L’on aurait ainsi pu rassurer tous ces vaillants combattants de la liberté qu’ils ont eu raison de s’engager dans cette bataille. C’était donc une occasion de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté nationale pour laquelle aucun sacrifice n’est de trop. Il s’agissait surtout de rompre avec ce sentiment de regret et de résignation qui gagnent beaucoup de jeunes qui commencent à se demander s’ils ont mené le bon combat depuis l’insurrection populaire jusqu’à la résistance au Coup d’Etat. Il s’agissait surtout pour ce gouvernement de se racheter. Car depuis son installation, l’on ne l’a pas vu poser un seul acte fort pour saluer le sens de l’honneur et de l’attachement à l’esprit républicain de tous ces officiers, sous-officiers et militaires du rang qui ont défié et remis le RSP à sa place, c’est-à-dire qu’il n’a pas de place dans une Armée républicaine. De même, c’était un bon moment pour réhabiliter la Transition dont l’image a été largement écornée par les bruyantes casseroles du Premier ministre Yacouba Zida.

En tout état de cause, l’on ne peut commémorer l’anniversaire du Putsch manqué de mi-septembre 2015 sans rendre hommage aux dirigeants de la Transition, notamment au Président Michel Kafando et à Chérif Sy chacun pour ce qu’il a fait et incarné pendant la résistance et après. Saluer l’engagement de tous les filles et fils de ce pays qui d’une manière ou d’une autre ont contribué à faire échec à cette tentative de restauration de l’ordre ancien vomi et dégagé par le peuple insurgé, aurait été un acte d’humilité et de reconnaissance du sacrifice de chacun pour la dignité et l’honneur de la patrie. C’était surtout une occasion de rappeler aux éléments de l’ex-RSP et tous les aventuriers qui seraient tenté de commettre de telle bavure, que la force brutale, la gâchette facile, ne peuvent plus constituer la règle qui gouverne ce pays.

Malheureusement, le gouvernement s’est compliqué la tâche tout seul. Mieux, il y a eu une très mauvaise coordination de cette activité entre la primature et le ministère en charge de la famille que certains parents de victimes accusent de manquer d’égard et de considération à leur endroit. C’est une faillite flagrante et qui fait rater au gouvernement une rare opportunité de se rapprocher des populations. D’autant plus qu’avec l’interminable instruction du dossier judiciaire de ce putsch manqué du côté du tribunal militaire avec tout ce que l’on a vécu ces derniers mois (immixtion du politique avec le limogeage des juges par le Président du Faso, le scandale de la Cour de cassation pour lever le mandat contre Guillaume Soro), bien des citoyens ont commencé à accuser le pouvoir actuel de ne pas créer les conditions d’une bonne administration de la justice. L’on pourrait y ajouter les libertés provisoires accordées à certains prévenus, qui devraient relever de l’ordinaire, également perçues comme une volonté manifeste d’instaurer une justice à deux vitesses. C’est dire que la méfiance vis-à-vis du pouvoir en place sur cette question du Coup d’Etat est grande. Malheureusement, le gouvernement par maladresse ou légèreté renforce davantage le doute.

Il ne reste plus qu’à espérer qu’ils en tireront toutes les leçons et prendront à brasle- corps la commémoration du deuxième anniversaire de l’insurrection populaire. A défaut de réussir une forte nationale sur cet anniversaire, le gouvernement devrait se garder des initiatives hasardeuses et mal préparées comme celles commémoratives de l’anniversaire du Putsch manqué.

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