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PUTSCH MANQUE DE SEPTEMBRE 2015 : Le tango tango des deux Généraux Diendéré et Bassolé

31 janvier 2018 Auteur :  

Le dossier du coup d'Etat manqué du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ne finit pas avec ses surprises. Au moment où l'on est en train d'amorcer l'avant dernier virage vers le procès, à travers les audiences de confir­mation des charges, le Général Diendéré et ses conseils ont sorti une nouvelle parade.

Ils exigent l'inculpation de toute la hiérarchie militaire au moment des faits (septembre 2015). Plus l'on avance vers la clôture du dos­sier, plus l'intention de certains inculpés d'éviter le procès ou tout au moins de le retarder se précise. Gilbert Diendéré semble changer de ligne de défense. Celle du « Général patriote et courageux » qui a accepté de pren­dre les commandes de ce putsch, juste pour sauver le pays, ne semble plus prospérer. l'autre Général, Djibrill Bassolé, manœuvre, de son côté, dans les sphères diplomatiques et politiques pour se tirer d'affaire. Les deux « braves Généraux » restent donc fidèles à leur logique de déni de la vérité.

En attendant l'issue des audiences de confir­mation des charges, l'on peut dire que l'élément nouveau pour l'instant dans ce dossier est bien la requête sinon l'exigence de Gilbert Diendéré. En effet, au cours de son audition pour la confirmation des charges qui pèsent sur lui, Diendéré et ses conseils ont exigé l'inculpation de toute la hiérarchie de l'armée à l'époque, à commencer par le chef d'Etat-Major géné­ral, le Général Pingrenoma Zagré, le chef d'Etat-Major de la gendarmerie, Tuandaba Coulibaly, le Secrétaire général du ministère de la Défense, Alassane Moné, le Directeur général de la Police nationale, Lazare Tarpaga, pour ne citer que ceux-ci. Pourquoi c'est maintenant qu'ils sortent cette exigence. Le Général se sent-il abandonné à son triste sort ?

diendereIl est vrai, depuis le début de cette affaire de putsch manqué, bien des observa­teurs (dont nous-mêmes) avaient clairement indiqué que la haute hiérarchie militaire, ne serait-ce que par inaction, ne pouvait pas dégager sa responsabilité parce que n'eut été la résis­tance populaire et la pres­sion de certains jeunes offi­ciers, sous-officiers et de la troupe, Diendéré pouvait compter sur la hiérarchie pour s'installer au pouvoir. En effet, on les a bien vus, accompagnant le Général putschiste dans ses sorties officielles durant la semaine de son imposture. Pire, le sentiment général à l'é­poque est qu'ils ont été insensibles à la détresse des résistants massacrés par les éléments du RSP.

Ainsi donc, des putschistes ont été nommés ambassa­deurs ?

Mais l'on croyait que le Général Diendéré avait décidé de ne pas plonger davantage ces officiers supérieurs qu'il a embar­qués de force dans sa for­faiture. Finalement, Diendéré reste fidèle à lui- même. Il ne peut pas se passer des pirouettes et du déni sur ses propres actes. C'est désormais clair, il ne veut pas plonger seul. Soit il n'est responsable de rien, soit il n'est pas le seul à avoir assumé ce coup d'Etat. Mieux, ce rôle de Général putschiste lui a été imposé au terme d'une pré­tendue réunion du 17 sep­tembre 2016. Après donc la réunion du 16 septembre pour le dissuader, lui et sa horde de putschistes, de poursuivre leur forfaiture, il y aurait eu une autre réunion avec toute la hié­rarchie militaire le 17 avant la proclamation du Conseil national pour la démocratie (CND). Si tel est le cas, ils ont raison. Tous ceux qui étaient et qui ont apporté leur caution à ce coup de force doivent répondre. Il faudra donc veiller à ce qu'ils soient mis à la dispo­sition de la Justice.

Ceci dit, cela ne change rien au cas Diendéré. Car, on le sait, c'est lui qui a embarqué les autres dans cette aventure suicidaire. Il est aujourd'hui établi que le putsch avait été préparé bien avant les 16 et 17 sep­tembre. Comme à ses habi­tudes, il veut encore tout décharger sur les autres aussi facilement. Il ne serait pas étonnant qu'il dise, entretemps, que ce sont eux qui ont commandité le putsch et le RSP n'a fait qu'exécuter. L'on se sou­vient que le 15 octobre 1987, lui et Blaise Compaoré ont voulu expli­quer l'assassinat planifié de Thomas Sankara par une simple anticipation de sol­dats qui ont pris sur eux d'arrêter le président du Faso pour éviter que ce der­nier n'exécute ses trois com­pagnons (Blaise Compaoré, Henri Zongo, Jean-Baptiste Lingani). La suite, on la connaît. Deux ans plus tard, ils ont inventé et mis sur le dos de Jean- Baptiste Lingani et Henri Zongo le putsch imaginaire qui leur a valu une exécu­tion sommaire. Un quart de siècle après, lui Diendéré avait affirmé que c'étaient des soldats et sous-officiers qui avaient pris la grave décision d'interrompre la Transition et lui n'a fait qu'assumer pour organiser le retour du pays à l'Etat de droit, de façon inclusive. Mais voilà que maintenant, il veut faire endosser la ten­tative du coup d'Etat à d'autres. Sans vouloir décharger la responsabilité de ces officiers supérieurs qui ont refusé de s'assumer, l'on peut dire qu'une fois de plus, Diendéré confirme son incapacité ou son refus d'assumer courageusement ses actes. Il est vrai, comme nous l'avions d'ailleurs sou­ligné à plusieurs reprises, que la hiérarchie militaire de l'époque s'était laissé imposer pratiquement ce putsch idiot. C'est d'ailleurs avec beaucoup d'indigna­tion et de consternation que bien des observateurs de la vie publique nationale ont constaté la promotion ou la nomination de ces officiers supérieurs à des postes diplomatiques. Ainsi donc, des putschistes ont été nommés ambassadeurs par le président du Faso.

Diendéré refuse de s'assu­mer et veut plonger les aut­res.

Toutefois, l'on avait cru que le Général Diendéré aura le courage de porter sa croix jusqu'au bout, pour une fois. Jusque-là, il avait maintenu sa ligne de défense selon laquelle il n'a fait qu'assumer une initia­tive de soldats indisciplinés qui ont décidé de mettre fin à la Transition afin d'éviter que le pays ne sombre dans le chaos. Cette nouvelle parade a, au moins, l'a­vantage de confirmer qu'il reconnaît implicitement son rôle dans ce putsch man­qué. Mais il n'est pas seul et ne devrait pas être le seul à payer. Stratégie de défense ou simple tentative de revanche sur des officiers et des promotionnaires qui l'ont abandonné à son tri­ste sort ? Veut-il faire trainer davantage la procédure ? A quelles fins ? Prépare-t-il un autre coup tordu ? Le juge va-t-il et peut-il céder à ces injonctions ou suggestions du Général Diendéré et ses conseils ? Ce sont autant de questions que l'on peut légitimement se poser après cette sortie du chef de la junte de septembre 2015.

L'on sait qu'après la liberté provisoire ou la mise sous résidence surveillée de Djibrill Bassolé, il a, lui aussi, demandé une liberté provisoire qui a été rejetée par le Tribunal militaire. En attendant donc la confirma­tion ou l'infirmation des
charges retenues contre lui ou certaines de celles-ci, l'on peut dire que le Général semble avoir ajouté une nouvelle couche à sa ligne de défense. Le procès promet donc de ne pas être seulement celui de l'ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), de son patron et du Général Bassolé, mais bien plus celui de toute la hiérarchie militaire sous la Transition. Un autre Général qui sera incontestablement présent à ce procès, ce sera sans doute Isaac Zida, le Premier ministre de la Transition qui serait à la base de tout cela selon les mis en cause.

Bassolé persiste dans le déni.

cmgaL'autre Général épinglé dans ce dossier, Djibrill Bassolé, le vrai cerveau du putsch, comme nous l'a­vons écrit dans notre édi­tion N°224 du 15 au 31 octobre dernier, ne démord pas. Après l'échec de leur forfaiture, il a vite fait l'op­tion du déni et fait des pieds et des mains pour trouver une solution politique et/ou diplomatique à son impli­cation dans ce dossier de coup de force. Il tente par tous les moyens de se faire passer pour un prisonnier politique, malade et qui compte sur la pression de l'extérieur, notamment la France, pour aller se soi­gner. Mais l'on sait que, malgré les professions de foi, peu de gens accepte­raient de parier sur son retour si Djibrill Bassolé était évacué hors du pays pour se soigner. Ses com­municants et partisans ne chôment pas. A coup de conférences de presse, de déclarations, d'interviews et plateaux d'émissions télé et radio, ils rechassent sans aucune gêne le même disque rayé depuis 2 ans. Ils tentent de présenter l'homme comme un leader politique intègre et porteur d'alternative à la détresse du peuple après l'insurrec­tion populaire, que des adversaires aujourd'hui au pouvoir, essaient d'empê­cher de pouvoir participer aux compétitions électora­les. Finalement, Bassolé s'est fait prendre dans son propre piège. Son ambition et son entêtement à ne reculer devant rien pour les assouvir l'ont conduit là où il est aujourd'hui. Au lieu d'en tirer les leçons, il per­siste dans cet entêtement à vouloir se faire passer pour un ange alors que son par­cours depuis 1987 est connu et entaché de pra­tiques peu recommanda­bles. Son ambition l'a perdu. Nous l'avions pour­tant prévenu dans Le Reporter N°167 du 15 au 31 mai 2015. C'était au lendemain du lancement de sa campagne pour la prési­dentielle de 2015 dans la région du Sahel, alors que sa candidature n'avait pas été validée par le Conseil constitutionnel. Nous rele­vions qu' « à l'image de l'entêtement bovin qui a perdu Blaise Compaoré, Bassolé persiste dans la défiance... ». Nous affir­mions que « tout Général en disponibilité qu'il est (seulement un an après sa promotion), il n'est pas au- dessus de la loi. » Mais Bassolé et ses partisans persistent dans le déni. Ils ne semblent pas avoir d'au­tres moyens ou option poli­tiques que de persister dans ce discours-là.

En tous les cas, c'est leur affaire. La réalité est là. Il a tenté par tous les moyens de faire prospérer le coup d'Etat (Cf. la dernière paru­tion du Bimensuel Mutations). Même quand Diendéré avait fini par se rendre compte de l'échec, lui, pensait qu'il faut tenir même au prix de frappes aveugles pour faire fuir hors du pays ceux qui diri­geaient la résistance.

Après la parution de l'arti­cle sur les écoutes télépho­niques, dans notre édition ci-dessus évoquée, ses communicants et certains confrères avaient fait état d'une plainte imminente de Bassolé contre Le Reporter ! Jusqu'au moment où nous bouclions ces lignes, nous attendons toujours. Leur problème aujourd'hui, c'est la presse qui s'évertue à mettre à nu certains pans, jusque-là méconnus, de cette sombre affaire de coup d'Etat. Ces faits bat­tent en brèche leur rhéto­rique de l'ange Djibrill que les loups de la Transition et du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) veu­lent manger par tous les moyens.

Décidément, comme diraient nos voisins et frères ivoiriens, le chien ne change jamais sa manière de s'asseoir. D'ici le procès, ces deux Généraux auront tout montré et tenté. Il ne reste plus à espérer qu'en- fin, ce procès se tienne dans de meilleurs délais pour que le pays passe à autre chose. Cela fait plus de deux ans déjà que dure ce tango tango des Généraux qui cristallise tou­tes les attentions et les éner­gies et divise le pays.

Boureima Ouédraogo

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