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TROIS ANS APRES L'INSURRECTION POPUUIRE : Le Burkina a toujours mal à sa gouvernance et à sa classe politique

30 janvier 2018 Auteur :  

Le Burkina Faso va mal et même très mal. Et ce n'est pas être alarmiste de le dire. C'est un constat. Le pays a mal à sa gouvernance, à sa classe politique dans son ensemble, à sa société civile et à ses citoyens, individuellement et collectivement. Trois ans après l'insurrection populaire qui était pourtant censée offrir de nouvelles perspectives politiques, institutionnelles et socioéconomiques pour la grande masse des Burkinabè, le pays continue de tanguer, de patauger des eaux marécageuses.

Où va le Faso ? A quand la fin de la faillite de l'Etat et de sa gouvernance ? A quand la fin de la politique spectacle mettant en scène des acteurs de peu de talents mais qui hypothèquent dan­gereusement la vie de la nation ? A quand le sursaut d'orgueil des juges non acquis pour laver l'honneur de leur institution souillée par des pratiques nauséabondes de quelques brebis galeuses ? Jusqu'à quand certains citoyens, organisés ou non, vont-ils continuer à mettre à mal la fragile stabilité du pays au non des intérêts égoïstes de poli­ticiens décidés à reconquérir, conquérir ou conserver le pouvoir par tous les moyens ? Que d'interrogations ! Tant le quotidien devient de plus en plus une succession de spectacles de désolations. Une fois de plus, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, est interpellé. C'est lui et lui seul qui détient la clé qui peut ouvrir les portes de l'espoir. Mais encore faut-il qu'il se décide enfin à prendre ses responsabilités.

Le Burkina Faso a com­mémoré le troisième anniversaire de l'insur­rection populaire dans un contexte d'incertitudes quasi généralisées. Ce contexte est marqué par la recrudes­cence des attaques terroris­tes et des assassinats ciblés dans la région du Sahel alors que le ministre de la Sécurité joue les « Rambo » à Ouagadougou, une mon­tée de la fièvre sur la scène politique, une morosité éco­nomique qui devient endé­mique, sans compter cette situation épidémique de la dengue qui fauche des vies dans les hôpitaux et centre de santé. L'on y ajoutera également les lenteurs incompréhensibles dans le traitement des dossiers judi­ciaires aussi bien de l'insur­rection populaire que ceux pendants devant les tribu­naux avant l'insurrection et qui devaient bénéficier d'un coup d'accélérateur après la chute du régime Compaoré et la débandade de ses juges acquis. Que dire du front social qui est constamment en ébullition avec des grèves, des mar­ches, des mouvements d'humeur et des débraya­ges en tous genres ? Il en va jusqu'à la police qui s'illus­tre par des mouvements d'humeur à travers des manifestations illégales et à la limite, irréfléchies. Presque toutes les condi­tions sont en train d'être réunies pour rendre le pays ingouvernable. Trois ans après, les espoirs de chan­gement et de renouveau deviennent de plus en plus minces.

Aux exigences d'actions for­tes, le gouvernement répond avec une foire !

D'abord, sur le plan sécuri­taire, l'on constate qu'il ne se passe plus un seul jour sans que l'on ne ramasse des cadavres ou que des symboles de l'Etat soient attaqués ou détruits dans la région du Sahel. Pendant ce temps, les autorités organi­sent une foire à Ouagadougou  avec des centaines de partici­pants venus de toutes les régions du pays, pour étaler leur incompétence et inca­pacités notoires à proposer une politique et une straté­gie de protection des citoyens et des habitants du Burkina Faso sur toute l'é­tendue du territoire natio­nal. Si la question de la sécurité est effectivement l'affaire des citoyens de tou­tes les conditions sociales et de toutes les parties du ter­ritoire national, il n'en demeure pas moins que face aux défis sécuritaires actuels, l'accent devrait être mis sur les réflexions straté­giques avec des acteurs qui en ont la science, la pra­tique et l'expérience. Ce n'est peut-être pas mauvais d'organiser un forum natio­nal, mais la question de l'opportunité dudit forum au regard des urgences actuelles se pose avec acuité et interroge sur la maîtrise de ces enjeux par les gouvernants. Cette situation commande des actions fortes en termes de renforcement des effectifs et des dispositifs, d'équipe­ments adéquats des Forces de défense et de sécurité (surtout quand l'ennemi passe à des méthodes plus dissuasives avec la pose des mines explosives), de réfor­mes en profondeur pour rendre les dispositifs plus opérationnels en mettant les hommes qu'il faut à la place qu'il faut. Justement, quand on n'a pas l'homme qu'il faut à la place qu'il faut, l'on peut se tromper lourdement de priorités et de moyens d'actions.

zephTout indique clairement que sur ce point, le pouvoir actuel s'est lourdement trompé sur les hommes à qui il a confié la sécurité du territoire national, des institutions, des populations et des biens. Il faut se rendre à l'é­vidence. Avec Simon Compaoré au département en charge de la sécurité, c'est un enchaînement de bourdes et de maladresses, voire des fautes politiques lourdes qui compliquent davantage la situation au lieu de l'améliorer. Et l'op­position n'exagère pas, quand elle exige sa démis­sion. Car il en fait trop ((lire aussi situation nationale : il faut arrêter Simon Compaoré) ! toutefois, l'at­titude de Simon Compaoré ne saurait excuser ces mou­vements spontanés et ces débrayages de policiers qui poussent l'irresponsabilité jusqu'à lever des gardes dans des structures très sen­sibles dans ce contexte de terrorisme. Le choix des moyens de lutte est très important. S'il est impératif de créer les meilleures conditions de vie et de tra­vail pour les policiers et tous les éléments des Forces de défenses et de sécurité, l'on ne peut que les encourager à mettre tout en œuvre pour que les démons de l'inci­visme et de l'indiscipline ne s'installent dans la maison. Sur le plan politique, à chaque jour ses spectacles ridicules et désolants. La guéguerre au sein du groupe parlementaire de l'Union pour le progrès et le changement (UPC) est l'une des manifestations de l'in­conséquence et du manque de vision dans l'animation de la vie politique. En effet, autant la position des dépu­tés frondeurs est critiquable, autant la réponse de la Direction du parti qui réclame les mandats relève d'une extraordinaire légè­reté qui dévoile aussi la conception du leadership politique de Zéphirin Diabré et révèle aussi sa volonté d'être le seul maître à bord du navire UPC. Il ne sert à rien d'engager un combat perdu d'avance et qui plus est risque de tomber dans l'illégalité et des dérives regrettables. Il est clair que, quoi que fassent la Direction et les militants du parti, les frondeurs ne vont pas démissionner du parti et perdre leur mandat. Ils ne vont pas non plus faire plaisir à la Direction du parti en remettant volontai­rement leur mandat.

Toutefois, l'on ne peut dénoncer cette fronde des députés qui porte préjudice au parti sur tous les plans et semble relever de pratiques de déstabilisation par le pouvoir (même si celui-ci ainsi que les frondeurs eux- mêmes s'en défendent). Ce spectacle auquel l'on assiste depuis le début de cette crise n'honore pas les honorables frondeurs, tant les suspicions de trahison sont fortes. Ils ont beau ten­ter de justifier leur départ du groupe parlementaire UPC par des divergences internes, ils convainquent peu de monde sur la sincérité de leur démarche. Et l'irruption de Simon Compaoré, prési­dent du parti au pouvoir et ministre d'Etat en charge de la sécurité chez l'un des leurs, conforte même ceux qui doutaient encore, qu'il y a une main presque visible du pouvoir dans cette fis­sure de l'UPC. Cependant, Zéphirin Diabré et l'UPC doivent se rendre à l'évi­dence que les tenants du pouvoir vont user de tous les moyens pour affaiblir leurs adversaires. A lui de repenser la gestion de ses cadres et de trouver les moyens de maintenir ses troupes. La crise aurait pu être gérée autrement. A l'al­lure où vont les choses, le parti risque de sortir effecti­vement affaibli.

Ils n'ont pas encore tiré les leçons de l'insurrection populaire

Mais il n'y a pas que la crise à l'UPC qui témoigne de l'inconséquence de la classe politique. L'on ne peut passer sous silence, les
jérémiades infantiles du parti au pouvoir qui tente d'absoudre son incapacité à répondre à ses promesses électorales, à travers la sempiternelle chanson sur les tentatives de déstabilisa­tion par leurs anciens com­pagnons de l'ex-majorité qui veulent les empêcher de gouverner tranquillement. Espéraient-ils que ces der­niers allaient leur envoyer des bouquets de fleurs pour les remercier d'avoir contri­bué à leur faire perdre leurs privilèges et autres postes ? Au lieu de pleurnicher et de voir le mal exclusivement chez les autres, le MPP va devoir se mettre dans la peau du parti au pouvoir et responsable du présent et de l'avenir de la nation. Mieux, certains de ses mili­tants et leaders par leurs frasques, desservent plus le parti que les tentatives pré­visibles de déstabilisation. Enfin, l'on constate amère­ment que les partisans de Blaise Compaoré et les par­tis de l'ex-majorité ne sem­blent pas encore avoir tiré les leçons de l'insurrection populaire de 2014. Depuis
quelques semaines, et comme par une curieuse coïncidence, l'on assiste à des sorties fracassantes tant à l'intérieur qu'à l'extérieur qui laissaient entrevoir des actions planifiées de désta­bilisation ou d'un retour forcé sur la scène politique en narguant le peuple. Ces sorties valent à François Compaoré aujourd'hui d'ê­tre placé sous contrôle judi­ciaire en France. Au moins sa sortie aura eu le mérite d'amener les autorités judi­ciaires burkinabè à cher­cher à retrouver les traces du mandat d'arrêt que lui et ses avocats affirmaient n'a­voir pas reçu. Maintenant, ils l'ont et il a été mis en exécution. (Lire aussi affaire Norbert Zongo). Mais le plus désolant, c'est ce refus de grandir et de prendre leurs responsabilités des leaders de ces partis qui s'accrochent à des mentors ou des pères fondateurs. Si ce n'est pas le CDP qui s'ac­croche à Blaise Compaoré, c'est la NAFA qui révèle que Djibrill Bassolé est sa seule et unique raison d'exister. Bref, l'on a l'impression que certains acteurs politiques sont incapables de réfléchir et de proposer autre chose que le soutien à des hom­mes qui malheureusement sont prêts à brûler le pays au nom de leurs propres intérêts égoïstes ou de groupe ou pour se venger. Naturellement, ces pra­tiques politiques sont par­fois traduites dans les actions d'organisations qui se revendiquent de la société civile mais qui en réalité, sont téléguidées depuis des chapelles poli­tiques.

De la Justice, l'on ne sait plus quoi dire. L'on a presque tout dit d'elle avant et après l'insurrection. Mais elle reste toujours égale à elle-même. Elle n'a pas fini de nettoyer ses écuries et de sanctionner ses brebis galeuses. Malgré les réfor­mes qui ont contribué à ren­forcer son indépendance, elle semble avoir encore du plomb dans l'aile et c'est peu dire. Trois ans après l'insurrection populaire, aucun dossier sérieux n'a encore abouti à un procès. Même si quelques gros poissons commencent à tomber dans les mailles du filet, il reste encore d'énor­mes efforts à faire pour redorer le blason de la Justice. Au-delà du traite­ment des dossiers pendants, il faut enfin donner des sui­tes au rapport de la com­mission d'enquête sur les manquements à l'éthique et à la déontologie. Enfin sur le plan écono­mique et social, la morosité semble gagner du terrain. Le désespoir aussi ! Tout le monde crie à l'absence de débouchés et de perspecti­ves encourageantes.

Pendant ce temps, le gou­vernement continue de chanter les mérites et acquis de son Programme national de développement écono­mique et social (PNDES) qui risque de faire flop. Il ne reste plus qu'à espérer que le meilleur est à venir et que l'année 2018 sera enfin celle du décollage véritable. Tous ces éléments du contexte actuel peuvent constituer un cocktail explo­sif qui pourrait dynamiter, à tout moment, le rêve du renouveau et la stabilité politique et sociale. C'est pourquoi, le Président Kaboré doit prendre enfin ses responsabilités et se montrer à la hauteur des fortes attentes des popula­tions. Il doit avoir le cou­rage politique de décharger certaines personnes des responsabilités qui les dépassent. Il ne suffit plus de diminuer la taille de la robe. Il doit commencer par tirer les leçons de la faillite de son gouvernement qui perd chaque jour du crédit et du respect des Burkinabè. Il faut éviter par tous les moyens, l'instauration de la chienlit que certains appel­lent de tous leurs vœux. Dans tous les cas, face à la situation actuelle, il n'y a pas mille choix. Il faut reca­drer, agir ou périr.

Boureima Ouédraogo

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